Nepal: Hélicoptères médicalisés dans les montagnes

Un village du district de Gorkha, le 7 mai, soit quelques jours avant le second séisme © Brian Sokol/Panos

Un village du district de Gorkha, le 7 mai, soit quelques jours avant le second séisme © Brian Sokol/Panos

Emma Pedley, infirmière, est membre de l’équipe d’urgence arrivée au Népal au lendemain du tremblement de terre qui a frappé la vallée de Katmandou le 25 avril, suivi d’un second le 12 mai. L’équipe dont elle fait partie se rend par hélicoptère dans des villages reculés pour évaluer les besoins et mener des cliniques mobiles.

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour écrire la semaine passée. Notre équipe d’infirmiers, composée de trois expats (Anne, Mariko et moi-même), s’est relayée dans les hélicoptères pour réaliser des explos dans des régions qui n’ont pas encore reçu d’aide et diriger des cliniques mobiles. Nous avons aussi passé des journées au bureau à reconstituer nos kits, qui s’épuisent, et à planifier les prochains jours.

La population assise sur des pierres dans un village détruit de la vallée de Tsum, dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

La population assise sur des pierres dans un village détruit de la vallée de Tsum, dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

Les journées passées dans les villages de montagne étaient exaltantes – mon premier vol en hélicoptère ! – mais aussi tristes et douloureuses. De nombreux villages de la région au nord-est de Katmandou ont été presque entièrement rasés, les maisons en pierre et les abris des animaux ont été détruits, et les précieuses réserves de nourriture et de céréales dans les régions isolées ont été ensevelies sous les décombres.

Malgré les épreuves auxquelles ils sont confrontés, les villageois nous ont accueillis chaleureusement et avec générosité partout où nous avons atterri. Ils nous sourient, nous saluent, nous proposent du thé issu de leurs maigres réserves quand nous restons plus longtemps sur place et, dans certains villages plus au nord, près de la frontière tibétaine, où les traditions bouddhistes sont prédominantes, ils nous offrent des khatas, ces écharpes blanches en soie sur lesquelles sont tissés des mantras, en signe de respect et de bénédiction.

Un membre de MSF dit « Namaste » à la population. Il a reçu une écharpe traditionnelle de prière après la distribution de matériel de construction au village. © Brian Sokol/Panos

Un membre de MSF dit « Namaste » à la population. Il a reçu une écharpe traditionnelle de prière après la distribution de matériel de construction au village. © Brian Sokol/Panos

J’ai visité de nombreux villages, peut-être 25, en seulement quelques jours d’explos et de cliniques, mais voici quelques bribes d’histoires qui m’ont vraiment frappée :

Un jeune homme chétif d’environ 18 ans nous a expliqué qu’il avait porté une femme grièvement blessée pendant trois heures, à travers des chemins ravagés par les glissements de terrain, depuis son village jusqu’à une route praticable pour la conduire à l’hôpital.

L’équipe d’Anne s’est rendue dans un petit village totalement coupé du monde à cause d’importants glissements de terrain. Les habitants pensaient être les seuls à avoir été frappés par le tremblement de terre. Quand ils ont appris que d’autres régions avaient aussi été détruites, ils étaient horrifiés et se sont mis à pleurer.

L'équipe de MSF dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

L’équipe de MSF dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

Un petit garçon m’a expliqué dans un anglais approximatif, les yeux écarquillés et en faisant de grands gestes, que les maisons et les arbres s’étaient mis à « danser comme ceci et comme cela » durant le tremblement de terre, que sa maison était désormais complètement détruite et qu’il dormait maintenant avec 20 autres personnes dans un petit abri fait d’une bâche.

Une infirmière timide mais enthousiaste dont le poste de santé avait été détruit, avec les fournitures médicales qu’il comprenait, avait réussi à récupérer un tout petit peu de matériel pour réaliser quelques traitements légers. Elle était enchantée lorsque nous lui avons remis un grand seau rempli de médicaments de base et de pansements, qui allait lui permettre de soigner la communauté plus efficacement.

