On ne revient jamais indemne d’une visite médicale en centre fermé

Voici le témoignage de Michel Roland, médecin généraliste et administrateur de Médecins du Monde, lors de la matinée de travail du 22 mars 2013 au Parlement Fédéral sur la régularisation du séjour des personnes gravement malades, à l’initiative du CIRE

Mon intervention sera centrée sur mon vécu personnel par rapport à la problématique des personnes vivant dans les centres fermés, problématique déployée de manière à la fois générale et particulière, comme enseignant de médecine sociale, et comme médecin clinicien rendant fréquemment visite à ces personnes.

Il n’est plus besoin de préciser aujourd’hui l’importance des déterminants non médicaux de la santé, et ceux-ci sont évidemment légion dans ces circonstances pour accroître la vulnérabilité des demandeurs d’asile et des immigrants illégaux séjournant dans les centres fermés. Cette vulnérabilité augmentée se manifeste autant sur le plan psychique et mental que sur le plan physique proprement dit.

D’un point de vue psychologique, le sans-papier doit brutalement faire face à un enfermement qui arrête brutalement sa trajectoire et ses projets de vie. Il se sentait mal dans son pays d’origine, il a découvert la réalité du présumé pays d’accueil ; il renonçait progressivement à un chemin tout tracé vers une sortie de la précarité, le voilà qui se retrouve enfermé, dans une position de coupable a priori. Il ne s’agit pas de prison, mais la différence visible est ténue : de lourdes portes, un système perfectionné de sécurité, de hauts murs ou de hautes grilles sur une double enceinte, et des gardiens qui le surveillent.

Puis il y a aussi les isolements disciplinaires, qui seraient même en augmentation. Les transports vers les tribunaux se font en fourgon cellulaire, souvent avec des menottes. L’angoisse dans son vrai sens du terme, l’anticipation d’un lendemain mauvais, est partout et est palpable. Ceux qui ont engagé un processus de demande de protection subsidiaire sont terrorisés à l’idée de devoir retourner dans leur pays d’origine avec des risques d’atteintes graves telles que peine de mort ou exécution, torture ou traitements inhumains. La vie collective est obligatoire, les lieux d’isolement ou d’intimité possibles sont rares. Le recours aux anxiolytiques est quasi systématique, les antidépresseurs sont les rustines des dépressions, les nuits sont difficiles, le sommeil n’est pas bon. C’est dans ce contexte que certains sans-papiers en viennent à décompenser une maladie mentale préexistante ou latente, des états névrotiques les plus classiques aux manifestations psychotiques les plus florides avec hallucinations, délires, ou dépersonnalisation, ou en viennent à réaliser des actes extrêmes, voire inconsidérés et dangereux pour eux-mêmes comme les grèves de la faim, les automutilations ou les tentatives de suicide.

Les enfants vivant dans ce contexte sont particulièrement vulnérables. Leur subjectivité en construction est durablement, voire définitivement touchée par les conditions de vie en situation de non-droit. Tout le travail de l’enfant (grandir, se construire, apprendre) pour devenir un adulte citoyen et responsable est souvent gravement entravé. L’angoisse, la peur sont aussi au centre des expressions chez ces enfants qui malgré les tentatives d’adaptation, payent un prix très fort quant à leur devenir. Ils sont en grande majorité anxieux et psychiquement ne vont pas bien malgré une apparente vitalité. Ceci est aussi vrai pour les tout petits qui manifestent déjà des troubles psychiques importants dans la sphère alimentaire, du sommeil ou de la relation précoce, et qui nécessiteraient dès ce moment une prise en charge psychologique pour éviter la survenue de troubles psychiatriques plus graves. Des aides psychologiques potentielles existent pour toutes ces personnes, mais le manque de confiance dans la structure fait qu’elles sont bien peu, trop peu demandées malgré la bonne volonté de la plupart des soignants.

