Sauvetage en Méditerranée: se préparer à tous les scénarios

(c) Julie Rémy

(c) Julie Rémy

MSF a lancé un bateau, le Bourbon Argos, en Méditerranée pour porter secours aux personnes fuyant vers l’Europe sur des embarcations délabrées. Après sa première opération de sauvetage, le Belge Wiet Vandormael, coordinateur-adjoint du projet, raconte comment l’équipage se prépare à toutes les éventualités.Cinq jours se sont écoulés depuis que nous avons reçu le dernier appel d’urgence et que nous y avons répondu en lançant une opération de sauvetage. Depuis, le temps s’est dégradé et nous nous sommes repliés dans les eaux tunisiennes. Nous n’oublierons pas de sitôt la tempête que nous avons essuyée à bord du Bourbon Argos. Des vagues de 4 à 5 mètres de haut se sont abattues sur le pont arrière, de quoi offrir une bonne douche fraîche à ceux qui ont osé s’y aventurer.

Arrivés en Tunisie, nous avons directement mesuré l’ampleur des dégâts tout en constatant que les conteneurs médicaux ainsi que nos stocks avaient été épargnés par la tempête. Certains d’entre nous ont quelque peu souffert du mal de mer. Des malaises vite oubliés grâce aux médicaments. Je suis frappé par le fait que le Bourbon Argos est un solide bateau qui tient rudement bien le choc. Pendant la tempête, le capitaine m’a raconté ce qu’il avait déjà affronté en mer du Nord, des vagues de 20 mètres sans le moindre problème. Et je me suis mis au lit la tête pleine des histoires de ce capitaine au long cours, bercé par le tangage du Bourbon Argos .

Le lendemain matin, nous avons examiné attentivement le bulletin météo et nous avons ainsi appris que la mer serait calme au cours des 48 prochaines heures. Après 5 jours sans prendre la mer, la probabilité de renforcer nos opérations en mer se faisait de plus en plus grande. Et une chance pareille, il ne faut pas la laisser passer en Libye. Ainsi, dès les petites heures de la matinée, nous rejoignons notre zone de sauvetage et inspectons le radar et l’horizon.

Pendant ce temps-là, nous nous préparons aux différents scénarios possibles. Nous faisons ainsi un exercice de sauvetage fictif en mer avec le canot de sauvetage. Lorsque nous rencontrons un bateau de pêche vide, nous l’encerclons avec le canot de sauvetage, nous en inspectons le contenu et nous testons les protocoles de communication. Nous ne laissons rien au hasard et prenons toutes les mesures nécessaires pour être prêts à faire face à un maximum de situations. Car soyons honnêtes, ces traversées massives de la mer Méditerranée s’effectuent à bord d’embarcations très diverses. Les migrants embarquent sur de petits bateaux pneumatiques, des rafiots de pêche ou de grands bateaux de pêche. Et les conditions à bord sont très différentes ; certaines embarcations sont encore intactes mais plus pour longtemps, certaines prennent déjà l’eau et d’autres sont déjà pratiquement sous l’eau. Et il ne faut surtout pas oublier toutes les fois où les passagers se sont retrouvés à l’eau, sans gilet de sauvetage ou autre bouée pour ne pas couler.

De nouvelles situations surgissent régulièrement ; nous en parlons et nous les analysons afin de voir comment y réagir au mieux. Nous essayons ensuite d’élaborer sur cette base des scénarios et réalisons des exercices qui seront évalués et peaufinés.

Même sans passagers à sauver, nos journées sont toujours bien occupées.

Wiet

Cette entrée a été publiée dans Récit du terrain, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>