Un vieil homme au visage ridé s’est agenouillé, ses mains noueuses sur le sol, en chantant « Ram, Ram, Ram » (« Dieu, Dieu, Dieu »), lorsqu’une violente réplique a secoué le champ en terrasse sur lequel nous nous tenions. Il est resté à genoux pendant plusieurs minutes, manifestement traumatisé par le fait de revivre le premier séisme.

La distribution de MSF inclut du matériel de recouvrement pour les toitures, du savon, des couvertures et des bâches © Brian Sokol/Panos

La distribution de MSF inclut du matériel de recouvrement pour les toitures, du savon, des couvertures et des bâches © Brian Sokol/Panos

Distribution du matériel de construction  © Brian Sokol/Panos

Distribution du matériel de construction © Brian Sokol/Panos

Nous avons à peine le temps d’assimiler tout cela sur le moment. Ce n’est pas évident de diriger une clinique mobile depuis un hélicoptère, en fouillant dans des boites pour trouver les médicaments, en écoutant la traduction des maladies et des symptômes par notre médecin népalais, en triant les patients, tout en essayant de gérer la foule. Tout cela est très intense et déconcertant.

Les vols entre les cliniques sont à peine moins déconcertants. Même si c’est mon troisième voyage au Népal, je n’avais jamais eu la chance de le voir depuis les airs – et quel pays éblouissant sous ce nouvel angle! Comme la mousson approche, des nuages recouvrent beaucoup des sommets enneigés les plus éloignés, mais certains sont toujours visibles à l’arrière-plan. Les sommets d’un blanc immaculé contrastent avec le ciel bleu.

Juste devant nous, nous apercevons les cultures  de riz et de maïs en terrasses, dont les murs suivent les contours des montagnes plus fidèlement qu’aucun trait tracé par une main humaine sur une carte ne pourrait le faire. En bas, à proximité des sources d’eau, les champs sont très verts et, plus on monte, plus ils tournent à l’ocre et à la terre d’ombre. En haut, les cultures ont une demi-saison de retard étant donné le changement d’altitude.

Vue du village de Lattu, dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

Vue du village de Lattu, dans le district de Gorkha © Brian Sokol/Panos

À certains endroits, les champs en terrasse rappellent les couches d’une pâte feuilletée qui aurait été déchirée et, vus de haut, ils ont l’air aussi délicat et fragile, en particulier là où les contours soigneusement tracés sont traversés par les horribles cicatrices laissées par les glissements de terrain – des cicatrices dans tous les sens du terme. Même si ces chutes de pierres n’ont pas fait de blessés ou de morts, elles obstruent les rares sentiers qui relient les différents villages reculés. Qui plus est, ces terres et cultures ravagées représentaient les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire d’une famille pour les saisons à venir, dans un endroit où l’agriculture de subsistance constitue encore la norme et non l’exception.

Les deux premières priorités des communautés que nous avons rencontrées sont de trouver un toit et de la nourriture, dans cet ordre. Il pleut déjà fortement tous les deux ou trois jours. D’ici la fin mai, ce sera tous les jours et les conditions météorologiques nous empêcheront de faire des vols réguliers. Notre objectif actuel est d’évaluer le plus  grand nombre de communautés aussi rapidement que possible avant la mousson.

Notre équipe logistique fait des heures supplémentaires pour suivre les explos des équipes médicales et distribuer  des quantités astronomiques de couvertures, d’abris, de kits d’hygiène et de rations de biscuits protéinés à haute teneur énergétique avant le changement de saison.

Une équipe de MSF avec du matériel médical à l’aéroport de Katmandou © Brian Sokol/Panos

Une équipe de MSF avec du matériel médical à l’aéroport de Katmandou © Brian Sokol/Panos

Mon seul espoir est de parvenir à atteindre tous ceux qui en ont besoin à temps.

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