VIH au Mozambique: permettre le dépistage de la charge virale

© Sarah-Eve Hammond/MSF

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Depuis l’année dernière, des patients séropositifs du Mozambique bénéficient grâce à MSF de la norme d’excellence en matière de soins : le dépistage de la charge virale.

Sur le marché informel de l’Avenida 24 de Julho, en plein centre de Maputo, les tomates éclatent de soleil et les poubelles de déchets mouillés. Les passants déambulent devant les piles de vêtements de deuxième main qui frôlent dangereusement les flaques de boue brunâtre laissées là par les pluies du matin. En bas de la route, ils sont nombreux à faire la file à l’ombre des acacias de l’hôpital Jose Macamo, l’un des trois hôpitaux publics de cette ville de 1,7 million d’habitants. Ces patients attendent leur test de dépistage du taux de CD4, qui évaluera à quel point leur système immunitaire a été attaqué par le virus du sida et déterminera s’ils sont éligibles au traitement antirétroviral (ARV). « Disculpa! Disculpa! » (pardon, pardon), crions-nous pour se frayer un chemin à travers la foule qui bloque le couloir – avec 17 % de la population infectée par le virus, celui-ci fait partie de la vie quotidienne de la capitale du Mozambique. Nous empruntons un corridor étroit aux murs dont la peinture jaune s’écaille par endroits. Illidio Silva Cavele tourne une clé et ouvre la porte sur un autre univers.

Technologie de pointe

Seule sa chemise couleur anis dépassant de sa blouse blanche tranche avec le blanc aveuglant de la pièce, un cocon stérile où se trouve l’appareil de mesure de la charge virale qu’il met en route. Quelques mois plus tôt, Ilido, 25 ans, avait été choisi par son directeur du ministère de la Santé mozambicain pour faire partie de l’équipe des trois laborantins formés à utiliser cette machine. Il n’est pas peu fier de prouver sa maîtrise de cette technologie de pointe. « J’en avais entendu parler à l’école et j’ai trouvé ça très enrichissant de passer de la théorie à la pratique, » explique-t-il.

© Sarah-Eve Hammond/MSF

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Le dépistage de la charge virale est utilisé depuis des années dans les pays occidentaux. Contrairement à la numération des CD4, utilisée pour la surveillance des patients séropositifs des pays les plus pauvres mais qui ne donne qu’une indication indirecte de la progression de la maladie, la surveillance de la charge virale calcule la quantité exacte de virus dans l’organisme. L’Organisation mondiale de la santé recommande cette pratique comme la norme d’excellence en matière de soins VIH car elle permet aux médecins de déterminer directement l’efficacité du traitement, son observance par le patient ou de détecter tôt une éventuelle résistance au traitement de première ligne. Grâce à cette technologie, la séropositivité devient une maladie chronique qui, comme le diabète ou l’hypertension, n’empêche pas les patients de vivre longtemps et en bonne santé lorsqu’ils sont sous traitement. Mais dans les régions où elle est le plus utile – dans des pays comme le Mozambique, où les besoins sont hauts mais les fonds bas – le dépistage de la charge virale n’est que lentement mis en place. Avec l’aide d’une subvention d’UNITAID, MSF a introduit en août dernier le premier appareil de surveillance de la charge virale au Mozambique dans un hôpital public, au bénéfice de tous les patients de la ville de Maputo.

Minuscule fragment de vie humaine

Dans un premier temps, Illido prend une pile de papier-buvard sur lesquels des gouttes de sang ont été déposées : il s’agit du premier lot des 140 échantillons venant des projets menés par MSF à Maputo qui seront testés aujourd’hui. Ilidio quitte son sourire et ses plaisanteries (« Je ne suis pas encore marié, tu sais… ») et se concentre sur son minutieux travail. C’est une technique de pointe : à partir du sang séché, l’appareil extrait une goutte de liquide clair, anodin en apparence mais qui révèle les secrets les mieux gardés de la santé du patient : son ARN, une molécule qui, avec l’ADN et les protéines, est à la base de toute vie. Et, dans ce minuscule fragment de vie humaine, le VIH.