Sur le plan médical plus organique, la situation est transposable puisque les médecins suscitent a priori la méfiance dans la mesure où ils sont employés par l’administration du pays d’accueil. Se sachant structurellement en position de faiblesse dans le cadre d’une relation intrinsèquement non thérapeutique, ces médecins la compensent par un professionnalisme extrême et une très grande conscience, parfois jusqu’à la minutie pour éviter toute erreur, malgré l’absence du lien classique médecin-patient. Leur situation est inconfortable, celle des patients intenable, les malentendus sont inévitables, les prises en charge souvent erratiques. Le manque de confiance est entretenu par le non-accès au dossier, le peu d’explications sur les diagnostics et les traitements (parfois pour cause linguistique), la sensation du personnel médical d’être instrumentalisé.

Ces constatations peuvent se faire à l’occasion de chacune des visites dans les centres fermés, où, parfois, une petite explication ou simplement l’explicitation des procédures suivies suffit à débloquer une situation dans l’impasse. Mais parfois c’est la personne elle-même qui ne communique pas des éléments pourtant fondamentaux, comme les violences sexuelles ou les tortures. Il semble que là, c’est soit la crainte de ne pas être cru, soit une certaine volonté de ne pas divulguer une intimité déjà mise à mal qui explique ces rétentions d’épisodes qui pourraient parfois peser positivement dans une décision de reconnaissance et de droit à la non-expulsion. La brutalité de certaines expulsions est évidente, amenant à la rédaction par les médecins visiteurs de documents attestant la réalité des lésions déclarées, ce qui, d’ailleurs, s’est parfois soldé par la libération rapide de la personne violentée. Ces expulsions sont souvent annoncées au dernier moment et sont l’objet de toutes les supputations et de la matérialisation de toutes les angoisses.

Et puis les centres fermés, au-delà de toute la misère humaine rassemblée, concentrent aussi les maladies sexuellement transmissibles, dont en premier le SIDA, les maladies du stress (les ulcères digestifs), certaines maladies infectieuses de proximité (comme la tuberculose).

Paradoxalement, on en arrive devant certaines situations humainement insupportables à être content de mettre une maladie grave en évidence, car elle sera déterminante pour une libération du centre fermé.

On ne revient jamais indemne d’une visite dans un centre fermé. Derrière chaque migrant que l’on rencontre, avec qui l’on parle, que l’on est amené à examiner se trouve un être humain en souffrance profonde, souffrance toujours mentale avec une dimension existentielle massive, souffrance souvent physique avec des maladies importées dans le chemin vers la Belgique, ou acquise dans notre pays d’accueil en relation avec les conditions de vie qui lui sont imposées. Et on ne peut qu’être convaincu que ces centres sont en radicale opposition avec les droits élémentaires de la personne, avec le respect de la dignité qui habite tous les êtres humains, et la santé fait partie de ces droits et de cette dignité-là.

Dr Michel Roland

Communiqué de presse

Le 06/02/2013

Nord Mali : Médecins du Monde ouvre un poste de santé à Tinzawatène auprès des populations déplacées de Kidal

A 300 km au Nord-Est de Kidal et à quelques pas de la frontière algérienne, le village de Tinzawatène fait face depuis plusieurs jours à un afflux constant de familles déplacées. Les équipes de Médecins du Monde ont ouvert un poste de santé afin d’apporter une assistance médicale et nutritionnelle aux centaines de familles qui arrivent sur le site dans un état de dénuement avancé.

 
« En moins d’une semaine, le nombre de familles a triplé. On est passé de 400 à 1.200 familles, soit 6.000 personnes, et le flux ne tarit pas », explique Olivier Vandecasteele, responsable des programmes au Mali. « Les ménages sont principalement composés de femmes, d’enfants et de personnes âgée. A 2 jours de route de Kidal, ils arrivent dans un état de stress important ».

