Dans la ligne de tir

Bibi Aisha, 18 ans, blessée par balle dans le nord de l'Afghanistan. © Mathilde Vu/MSF

Bibi Aisha, 18 ans, blessée par balle dans le nord de l’Afghanistan. © Mathilde Vu/MSF

Mathilde Vu est chargée de communication pour MSF en Afghanistan, où elle témoigne de la situation et partage les histoires de notre personnel de santé et nos patients. Elle nous raconte l’histoire de Bibi, 18 ans, à Kunduz où MSF dirige un centre de traumatologie.

Debout dans la salle de l’hôpital dédiée aux femmes, appuyée contre un déambulateur, Bibi Aisha, 18 ans, réapprend  doucement à marcher. Sa belle-sœur Oura lui soutient le coude, sous les yeux attentifs de Javed, l’orthopédiste MSF. Après quelques pas fébriles, Bibi est extenuée et Javed s’avance pour l’aider à regagner son lit.

Bibi est arrivée dans le centre MSF de traumatologie de Kunduz, au nord de l’Afghanistan, il y a dix jours avec deux blessures par balles au niveau de l’abdomen. Depuis plus de trois semaines, des combats intenses secouent la province de Kunduz. « Nous ne pouvions pas dormir la nuit et on nous a dit que des avions avaient frappé le village voisin » raconte Oura. Comme des milliers d’autres familles, Bibi et neuf parents proches ont alors fui leur maison pour trouver refuge à Kunduz City. Ils ont voyagé dans une remorque, tirée par un camion. Assis parmi les sacs de farine, de riz et d’habits, ils ne savaient pas quand ils reverraient leur maison.

Sur la route en sortant de leur village, ils ont été pris dans des tirs croisés. Alors qu’ils plongeaient tous au sol en panique, une balle a traversé Bibi, la frappant au-dessus des hanches et touchant son abdomen. Au lieu de conduire directement vers Kunduz City pour chercher une aide médicale, le conducteur du camion n’a pas eu d’autres choix que de faire un détour vers le district voisin de Chardara, la route principale étant beaucoup trop dangereuse. « Nous savions que la route de Kunduz City était minée, raconte Oura, alors nous sommes allés à Chardara aussi vite que nous pouvions ». A Chardara, Bibi a été portée sur un bateau, et ils ont descendu la rivière pour atteindre Kunduz City. « Bibi pleurait, mais elle ne saignait pas. Nous pensions que ça allait » souffle Oura.

A cet instant, Bibi lève les yeux et parle pour la première fois et murmure « J’avais tellement mal que je ne pouvais pas crier ».

Deux heures après les tirs, ils sont finalement arrivés au centre de Traumatologie de MSF. L’abdomen de Bibi était perforé et elle saignait de l’intérieur. « Nous l’avons stabilisée tout de suite et amenée en salle d’opération une minute après, décrit Troels, chirurgien MSF. Il y avait un grand trou dans son estomac qu’il fallait recoudre. Nous avons aussi nettoyé les deux blessures de balles et les avons refermées ».

Quand elle s’est réveillée après l’anesthésie, Bibi était dans  l’unité de soins intensifs. Elle y est restée six jours avant d’être transférée dans la salle d’hospitalisation pour femmes.

Bibi progresse. “Elle veut essayer de marcher, c’est encourageant, explique Troels. Elle peut même manger. Je pense qu’elle va s’en remettre”. Oura aussi est rassurée. Elles vont bientôt rentrer chez elles, même si les combats n’ont pas cessé là où elles vivent. Apres dix jours restés auprès de la famille éloignée à Kunduz City, elles ont déjà fait leurs bagages pour rentrer dans leur village. « Nous n’avons rien ici. Nous ferions mieux de retrouver notre maison et nos poules ».

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