© Sarah-Eve Hammond/MSF

© Sarah-Eve Hammond/MSF

Le voici donc, manipulé avec soin par les mains habiles d’Ilidio : l’ennemi le plus mortel de l’homme, qui, depuis sa découverte il y a 30 ans, a contaminé plus de 70 millions de personnes – un nombre supérieur à celui des victimes de la Seconde guerre mondiale. La moitié d’entre eux sont déjà morts. Environ 36 millions de patients, comme cette foule de femmes en vêtements colorés qui sortent de la salle d’attente de l’hôpital de Maputo, ont besoin d’un traitement, soit d’emblée, soit lorsque la maladie aura encore affaibli davantage leur organisme. Et surtout, il faut que leur traitement soit efficace.

Ilidio emmène avec précaution les minuscules fioles vers la prochaine série d’appareils qui, à l’instar d’un microscope, amplifieront les résultats déjà obtenus afin de préciser la quantité de virus présente dans chaque échantillon. Trois heures après qu’Ilidio se soit mis au travail, l’écran de l’ordinateur crache les résultats sous forme de tableau. Des encadrés blancs marqués « ND » – non détectable – s’affichent.

Clé pour l’éradication du VIH

C’est là la meilleure nouvelle que peut recevoir un patient séropositif : en conservant une charge virale « indétectable », non seulement il ne tombera jamais malade à cause du VIH mais son risque de transmettre le virus sera aussi réduit de 96 %. « En termes de santé publique, le dépistage de la charge virale est une clé pour l’éradication du VIH. C’est la raison pour laquelle cette technique doit être déployée dans les pays qui en ont le plus besoin, même si leurs ressources sont limitées », souligne Daniel Remartinez, coordinateur médical de MSF à Maputo.

Le premier obstacle est financier, bien entendu. Les tests de surveillance de la charge virale sont coûteux, surtout pour les pays à forte prévalence du VIH qui devraient en effectuer chaque jour des centaines. Et jusqu’à l’arrivée d’appareils faciles d’emploi sur le lieu des soins, ils doivent être confiés à des professionnels très qualifiés. Mais l’expérience acquise par MSF dans sept pays qui ont commencé à introduire la surveillance systématique de la charge virale prouve qu’une telle technologie peut être déployée. En outre, le partenaire de MSF dans ce projet – UNITAID  – continue à faire pression sur les fabricants pour en faire baisser le prix : celui d’un test a déjà baissé de 36 % au cours des deux dernières années, passant sous la barre des 20 dollars. D’autres réductions de prix sont possibles dans un avenir proche.

MSF a introduit la technologie de la mesure de la charge virale dans les structures publiques de santé du Mozambique afin de les aider à contrôler l’efficacité du traitement ARV. Les autorités de la santé du pays envisagent d’étendre le dépistage de la charge virale à l’ensemble du Mozambique d’ici deux ans, conformément à un protocole qui devrait être basé sur l’expérience menée par MSF avec le soutien du gouvernement.

Solenn, chargée de communication MSF

MSF introduit la surveillance de la charge virale dans 8 pays africains (République démocratique du Congo, Lesotho, Mozambique, Malawi, Afrique du Sud, Swaziland, Ouganda et Zimbabwe), grâce à une subvention de trois ans d’UNITAID. En fonction du contexte national, de l’accessibilité pour les patients et de l’intégration au sein du ministère de la Santé, le soutien au dépistage de la charge virale peut revêtir de nombreuses formes : amélioration des infrastructures de test dans les laboratoires et installation de plateforme de diagnostic de pointe, comme c’est  le cas au Mozambique et au Zimbabwe,  déploiement de nouveaux appareils de dépistage de la charge virale sur le lieu de soins qui peuvent être gérés et manipulés par du personnel moins spécialisé dans les plus petites structures de soins de santé. Grâce à cette subvention, MSF entend prouver qu’il est possible de surveiller la charge virale même dans des pays aux ressources limitées et que cette technique doit donc être déployée.

Dans le même temps, MSF entend continuer à améliorer l’accès au traitement pour les patients qui n’ont pas accès à cette nouvelle technique mais qui surtout, n’ont pas accès au traitement antirétroviral. Rien ne permet de justifier que les patients vivant dans des contextes aux ressources limitées ne peuvent profiter des outils de diagnostic de pointe lorsque ceux-ci commencent à être disponibles. Le principal obstacle étant le prix et le financement, MSF appelle les fabricants d’appareils de laboratoire à réduire leurs prix tout en insistant sur la nécessité de dégager davantage de fonds pour le suivi et la surveillance du traitement.

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