Les meilleures choses arrivent par trois

Ally Moebus est infirmière pédiatrique. Cette jeune Australienne travaille actuellement à la maternité de MSF à Dasht-e-Barchi à Kaboul, en Afghanistan. C’est sa première mission  avec MSF.

Ally Moebus et un collègue avec les bébés. © MSF

Ally Moebus et un collègue avec les bébés. © MSF

J’attends nerveusement dans la salle d’opération de Dasht-e-Barchi. J’ai passé la plupart de ma carrière en Australie, dans un hôpital pédiatrique tertiaire et j’ai déjà assisté à plus de naissances en Afghanistan que dans toute ma carrière d’infirmière ! Il y a six semaines, je n’aurais jamais imaginé faire partie de l’équipe néonatale se préparant anxieusement à accueillir des triplés. Oui, des triplés !

Plus tôt dans la soirée, une femme enceinte de triplés est arrivée à l’hôpital. Déjà maman, Gohdsieh a trois enfants de moins de 13 ans. Encore plus impressionnant : elle est la directrice d’une école privée pour filles à Kunduz City, au nord de l’Afghanistan. Elle m’a dit qu’elle dirigeait encore l’école alors que son ventre s’arrondissait, refusant jusqu’à la dernière minute de prendre des vacances.

Quand elle a découvert qu’elle attendait des triplés, elle a décidé de faire la route de cinq heures jusque Kaboul pour venir à la maternité de MSF, un de ses proches lui ayant dit que la qualité des soins était bonne. Quand elle est arrivée, sa pression sanguine était très élevée, et son urine montrait des taux élevés de protéines, des signes indiquant une pré-éclampsie (pression élevée à cause de la grossesse). Nous avons décidé qu’il était dans le meilleur intérêt de la maman et des bébés de pratiquer une césarienne.

A l’hôpital, il y avait de l’excitation dans l’air! Nous avions déjà eu plein de naissances de jumeaux, mais jamais de triplés. Les sages-femmes tentaient de rassembler l’équipement nécessaire  pour préparer leur arrivée. Des couvertures, des appareils de réanimation, et suffisamment de médicaments pour trois bébés. Pendant ce temps, il y avait une vague de mouvements dans l’unité néonatale pour libérer trois lits pour les nouveaux arrivants.

Dans le bloc opératoire, l’équipe d’anesthésistes, menée par le Dr Ulrich, préparait la patiente, pendant que l’obstétricienne, Dr Sophie, se mettait en tenue chirurgicale. L’équipe néonatale tentait  d’agir calmement et avec détachement, mais je n’étais ni calme ni détachée ! Alors que je préparais l’équipement et attendais le “Triplé Numéro 1″ (qui serait sous ma responsabilité), mes pensées naviguaient d’un scénario à un autre. Aurions-nous suffisamment de matériel si d’autres bébés malades devaient être admis ce soir ? Où allions-nous mettre les trois bébés s’ils avaient tous besoin de réanimation (nous n’avons qu’une table de réanimation et un chauffage à mettre au-dessus du lit) ?

J’ai à peine eu le temps de le réaliser que le “Triplé Numéro 1″ était arrivé, un petit garçon de 2,1kg, très bruyant. Il n’était clairement pas du tout impressionné par l’accouchement prématuré tandis que je le séchais et je le montrais à sa maman.

Le “Triplé Numéro 2″ était aussi un petit garçon, 1,8 kilo, un peu moins bruyant que son frère à son entrée dans le monde. Après un peu de supplémentation en oxygène, il n’a pas fallu longtemps avant qu’il puisse rejoindre son frère en néonatologie.

La “Triplée Numéro 3″ était une magnifique petite fille, pesant moins que ses deux frères mais dotée d’un esprit combattif (et probablement ma préférée des trois).

Quelques jours après leur naissance, les prénoms ont été annoncés : Helal, Erbal et Niguin, pour la demoiselle. Le reste de la famille est venu leur rendre visite à l’hôpital. Les trois autres enfants étaient très excités de rencontrer leurs nouveaux frères et sœur : chacun d’eux a choisi un des triplés pour en prendre soin.

Comme tous les bébés nés trop tôt, ils présentaient des risques d’hypothermie ou d’infection, mais aussi d’avoir des difficultés à respirer ou à se nourrir, mais après 10 jours à l’hôpital, ils étaient tous en parfaite santé et prêts à rentrer à la maison.

Il est sage de dire qu’à l’hôpital de Dasht-e-Barchi, les meilleures choses arrivent par trois!

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