Le problème majeur ? Le sentiment d’insécurité, énorme

Bruxelles, ville dangereuse ? Les statistiques que nous révélons (cfr Le Soir) démontrent que non. Pourtant, la capitale fait régulièrement la une de l’actualité par ses faits divers… Pourtant, les usagers et le personnel des transports en commun sont confrontés à une recrudescence de la violence. Pourtant, le sentiment d’insécurité est plus élevé à Bruxelles que dans n’importe quelle autre ville du Royaume. Tentative d’explication de ces paradoxes bruxellois.

Les chiffres rassurants
C’est la bible en matière de sécurité : la Banque de données nationale générale. Elle recense tous les faits enregistrés par l’ensemble des services de police, qui ont été commis sur le territoire de la Région bruxelloise. Le gros poste, en chiffres absolus, ce sont les vols et extorsions, en baisse de 0,3% ces dix dernières années. Juste derrière, il y a les « violences contre la propriété », en hausse très légère (+ 0,5%) et les « infractions contre l’intégrité physique », en légère progression (+ 0,2%). Et ce alors que, dans le même temps, la population bruxelloise ne cesse de croître. « C’est donc, dans les faits, une diminution très importante de la criminalité bruxelloise », constate le ministre-président bruxellois, Charles Picqué (PS).

Dans le même temps, pourtant, la hausse des agressions est vertigineuse dans les infrastructures de la Stib et de la SNCB. « C’est exact, mais relativisons un peu : par agression, on entend, chez nous, tout contact physique, en ce compris aussi, des personnes que l’on pousse, sur le personnel, sur des voyageurs, mais aussi entre usagers », détaille-t-on à la SCNB Holding. Et de préciser, aussi, qu’au total, pas moins de 370.000 personnes défilent, chaque jour, dans les trois premières gares de la capitale. Or, on ne comptait « que » 320 agressions en 2010…

A la Stib aussi, on relève des chiffres inquiétants. Les agressions sont en nette hausse tant dans le réseau souterrain qu’en surface. La progression est spectaculaire entre 2007 et 2010. « Et, depuis le début de l’année, on a connu beaucoup d’agressions », reconnaît Jean-Pierre Alvin, porte-parole de la Stib. D’où le recours à une société de gardiennage pour répondre, au plus vite, aux problèmes. « Et pourtant, poursuit le porte-parole de la Stib, que ce soit en surface ou en souterrain, au niveau européen, Bruxelles présente un des réseaux les plus sûrs. Notamment parce que, dès le début du métro, on a installé des caméras, qu’on a détaché des policiers sur le réseau… »

Les incivilités en hausse

Charles Picqué le souligne spontanément : « les indicateurs d’insécurité sont en baisse, Bruxelles n’est pas plus dangereuse qu’une autre ville. Et pourtant, il y a un sentiment d’insécurité très présent. » Le Moniteur de la sécurité – vaste enquête auprès des citoyens menée, chaque année par la police fédérale – ne dit pas autre chose. En 2008, près d’un Bruxellois sur deux (48,09%) se déclarait « parfois, souvent, voire toujours en sentiment d’insécurité globale » dans sa ville. Davantage que les Wallons (44,15%) et bien plus que les Flamands (29,7%). L’écart est encore plus marqué pour certains comportements. Ainsi, 47,1% des Bruxellois disent éviter (parfois, souvent ou toujours) certains quartiers ; ils ne sont que 33% en Wallonie et 21% en Flandre. Rebelote pour les transports en commun : un tiers des habitants de la capitale ont peur d’emprunter le réseau de la Stib (22% de Wallons seulement ont peur des transports, et 14,9% de Flamands).

La situation, disent plusieurs experts, s’observe dans toutes les grandes villes… « Mais, s’inquiète Charles Picqué, il y a une série de facteurs qui contribuent à ce sentiment d’insécurité. » Et d’épingler : « la banalisation du recours à la violence, l’augmentation très nette de l’agressivité, la hausse du nombre d’incivilités, et le sentiment d’absence de policiers dans les rues. »

Que faire ?