 
Nos équipes témoignent des conditions de vie particulièrement précaires des nouveaux arrivants : « Sous un soleil de plomb, ils se serrent par dizaines sous les châssis des camions à la recherche de l’ombre, alors que d’autres se retrouvent tout simplement sans aucune forme d’abris ».

 
Dans ce contexte, Médecins du Monde assure depuis plus d’une semaine la prise en charge médicale et nutritionnelle des populations déplacées. Les consultations s’organisent à un rythme soutenu, pour totaliser plus de 300 consultations préventives et curatives à ce jour.

 
« Les mouvements de populations, la promiscuité et la situation sanitaire précaire des populations augmentent très fortement le risque d’épidémie», prévient Olivier Vandecasteele. L’inquiétude est d’autant plus réelle que des cas de rougeole sont signalés dans les camps de réfugiés de l’autre côté de la frontière, en Algérie. « Des équipes médicales de renfort sont arrivées sur place et plusieurs tonnes de matériel sont en route vers Kidal, malgré les défis logistiques importants ».

 

Pour plus d’informations :
Olivier Vandecasteele, Responsable Mission Mali : +32 490 11 49 91
Olivier.vandecasteele@medecinsdumonde.be

Marie-Anne Robberecht, Presse FR : +32 493 25 49 09
Marie-anne.robberecht@medecinsdumonde.be

Médecins du Monde (MdM) est une ONG médicale active depuis plus de 10 ans au Mali. Depuis le début de la crise, nos équipes ont travaillé sans discontinuité afin de garantir un accès aux soins de santé et une prise en charge nutritionnelle auprès de plus de 200.000 habitants dans les régions de Gao et de Kidal. Médecins du Monde est une organisation indépendante qui travaille selon les principes humanitaires de neutralité et d’impartialité.

Le Blog de Claire Pecheux

MEDECINS DU MONDE EN BELGIQUE

29 janvier 2013

Connaissez-vous les CASO ? Ces centres d’accueil, de soins et d’orientation ont été créés par Médecins du monde pour garantir un accès aux soins à ceux qui ne parviennent pas à en bénéficier, qu’il s’agisse de personnes en séjour irrégulier, en situation précaire, de demandeurs d’asile ou de ressortissants européens sans assurance maladie valable. J’ai visité celui de Bruxelles en compagnie du responsable des projets belges, Stéphane Heymans. D’emblée, il précise que l’objectif poursuivi par Médecins du monde n’est pas de remplacer les structures de soins existantes, mais d’informer les patients sur leurs droits et leurs obligations, de les aider à exercer ces droits de façon autonome et de les accompagner dans leurs démarches.

«Le patient voit en premier lieu une assistante sociale. Elle dresse un screening de sa situation administrative. Elle regarde s’il aura droit à une mutuelle ou à l’aide médicale urgente pour les personnes en séjour irrégulier. Elle regarde si c’est un demandeur d’asile, si c’est un européen… On a aussi un petit questionnaire sur sa condition sociale. S’il a besoin de colis alimentaires ou d’un logement, par exemple, on lui donne des conseils pratiques et des adresses. Nous, on travaille vraiment sur l’accès aux soins. »

