Yemen: La traversée du front

Bâtiment détruit par des attaques aériennes.© MSF

Bâtiment détruit par des attaques aériennes.© MSF

Suite du récit de Christine Buesser, coordinatrice du projet de MSF au Yemen, qui s’est rendue dans la province d’Al Dhale, au sud-ouest du pays. Là-bas, le personnel médical lutte pour maintenir les hôpitaux opérationnels malgré les combats, les bombardements et le manque cruel de médicaments et de carburant.

 La traversée du front

Alors qu’une nouvelle équipe de personnel international s’installait à l’hôpital de Qataba, nous nous sommes préparés à traverser la ligne de front active et souvent en mouvement pour visiter l’hôpital que nous soutenons dans la ville d’Al Dhale.

En roulant vers la zone tampon, j’étais vigilante mais nerveuse, à l’affût du sifflement des balles.

Il n’y avait que nous sur la route. Parfois, nous devions zigzaguer entre des barrages de fortune faits de rochers. En arrivant aux abords de la ville, j’ai aperçu quelques Yéménites qui travaillaient dans les champs, malgré les risques.

L’arrivée à Al Dhale

En arrivant, j’ai été accueillie par une scène étrange. Alors qu’au loin je pouvais distinguer les coups de feu, les commerçants vendaient leurs fruits et légumes au marché et les habitants déambulaient dans les rues. Lorsque les combats faisaient rage ici, beaucoup avaient fui vers les villages alentours pour être en sécurité. Mais depuis que les groupes armés fidèles au président exilé Abd Rabbuh Mansur ont pris le contrôle de la ville, c’est comme si la vie avait repris son cours.

Mais nous avons vite compris que la situation n’était pas du tout revenue à la normale. Au nord comme au sud, la ville d’Al Dhale est cernée par les combats, les lignes de front en mouvement et les nombreux postes de contrôle. Le ravitaillement, y compris en médicaments, est donc impossible. Les infrastructures de santé ainsi que les systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement se sont aussi effondrés.

Les habitants m’ont expliqué que l’accès aux soins n’est pas évident, non seulement parce que les hôpitaux et centres de santé sont fermés, endommagés ou à court de médicaments, mais aussi à cause de l’insécurité et des problèmes liés au transport. Un médecin m’a confié être inquiète pour les femmes enceintes des villages voisins qui souffrent de complications pendant la grossesse ou l’accouchement mais ne peuvent se rendre à l’hôpital à cause de la pénurie de carburant.

MSF soutient le service des urgences de l’hôpital d’Al Dhale. Nous fournissons aussi des médicaments, du matériel médical, de l’eau propre et du carburant à d’autres centres de santé de la région. Étant donnée la pénurie de carburant, nos équipes luttent au quotidien pour faire fonctionner les générateurs et pour pouvoir accueillir des patients dans les services d’urgence. Car sans carburant, pas d’électricité. Sans électricité, pas de stérilisation, pas de concentrateurs d’oxygène, pas de lumière dans les salles d’opération. Et sans stérilisation correcte, le chirurgien est obligé d’opérer les patients avec des instruments potentiellement contaminés.

Un peu d’espoir

Pendant mon séjour au Yémen, MSF était la seule organisation internationale à travailler dans le gouvernorat d’Al Dhale avec du personnel yéménite et international sur le terrain. Quelqu’un m’a dit : « Je n’ai pas eu de quoi me réjouir depuis des semaines, mais vous voir ici aujourd’hui me redonne le sourire et donne de l’espoir à mes compatriotes Yéménites et à moi-même. »

Pendant les semaines que j’ai passées au Yémen, j’ai essayé de continuer à faire tourner les services d’urgence et j’ai contribué à rendre les soins de santé accessibles à ceux qui en avaient besoin. Mais au-delà de l’assistance physique, les moments comme ceux que j’ai partagés avec les femmes rencontrées dans les différents hôpitaux nous rappellent que la dignité, l’espoir et la solidarité sont tout aussi importants. Je pense que c’est ce qui pousse beaucoup d’entre nous à venir en aide à des populations en danger : nous croyons en un monde où personne n’est voué à souffrir seul.

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3 réponses à Yemen: La traversée du front

  1. martin xavier dit :

    Bonjour , ce matin sur ma guitare j ai commencé une compos dont le refrain fait” je suis docteur sans frontière , j ai le mal du pays dans ce monde qui tourne a l envert ” je me demandais si l un de vous ecoutait cette chanson , ce qui lui paraitrait indispens

  2. martin xavier dit :

    bonjour , je fais une chanson sur les msf , le refrain ” je suis docteur sans frontière , j ai le mal du pays dans ce monde qui tourne a l envers “, que dois je ne surtout pas oublier de dire ?

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