D’abord et avant tout, mettre davantage de policiers en rue. Pour cela, il faut d’abord arriver à recruter ! Il manque à l’heure actuelle… 773 agents sur les 5.669 que devraient compter les six zones de police bruxelloise ! Il manque, aussi, 216 personnes dans les services administratifs et logistiques des polices locales. Les causes ? Elles sont multiples. D’abord, les communes bruxelloises, en proie, pour la plupart, à des difficultés financières, ont bien du mal à assumer le coût des zones de police. Ensuite, les nouvelles recrues, lorsqu’elles sont issues de Flandre ou de Wallonie, quittent très vite la capitale pour un poste dans leur coin. Et puis, rappelle-t-on dans tous les partis, les policiers bruxellois doivent assumer une série de tâches (notamment le transfert des prisonniers vers le palais de justice, la surveillance des ambassades, la sécurisation des manifestations, nombreuses à Bruxelles, et des réunions internationales, en particulier les sommets européens). Autant de problèmes dénoncés par le gouvernement bruxellois à maintes reprises. Au lendemain des dernières émeutes, le gouvernement Leterme avait promis de dégager des moyens supplémentaires, financiers et humains. Las, les affaires courantes n’ont jamais permis la concrétisation de ces promesses et le problème reste donc entier.

La Région, elle, n’a pas de compétence directe en matière de sécurité, mais bien en termes de prévention. Et, à cet égard, Charles Picqué vient de réorienter toute sa politique : les « contrats de sécurité et de prévention » (des projets communaux financés par la Région) vont prendre d’autres accents. « La priorité, c’est la lutte contre le sentiment d’insécurité, insiste le ministre-président. La prévention est indispensable, mais il faut aussi un volet répression, face à des forces de délinquance plus dures. » Pour faire simple : moins de prévention « occupationnelle » (les fêtes de quartier, les tournois sportifs) mais davantage de gardiens de la paix et d’éducateurs de rue. Un virage à 180 degrés ? C’est ce que dénonce le député-bourgmestre d’Etterbeek Vincent De Wolf (MR) : « C’est un revirement dans la manière dont la prévention est assurée depuis près de 15 ans ! » Un avis partagé par Ronald Ceulemans, fonctionnaire de prévention à Molenbeek : « un éducateur de rue ne peut amener un jeune à changer de trajectoire qu’en lui proposant une activité à travers laquelle il est valorisé, pas en lui rappelant sans cesse la norme ». Le plus ancien des fonctionnaires de prévention de Belgique s’inquiète : « Ce virage sécuritaire risque de nous envoyer droit dans le mur. » Mais alors, que faire ?

VÉRONIQUE LAMQUIN
ÉRIC RENETTE
FABRICE VOOGT

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3 réponses à Le problème majeur ? Le sentiment d’insécurité, énorme

  1. Le Hérisson dit :

    Certains quartiers de Bruxelles, sont en effet devenus des ghettos.
    Le laxisme des majorités “socialistes” a fait que ceux-ci sont devenus des zones où règne le communautarisme et où l’assistanat est érigé en système “économique”.
    Sans oublier les activités illicites de l’économie souterraine.
    Des quartiers sans valeur ajoutée, réservoir électoral du PS qui se crée là un renouvellement d’électorat basé sur le principe “wallon”: un assisté est un électeur fidèle parce que dépendant.
    La sur représentation de certains groupes, stimulée par les voix de préférences “communautaires” aux élections locales, font que dans ces communes, de larges responsabilités sont exercées par des “chez de tribus” sans les compétences requises.

  2. Fabienne dit :

    Si les agressions sont en hausse dans les transports en commun et que paradoxalement la situation chiffrée semble s’améliorer, c’est aussi parce que les victimes ont peur des représailles et ont l’impression que déposer plainte ne sert à rien (sauf de se fatiguer émotionnellement et inutilement). Cela ne vous a-t-il pas frappé dans votre analyse qu’un agresseur ne pouvait devenir un ange quand il sort du périmètre des transports en commun? Dommage que vous n’ayez pas investigué plus et que vous en concluez qu’il s’agit d’un “sentiment” d’insécurité.

  3. Le Hérisson dit :

    On peut imaginer tous les systèmes de prévention et de répression du monde….
    Si derrière la justice est laxiste et développe un sentiment d’impunité….
    Démotivation des forces de police
    Incompréhension des citoyens
    Vedettariat de la racaille au yeux de son milieu. Promotion du “caïd”

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