 
Dans l’entrée, une bonne quinzaine de personnes attendent. Elles sont accueillies par Marité. « Alors l’accueil, ça veut dire quoi? Quand une personne arrive, on prend son nom, son prénom et son numéro de téléphone, on lui propose un thé ou un café et on la fait entrer dans la salle d’attente. Quand elle part, on s’assure qu’elle a tout compris et si ce n’est pas le cas, on lui explique ou on rappelle le médecin. Notre but, c’est de faire en sorte qu’elle sache à quoi s’en tenir pour faciliter son insertion sociale et médicale. » Certaines d’entre elles devront revenir un autre jour. Le centre est en effet saturé.
La salle d’attente est chaleureuse. Ca et là, des jouets d’enfants. Une jeune chinoise attend qu’un médecin examine son bébé malade « parce qu’ici, c’est gratuit ». Un ressortissant grec accompagne son fils souffrant. Ce sont des amis qui lui ont signalé l’existence du CASO. « S’il y avait une autre solution, je ne serais pas venu ici. » Même remarque d’un jeune Algérien. Il est en Belgique depuis trois ans et il attend sa régularisation.
Après son entretien avec une assistante sociale, le patient rencontre un médecin. Stéphane Heymans rappelle une fois encore que le but n’est pas de faire de la médecine pour pauvres, mais d’aider à réintégrer le système classique. « Un exemple : quelqu’un a besoin d’une radio, il n’ a pas de couverture de soins pour le moment, mais si on travaille bien, il en aura peut-être une dans deux ou trois mois. L’assistant social et le médecin vont discuter ensemble pour voir si cela peut attendre et si c’est urgent, Médecins du monde prend les frais en charge. » Des frais qui sont loin d’être négligeables : environ 2.000 euros par mois pour le CASO de Bruxelles et 80.000 euros par an, toutes consultations confondues.

 
A l’heure actuelle, Médecins du monde compte deux centres d’accueil, de soins et d’orientation, l’un à Bruxelles et l’autre à Anvers. Des consultations se tiennent également trois ou quatre fois par semaine au Samu social ou dans plusieurs lieux d’hébergement d’urgence et, sept jours sur sept, dans le cadre des dispositifs d’hiver. Ce n’est pas toujours facile, comme l’explique Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde. « La nuit, les services sociaux ne sont pas ouverts, pas plus que les laboratoires, les services de santé mentale ou les centres de planning familial. Donc, c’est particulièrement compliqué et le gros travail que l’on fait aujourd’hui, c’est de mettre notre centre de consultation à nous en deuxième ligne, pour que les gens qu’on rencontre à l’extérieur puissent bénéficier durant la journée de notre expertise administrative et médicale. En fait, cette articulation entre nos différents projets et avec d’autres partenaires est primordiale. Parce qu’il n’y a pas que nous, heureusement! Plus on doit affiner, plus on doit créer de partenariats. » Et ce n’est pas simple non plus. Dans les grandes villes, les services sociaux ou médicaux de première ligne sont saturés et ils hésitent à prendre en charge les cas les plus difficiles. « On est les emmerdeurs de service, si je peux m’exprimer ainsi ! Les médecins généralistes sont surchargés, les plannings familiaux, les services de santé mentale et les centres de services sociaux sont surbookés, pourquoi viendraient-ils chercher en plus les 5 ou 6% de la population qui sont les plus précaires, qui vont prendre beaucoup de leur temps avec un résultat qui est loin d’être garanti. Cela dit, on essaie de construire des choses et cela commence à marcher. On sent que chacun commence à comprendre que le nombre de précarisés augmente et qu’il y a un enjeu à relever. »

 
Et l’enjeu est de taille. Faute d’accès aux soins, les patients que reçoivent les généralistes bénévoles de Médecins du monde souffrent de pathologies importantes et difficiles à soigner. Il faut dire que la plupart d’entre eux n’ont plus été traités depuis qu’ils ont quitté leur pays d’origine. Les cas de diabète et d’hypertension sont fréquents, le nombre de séropositifs est relativement élevé, et les cas de tuberculose est en hausse sensible. Autant de problèmes à résoudre. « Avant, les CPAS ou les hôpitaux trouvaient des solutions. Aujourd’hui, il y a des restrictions. Nos interlocuteurs qui mettaient en place des systèmes de cartes médicales, par exemple, qui donnaient accès à une couverture santé pendant X mois en reviennent aujourd’hui à un système à l’acte. Tout ce qui permettait de simplifier les démarches administratives s’émaille solidement, voire est déjà à moitié détricoté. Certains CPAS ont une attitude scandaleuse. Dans un contexte de précarisation accrue d’une partie de la population, la réponse sociale ne suit plus et parfois, je dis bien parfois, elle renforce le fossé social. » Pourtant, Pierre Verbeeren en est persuadé, l’action de Médecins du monde porte ses fruits et le modèle mis en place a fait ses preuves. « Il y a deux ans, on était dans le dépannage. Aujourd’hui on a un vrai discours médical. » Son but, c’est de sensibiliser les pouvoirs publics et de pouvoir à terme leur passer la main. Son appel sera-t-il entendu? L’avenir nous le dira mais, personnellement, je reste sceptique !

