“Notre but: la proclamation d’un Etat palestinien indépendant”

Le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe n’a pas atteint Ramallah. Du moins, pas encore. Certes, à l’entrée de la place des Lions, le cœur de la capitale administrative de l’Autorité palestinienne, quelques étudiants campent dans deux tentes en rêvant de révolution mais leurs espoirs ne semblent pas porter à la contagion. Les passants ne s’y intéressent guère et les policiers de l’AP stationnés un peu plus loin les observent d’un œil las.

Certains campeurs répondent aux questions des journalistes étrangers. D’autres surfent sur internet. Ils dialoguent avec leurs collègues de la bande de Gaza à la recherche d‘une improbable réconciliation entre le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas au pouvoir à Ramallah, et le Hamas de Gaza. «Nous ne sommes pas en Egypte, en Syrie ou en Libye », lâche Mounir Salama (26 ans) en jetant régulièrement des regards sur l’écran de son ordinateur. « Bien sûr, nous voulons que le monde arabe change mais nous ne combattons pas une dictature ou un tyran. Notre, cible, c’est l’occupation israélienne et notre but c’est la proclamation d’un Etat palestinien indépendant à l’occasion de la prochaine assemblée générale des Nations unies en septembre ».

Et poursuivre : « Pour en arriver là, nous devons mettre fin à nos division, créer un front uni contre Israël. Notre combat, nous le menons pour que le Fatah et le Hamas se réconcilient enfin». Diplômé dans une école de hautes études commerciales, notre interlocuteur n’avait jamais vraiment milité avant ces dernières semaines. Fils de notables aisés, il n’a pas non plus participé à la deuxième intifada. « Juste quelques pierres lancées sur les jeeps israéliennes », dit-il. Mais Facebook, Twitter et les autres sites sociaux n’ont aucun secret pour lui comme pour la plupart des Palestiniens de son âge. « Nous sommes en contact permanent avec nos camarades de Gaza », explique-t-il. « Eux aussi veulent que les choses bougent. Croyez-moi, ce ne sont pas des barbus obtus qui ne pensent qu’à mourir en « chayid » (martyr). »

Le « Mouvement pour l’unité » n’est pas structuré. Et il multiforme. Certains prônent l’action non-violente et d’autres ont signé un appel au déclenchement d’une troisième intifada diffusé via Facebook. En quelques semaines, cet appel a recueilli 350.0000 signatures et le gouvernement israélien est intervenu avec succès afin de le faire disparaître du Web. Il a cependant été remplacé par une série de sites sembles contre lesquels les autorités israéliennes ne peuvent rien à par se plaindre. « Nous ne sommes pour rien dans cette affaire », jure Salama et quelques uns de ses amis réunis au « Zeman », un café branché de la ville où les jeunes Palestiniens aisés refont le monde avec leur smartphone à la main.

Retour en trois mois en arrière. Lorsque les révoltes tunisienne et égyptienne ont éclaté, quelques manifestations spontanées d’étudiants ont eu lieu à Ramallah. Elles ont été rapidement dispersées par les nervis du Fatah et par le Service palestinien de sécurité préventive (SPSP), la police politique de l’AP. C’est alors que les appels à l’unité entre les deux factions ennemies de Palestine se sont multipliés. Y compris dans la bande de Gaza où le Hamas s’est empressé d’encadrer les manifestations unitaires.

A Ramallah, Mahmoud Abbas a tenté de désamorcer le mouvement en promettant des élections législatives et présidentielles ainsi que l’ouverture de négociations avec le Hamas. Dans la foulée, une banderole géante montrant le leader historique du Fatah Yasser Arafat embrassant le scheik Ahmed Yassine, le co-fondateur de l’organisation islamiste, a été accrochée sur un immeuble de la place des Lions. Une première depuis le début de la deuxième intifada.

Mais rien n’a vraiment changé puisque les négociations de réconciliation entre le Fatah et le Hamas sont au point mort. « C’est pour cela que nous poursuivons notre travail de sape », conclut Salama. « En Tunisie et en Egypte, il leur a fallu plusieurs années pour faire bouger les choses. Ici, quelques mois suffiront ».

Serge Dumont, notre envoyé spécial à Ramallah

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2 réponses à “Notre but: la proclamation d’un Etat palestinien indépendant”

  1. Frank Nouma dit :

    En 1947, l’ONU a entériné le partage de la Palestine, les palestiniens l’ont refusée.
    En mars 1965 à Jéricho, lors d’un discours historique, visionnaire et d’une audace folle, le président Habib Bourguiba a appelé les palestiniens et le monde arabe à (non seulement) reconnaitre Israel mais aussi l’intégrer au sein de la ligue arabe…
    Là-aussi, refus généralisé des palestiniens et du monde arabe qui, en ce temps-là,
    nous promettaient de “jeter les juifs à la mer” jusqu’au dernier !
    63 années et ont passé et les palestiniens n’ont toujours pas d’état..
    L’Etat d’Israel, lui aussi, a laissé passer des occasions, notamment après la guerre
    des six jours en 1967 oû il aurait pû décréter unilatéralement la naissance d’un Etat palestinien sur des frontières définies.
    Le gâchis qui dure depuis 1948, aura usé les deux peuples et provoqué des milliers de victimes n’est (malheureusement) pas près de finir.
    (Correspondant du “Jérusalem Post”-natif de Tunisie)

  2. David dit :

    Il faut replacer chaque étape dans son contexte historique et l’on s’apercoit que les positions respectives ont été d’une extreme cohérence. Nous n’allons pas ici retracer l’ensemble des relations israelo-palestiniennes. Cependant, je ne suis quand meme pas certain que le gachi n’est pas près de finir. Des évènements dans la région laissent penser a un rééquilibrage du point de vue des influences internationales, la carte blanche absolue laissée a Israel, avec l’aide de l’occident, est en phase de remise en question. Les gouvernements de faucons israéliens successifs ont été trop loin depuis 2006 et la guerre au Liban, et la crise financière internationale laisse des traces, ce qui rend le financement non seulement de la sécurité d’Israël, mais aussi des dictatures dans son voisinage, un luxe trop difficile a supporter. Les gens raisonnables des deux camps pensent qu’une solution a deux états est la seule solution possible. Quitte, par après, a long terme, a envisager une coopération qui va de la zone de libre échange, en passant par un espace de libre circulation, jusqu’a la confédération. Mais d’abord, deux états distincts, le plus vite possible.

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