Yémen : « Nous ne pouvons pas arrêter de vivre à cause de la guerre »

Depuis mai 2015, MSF a fourni des médicaments d’urgence et des fournitures chirurgicales aux hôpitaux d’Al Jumhori, Al Thawra, Al Rawdah, et Al Qa’idah qui ont tous reçu un large nombre de blessés dans l’escalade de la violence.

Depuis mai 2015, MSF a fourni des médicaments d’urgence et des fournitures chirurgicales aux hôpitaux d’Al Jumhori, Al Thawra, Al Rawdah, et Al Qa’idah qui ont tous reçu un large nombre de blessés dans l’escalade de la violence.

Présente durant cinq mois au Yémen en tant que coordinatrice médicale d’urgence pour MSF, Céline Langlois a été étonnée par l’habilité de la population qui continue à vivre au milieu des frappes aériennes et de la grave crise du pétrole et de l’eau.

« Dans la capitale Sana’a, les avions de guerre qui volent au-dessus de nos têtes représentaient la principale menace. Les yéménites ont appris à vivre avec, nous avons fait de même. Avant une frappe aérienne, il y a un sifflement. La réaction est automatique : il faut trouver un abri. Il y a eu quelques nuits où je roulais sous mon lit, par peur que les fenêtres volent en éclats.

Un jour, un composé en face de l’hôpital principal des mères et des enfants a été lourdement bombardé par la coalition dirigée par les Saoudiens. Deux enfants sont morts- pas à cause des frappes aériennes, mais par manque d’oxygène. Le principal impact de cette guerre n’est pas directement lié aux combats ; la plupart des morts sont causés par l’effondrement du système des soins de santé.

Une vie sous haute tension                                                                           

Dans la ville de Taiz, dans laquelle je me suis rendue par la suite, la plus grand menace émanait des snipers. Même quand vous ne les voyez pas, ils sont toujours là. Vous devenez hyper vigilant et très sensible aux bruits des coups de feu – vous savez dire si c’est un AK47 ou un tir de sniper.

Un jour, nous étions en train de visiter les hôpitaux que MSF approvisionne à travers Taiz, ce qui impliquait traverser des lignes de front. Quand nous avons pénétré dans le « no man’s land », nous avons vu que deux combattants avaient juste été abattus d’une balle dans la tête par des snipers. Nous avons alors été pris dans des tirs croisés.

Nous avons essayé de nous mettre à l’abri. Les tirs venaient de partout. Nous nous sommes accroupis derrière un réservoir d’eau. Après 20 minutes, une famille nous a gentiment laissé entrer dans sa maison. Le père de la maison était pieds-nus et ne portait qu’une chemise yéménite traditionnelle ainsi qu’un débardeur blanc et tenait une Kalachnikov, prêt à protéger sa famille et sa maison. Les enfants avaient l’air épuisés –ils n’avaient pratiquement pas dormi les jours d’avant. C’est devenu de plus en plus évident que nous devions offrir un soutien psychologique à la population yéménite et ce, le plus vite possible. Je n’oublierai jamais l’hospitalité de cette famille yéménite qui a sauvé nos vies.

Les Yéménites sont incroyablement résilients

Quand vous voyagez à travers le Yémen, vous voyez comment ils s’adaptent pour vivre leur vie avec cette guerre. La crise du pétrole et de l’eau affecte tout le monde. Chaque jour, vous apercevez des longues files de voitures qui attendent pour de l’essence, parfois pendant des jours. Vous voyez des familles marcher jusqu’au puit pour obtenir de l’eau ; des personnes rouler sur des motos qui ont été modifiées pour rouler au gaz naturel ; des gens monter des chevaux ou des ânes au beau milieu de la ville de Sana’a – preuve que les yéménites ont dû être créatifs afin d’être capables de continuer à vivre leur quotidien.

Les marchés sont toujours pleins à craquer; les vendeurs de glaces sonnent leur cloche parmi les combattants lourdement armés, les poulets sont vendus à côté des checkpoints. Le business quotidien continue. J’ai demandé à un médecin yéménite dans un de nos hôpitaux si elle avait des problèmes pour franchir la ligne de front. Elle m’a répondu : « bien évidemment, mais nous ne pouvons pas arrêter de vivre à cause de la guerre. »

Céline Langlois

J’ai rencontré et travaillé avec beaucoup de yéménites. Ils sont très accueillants et ouverts aux autres. Chaque personne que j’ai rencontrée a perdu quelqu’un qu’elle aimait- un parent ou un ami- dans cette guerre. Les blessures yéménites sont grandes ouvertes et auront besoin de temps pour guérir. J’espère sincèrement qu’elles auront la chance de guérir bientôt. »

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