« Il n’existe pas d’accès aux soins de santé pour tous ! »

Un médecin bénévole témoigne.

Ce 15 novembre, le Samu social a lancé la sixième édition de son Plan hiver. Son partenaire, Médecins du Monde, prend en charge l’ensemble du volet médical. Durant toute l’année, au Centre d’Action Sociale et d’Orientation (CASO) et lors de la période hivernale,  dans les centres d’urgence, le Dr. B. G. et les autres bénévoles de Médecins du Monde Belgique (MdM-B)  feront en sorte que les soins de santé de base restent accessibles à tous, même aux plus démunis.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager chez Médecins du Monde ?

Pendant la plus grande partie de ma vie j’ai travaillé comme médecin généraliste dans mon cabinet médical, à Beauraing. A 72 ans, j’ai décidé de prendre ma pension, mais j’avais encore envie de mettre mes connaissances médicales au profit des gens qui en avaient besoin.  Quand j’ai lu un appel à bénévoles dans une publication spécialisée,  j’ai sauté sur l’occasion. Désormais, je donne des consultations médicales deux fois par mois au CASO à Bruxelles. Dans le cadre du Plan hiver, j’assure également des consultations dans les centres d’accueil pour sans-abri. Si l’hébergement est pris en charge par le Samu Social, les consultations sont quant à elles entièrement organisées par MdM-B.

Les patients que vous rencontrez durant votre bénévolat sont-ils très différents des patients que vous connaissiez auparavant ?

Dans mon cabinet médical à la campagne, beaucoup de mes patients avaient vieillis avec moi. J’ai donc été frappé par la jeunesse de la population que j’ai rencontrée durant les consultations MdM. La moyenne d’âge des patients est aux alentours de 30 ans.  De temps à autre, un patient amène sa grand-mère, mais la  plupart des patients sont des personnes jeunes.

Les patients qui venaient dans mon cabinet médical payaient leur consultation médicale. Il s’agissait d’un échange de services.  Aujourd’hui, dans le cadre des consultations  MdM, les patients sont reçus gratuitement : je retrouve donc chez eux une reconnaissance particulière. Chez MdM, l’écoute est très importante lors de la consultation. Les patients ont souvent besoin de parler de leurs histoires, ce qui n’est pas toujours facile, surtout quand il y a beaucoup de monde.

Quand j’ai décidé de m’engager en tant que bénévole auprès de Médecins du Monde, certaines de mes connaissances étaient un peu inquiètes : « Qu’est-ce que tu vas faire là ? Ces personnes sont sales et ne sentent pas bon», disaient-ils. Mais dès que j’ai commencé, j’ai constaté que ces remarques étaient infondées : les patients font l’effort de se laver avant chaque consultation et essaient, par respect pour eux-même et pour les soignants , d’avoir  la meilleure présentation possible.

Vous avez donné des consultations médicales dans le cadre du plan hiver 2011-2012, qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué?

