Imprévisible miellée…

Nombreux sont ceux qui associent les abeilles au miel mais moins nombreux sont ceux qui savent dans quelles conditions elles arrivent à le produire… Pourquoi y a-t-il des bonnes et des mauvaises années? Pourquoi y a-t-il un miel de printemps et un miel d’été et que se passe-t-il entre les deux?

Pour commencer, il faut se rappeler que, contrairement à d’autres insectes sociaux, une colonie d’abeilles vit toute l’année et que la taille de sa population évolue au gré des saisons. Une colonie, c’est une seule reine qui pond quasi toute l’année, quelques milliers de mâles en saison et, surtout, des dizaines de milliers d’ouvrières qui travaillent autour d’elle comme un seul être. Une colonie, c’est un super organisme qui se gonfle comme un ballon au fur et à mesure que les jours s’allongent et les températures se réchauffent et se dégonfle ensuite pour vivre de ses réserves le reste de l’année. La colonie peut ainsi passer de 10.000 abeilles en hiver à plus de 50.000 en été. Le but ultime de cette montée en puissance, c’est d’être capable de récolter suffisamment de nectar au moment où celui-ci est disponible en abondance dans la nature pour ensuite le transformer en miel et constituer ainsi des réserves qui permettront à la colonie de perdurer tout le reste de l’année.

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C’est ce que l’on appelle une miellée et son succès dépendra principalement de trois facteurs :
- la taille de la colonie : au plus la colonie est importante, au plus il y aura de butineuses disponibles pour la récolte.
- l’environnement du rucher : les abeilles butinent dans un rayon de 3km autour de leur ruche mais toutes les fleurs ne sont pas aussi mellifères et c’est avant tout la diversité et l’abondance florale tout au long de la saison qui assurera des bonnes réserves à une colonie.
- le climat : une miellée commence la température extérieure dépasse 15°C et s’intensifie au-delà de 20°C. Cette température va influencer le vol des abeilles mais également les sécrétions nectarifères des fleurs. Par ailleurs, les précipitations peuvent avoir un effet négatif en perturbant le vol des abeilles mais également un effet positif en augmentent l’humidité du sol permettant ainsi une production importante de nectar. D’autres paramètres climatiques peuvent également influer comme la vitesse du vent ou l’humidité relative de l’air.

Une bonne miellée est donc un savant mélange de ces trois facteurs et si l’apiculteur peut, avec un peu de technique, avoir une influence directe sur le premier facteur, il n’aura qu’une influence toute relative sur le deuxième (il peut privilégier un emplacement plutôt qu’un autre mais ne pourra pas contrôler tout ce qui y sera planté … ou pulvérisé) et il n’en a (mal)heureusement aucune sur le troisième…

butineuse

Dans nos contrées, le climat n’est pas toujours propice et la période de miellée est par conséquent assez courte, commençant habituellement en avril avec la floraison du merisier pour se terminer normalement aux alentours de mi-juillet avec les ronces, tilleuls et châtaigniers. Et pendant toute cette période, on constate habituellement qu’une part importante d’une récolte se fait en seulement quelques jours. Cela veut dire que si la colonie n’est pas en état de récolter à ce moment-là, elle peut passer à côté d’une grosse partie de la miellée…

Enfin, entre la miellée de printemps (qui se termine mi-mai avec les pommiers et l’aubépine) et la miellée d’été (qui commence habituellement mi-juin), il y a une période de soudure qu’on appelle “trou de miellée” durant laquelle peu de fleurs sont disponibles en quantité, obligeant ainsi les abeilles à consommer leurs précieuses réserves.

miel

Pour y remédier, chaque apiculteur a sa technique : certains font une seule récolte en été, d’autres récoltent tout ou partie du miel de printemps et nourrissent au besoin leurs colonies en attendant la miellée d’été. En tout cas, l’apiculteur a la responsabilité de s’assurer que ses abeilles ne manquent pas de nourriture au risque de les voir véritablement mourir de faim durant cette période de disette.
Mais, il n’y a pas que l’apiculteur qui a un rôle à jouer… chacun de nous peut aider les abeilles et autres insectes pollinisateurs en mettant à leur disposition tout au long de la saison des plantes mellifères attractives qui leur offriront à la fois une plus grande variété et une plus grande disponibilité de fleurs nourricières et par conséquent une moins grande dépendance aux conditions climatiques…

Pour plus d’informations, voir par exemple le calendrier des fleurs publié par le Cari ainsi que ce document très inspirant pour choisir les plantes et fleurs utiles à nos pollinisateurs.
Enfin, pour les plus apicoles d’entre vous, il est fort utile de consulter régulièrement les balances du Cari qui permettent de suivre quotidiennement les variations de poids placées sur une quinzaine de ruches disséminées en Wallonie et prédire ainsi l’arrivée d’une miellée. Pour les analyses et explications, c’est par ici.

Votre Happyculteur,

Bruno Harmant

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