Médecin au Pakistan : nouveau job, nouvelles responsabilités

Quetta (Baluchistan) © Sa'adia Khan

Quetta (Baluchistan) © Sa’adia Khan

Dr Daan Van Brusselen : pédiatre belge au Pakistan : Je suis arrivé au Pakistan il y a un peu plus de deux mois. Avant de partir, j’étais très anxieux. Suis-je assez expérimenté pour participer à ce genre d’activité de renforcement des capacités ? Est-ce que je serai capable de gérer la pression qu’implique le fait de vivre pendant neuf mois dans un environnement aussi confiné et restreint ? Étant donné la situation sécuritaire au Baloutchistan, les déplacements sont en effet très limités. Étonnamment, dès mon arrivée à Quetta, mes peurs se sont envolées. C’est marrant de voir comme la préparation et l’anticipation d’un événement entrainent souvent plus de stress que l’événement en lui-même.

Au Pakistan, les services de santé sont souvent hors de prix ou inaccessibles pour certains groupes de population et, dans de nombreuses régions, les conflits et l’insécurité limitent davantage encore l’accès aux soins.

Un million de personnes vivent dans la ville de Quetta, qui n’a rien à voir avec des camps de réfugiés ou des villages africains reculés situés à des centaines de kilomètres de la ville la plus proche, où MSF à l’habitude de travailler. Il est vrai qu’il y a assez d’hôpitaux dans la ville, mais les soins pédiatriques – et en particulier néonatals – dispensés par les hôpitaux publics et privés ne suffisent pas pour répondre aux besoins de la population et, pour de nombreuses personnes, leurs coûts restent inabordables. En termes de soins de santé, la ville de Quetta a cruellement besoin d’un programme nutritionnel adéquat, de soins néonatals et de soins de santé reproductrice décents. MSF tâche d’y remédier en dirigeant l’hôpital pédiatrique de 65 lits de Quetta et un centre de santé mère-enfant dans la ville voisine de Kuchlak.

Au Pakistan, outre le fait qu’ils ne sont pas être pris en charge correctement dans les cliniques privées, les enfants sous-alimentés et les nouveau-nés vulnérables sont nombreux. Il n’est pas étonnant donc que la baisse de la mortalité des moins de 5 ans soit plus lente que prévue dans ce pays. Depuis quelques années, le Pakistan est le pays qui enregistre le plus d’admissions dans les centres nutritionnels thérapeutiques de MSF.

Le centre de santé mère-enfant que nous dirigeons à Kuchlak offre des traitements ambulatoires, y compris un soutien nutritionnel aux enfants de moins de 5 ans, et des vaccinations. Il dispose aussi d’une salle d’accouchement et d’un système pour référer les cas obstétricaux compliqués à Quetta.

À Kuchlak et dans l’Unité de santé de base de Marriabad, nous dépistons et traitons également les cas de leishmaniose cutanée. Cette maladie affecte principalement les enfants. Elle provoque d’importantes lésions douloureuses qui s’ulcèrent, généralement sur le visage ou les mains. Ces zones peuvent être assez grandes et défigurer le malade. En général, elles laissent des cicatrices en guérissant. La leishmaniose est causée par un parasite transmis par la piqure d’un petit phlébotome. Le traitement est difficile et douloureux, et implique souvent l’injection quotidienne de médicaments directement dans les ulcères pendant sept jours. Les blessures sur le visage de ces enfants sont très vilaines à voir, mais notre traitement fonctionne généralement bien et plus de 95 % des patients admis dans notre programme guérissent.

Mon rôle ici s’apparente plus à celui d’un professeur et d’un coordinateur qu’à celui d’un clinicien à temps plein. Après avoir fait le tour du service avec les médecins locaux de l’hôpital de Quetta, je commence à envoyer des e-mails pour réclamer urgemment des médicaments à Islamabad, ou même à Amsterdam, puis nous organisons des formations pour les médecins et les infirmiers, nous discutons avec le personnel du programme national de lutte contre la tuberculose pour améliorer la coopération en matière de diagnostic et de traitement des enfants souffrant de TB, entre-temps les médecins viennent me demander conseil à propos d’un patient … Et avant même que j’aie eu le temps de m’en rendre compte, la soirée est déjà bien avancée.  Le temps file très vite. Parfois, je trouve un peu frustrant de ne pas pouvoir être au chevet des enfants malades pour lesquels nous travaillons, mais, au bout du compte, j’apprécie vraiment mon rôle de « gestionnaire des activités médicales ».

Le Pakistan est un pays plein de contradictions et les défis à relever y sont énormes. Mais je suis frappé par la sympathie des gens – des médecins et infirmiers avec qui je travaille tous les jours à mes adorables collègues expats, en passant par le spécialiste des ressources en eau (le père d’un patient que nous avons admis), que j’ai rencontré un soir à l’hôpital et qui m’a longuement remercié d’être venu de si loin pour travailler dans cette ville dangereuse de Quetta. C’est la sympathie de toutes ces personnes qui nous donne l’énergie et la force de poursuivre nos efforts !

 

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