Pendant les périodes hivernales, dans les centres d’accueil mis en place pour l’hiver nous avons eu un grand afflux de patients. Certains soirs, nous recevions 20 à 30 personnes. J’étais étonné de voir des familles avec des petits enfants à la rue.  Je me rappelle en particulier d’une famille kosovare avec 4 enfants. Le plus jeune avait 10 mois et l’aînée ne devait pas avoir plus de 6 ans. Ils avaient tous la varicelle.  Le centre d’accueil est uniquement un centre de nuit, ce qui implique que le matin vers  8h30 tout le monde doit sortir pour revenir en fin de journée.  Il était impensable que ces enfants se retrouvent en rue alors qu’ils étaient  très malades.  Nous, les bénévoles de MdM, avions fortement insisté auprès des responsables  du centre pour que les enfants puissent rester deux ou trois jours dans le centre, pendant la journée, ce qui fut le cas.

Quelles sont les maladies que vous rencontrez le plus ?

Les patients souffrent souvent de malnutrition et de maladies liées au refroidissement tel que des infections des voies respiratoires et  infections pulmonaires. Je suis également fréquemment confronté à des maladies de la peau et des hépatites.

Les patients doivent gérer des  séparations  au sein de leurs familles ainsi que d’autres conflits dans leur entourage.  Psychologiquement, ça peut être très difficile et beaucoup d’entre eux luttent contre la dépression. Je me rappelle d’une jeune dame marocaine de 21 ans qui était venue en Belgique suite à une offre d’emploi proposée par sa famille en Belgique. Mais quand elle est arrivée ici, elle a découvert qu’en réalité on l’avait fait venir pour la marier. Elle a refusé et s’est retrouvée à la rue. Des ruptures aussi brutales avec le milieu familial sont difficiles à encaisser.

Vos patients retournent-ils souvent vers un système classique de couverture sociale ?

Je l’observe surtout parmi les patients que je rencontre au CASO. Ces consultations sont plus stables et les patients encadrés, afin de faciliter leur réinsertion dans le système de santé habituel. Vu que les consultations organisées dans le cadre du Plan hiver s’apparentent à une action d’urgence, ce genre d’encadrement parallèle aux consultations médicales est difficile à fournir. Par conséquent, moins de patients se réinsèrent dans un système classique de couverture sociale.

On a besoin de vous !

Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas d’accès aux soins de santé pour tous en Belgique. Chers confrères, informez-vous sur le travail médical que nous effectuons chez Médecins du Monde. Devenez vous-même bénévole, ou faites un don sur le compte des Médecins du Monde :

IBAN : BE26 0000 0000 2929

BIC : BPOTBEB1

Un jour dans la vie de… Erwin Temmerman, Coordinateur en Syrie.

 

© SACHA PETRYSZYN© SACHA PETRYSZYN

Cher journal.

Je sais. Je t’ai complètement négligé. Me poser un instant et t’écrire mes impressions : ça n’arrive plus jamais. Mais comment serait-ce possible, avec cet enfer qui se déroule ici quotidiennement ? Il y a à peine un an, début octobre 2011, je débarquais ici tout seul. Avec 20 ans d’expérience dans l’humanitaire, je pressentais ce qui allait arriver. En effet : ce qui débuta, goutte à goutte, avec environ 3 réfugiés par jour traversant la frontière jordanienne, se transforma dès mars, en une cascade de 500 personnes par jour. Finalement, celle-ci devint un tsunami de milliers de réfugiés Syriens débarquant tous les jours. La mission de médecins du monde crû avec le flux de réfugiés et ce qui débuta comme une mission portée par une seule personne, s’est entre temps transformée en une équipe de plus de 50 personnes.

Depuis peu, quelque chose d’étrange se passe. Pour la première fois depuis des mois, le nombre d’arrivants diminue à vue d’œil. « Les militaires commencent à connaître les routes », me dit un réfugié. « Des syriens désespérés qui tentent de sauver leur vie et celle de leurs enfants en fuyant par des routes clandestines se font de plus en plus descendre par des militaires syriens. Ils sont comme des rats pris au piège », conclut-il.

