Témoignages de femmes : Mildrène, jeune haïtienne victime de violences sexuelles

Département de santé mentale, hôpital MSF, Port-au-Prince, Haïti, mai 2011. © Yann Libessart/MSF

Département de santé mentale, hôpital MSF, Port-au-Prince, Haïti, mai 2011. © Yann Libessart/MSF

Quatre ans après le tremblement de terre, des dizaines de milliers d’Haïtiens vivent toujours dans des camps insalubres autour de Port-au-Prince. Les adolescentes y sont particulièrement exposées aux violences sexuelles

Mildrène, 14 ans, raconte son histoire.

« Ma famille vivait à Solino avant le tremblement de terre. Pas bien, mais nous avions un toit et dormions sans crainte. Le 12 janvier 2010, notre maison a été détruite. Nous avons juste eu le temps de sortir et nous avons récupéré plus tard ce que nous pouvions dans les décombres. Ensuite nous avons vécu dans un camp de déplacés appelé Accra. Mes parents ne pouvaient pas trouver l’argent pour louer une autre maison.

Un jour je suis sortie acheter de la nourriture pour mon père. En chemin un homme a demandé où j’allais et m’a donné de l’argent pour lui acheter aussi un repas. Quand je suis revenue avec son assiette, il a pris ma main et a dit qu’il allait tuer mes parents si je ne faisais pas tout ce qu’il demandait. Je savais que l’un de ses amis avait déjà tué un homme dans le camp et j’ai eu très peur. Puis il m’a violée.

Je suis rentrée chez moi pleine de honte et de peur

Je n’ai rien dit à mes parents, pensant que je devais les protéger. Quelques jours plus tard, le même homme m’a interpellée mais j’ai refusé de le laisser faire la même chose. Dans la soirée, lui et ses amis sont venus chez moi menacer ma famille. J’ai dû avouer à ma mère ce qui s’était passé. Personne n’a osé faire un seul reproche à cet homme mais nous avons finalement quitté le camp et je ne l’ai pas revu depuis.

J’étais enceinte de cinq mois

Quelques temps plus tard je ne me sentais pas bien et ma mère m’a emmenée à l’hôpital.
Le médecin gêné a fini par lui dire que j’étais enceinte de cinq mois. J’ai beaucoup souffert tout au long de ma grossesse jusqu’à ce que j’accouche peu de temps avant terme. Ma mère vend du savon et mon père n’a pas de travail. Ils essaient de prendre soin de moi et de mon bébé, mais c’est dur. Je voudrais retourner à l’école mais c’est impossible. Ma seule chance c’est d’être vivante. »

Lire le dossier “Forcées à Fuir: Santé des femmes et déplacement de population

Lire d’autres témoignages de femmes :

► Rukia, infirmière dans un camp de réfugiés somaliens au Kenya

► Margaret, sage-femme aux Philippines

► Rhoda, enceinte et obligée de fuir, au Soudan du Sud

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