Le plus frustrant est que nous n’arrivons pas à pénétrer en Syrie. L’aide humanitaire y est interdite ainsi que plus généralement les « fouineurs internationaux ». Malgré cela je sais, via des médecins syriens, ce qui se passe derrière les écrans : les hôpitaux sont bombardés et utilisés comme site de torture. Les médecins sont torturés pour avoir simplement soigné des personnes. Un individu ayant des médicaments sur lui risque d’être arrêté et même tué. Une personne pourrait se décourager pour moins que ça, mais ce n’est pas notre cas. Au contraire. En construisant un réseau avec des médecins syriens qui se sont enfuis ici, nous faisons passer des médicaments et du matériel médical en Syrie via des routes clandestines. Un jeu dangereux, je le sais, mais qui est en accord avec nos valeurs. Médecins de Monde soigne depuis plus de 30 ans ceux qui n’ont pas accès aux soins de santé. C’est ce que nous faisons, où que ce soit, et même si cela implique l’usage de voies clandestines. Ici surplace nous travaillons comme des acharnés à soigner les malades dans les camps de réfugiés situés à la frontière mais également dans la clinique de Ramtha et dans deux centres de santé. En juillet et août, nous avons effectué 4268 consultations. En effet, nous travaillons sans relâche. Nous traitons à peu près tout : des maladies de la peau, des troubles aux voies respiratoires, des infections à l’estomac… Nous voyons beaucoup d’enfants dans nos espaces de consultations. J’espère que la guerre se terminera rapidement.

Ce qui est moins visible sont les blessures psychologiques qui ont été infligées. Les histoires que j’entends ici : parfois nous n’arrivons même pas à les écouter. Mais nous ne jetons pas l’éponge. Nous avons entre-temps mis en place un réseau avec un psychiatre, 5 psychologues et 20 assistantes sociales. D’une part il faut guérir les blessures, mais d’autre part, la guérison des esprits est toute aussi importante.

Soit. Dans une heure je suis attendu à une réunion concernant la manière dont nous allons financer nos projets durant les prochains mois.

Dès que j’ai le temps, je t’écrirai quelque chose, promis. Mais maintenant je dois te laisser.
Salutations, Erwin, Jordanie.

MISSION MALI – Témoignage d’un coordinateur sur le terrain

Jos Convié est coordinateur RH bénévole pour Médecins du Monde au Mali. Dans un contexte politique et sécuritaire instable, il nous livre son expérience et raconte comment les équipes sur le terrain s’organisent malgré les évènements et apportent de l’aide aux populations envers et contre tout.

Ambiance des grands jours…

Après plusieurs jours d’une intense activité où les bureaux de MdM ressemblaient à une ruche, c’est le grand départ vers le Nord (pas le départ vers le grand Nord cependant).

Depuis des jours en effet, boostés par les deux médecins chef de projets médico-nutritionnnistes venus pour un temps de Kidal et de Gao, on s’affairait à définir les projets, peaufiner les plannings, commander le matériel, les médicaments et les kits nutrition et aussi à trouver les ressources humaines nécessaires. Car, s’il fallait d’une part reconstituer les équipes qui avaient lourdement souffert des événements des mois passés, il fallait aussi renforcer et augmenter nos moyens en prévision des mois à venir et des nouveaux développements de la situation. Bref, on se préparait vraiment à entrer dans une phase d’aide d’urgence.

Malgré le soin mis à tout organiser, prévoir, commander, le rush final est indescriptible.

Départ plusieurs fois remis. Ou bien on n’était tout à fait prêt, ou bien tel jour n’était pas opportun, pour raisons de sécurité ou pour d’autres motifs. Finalement la date est fixée, le camion commandé et les voitures 4×4 louées. Le départ pour Kidal et Gao se fait le 12 juin.

Toutes les personnes qui doivent partir sont là dès sept heures du matin, superbes dans leurs costumes des grands jours. Impatientes, fébriles et pourtant si calmes et patientes en même temps, convaincues qu’une demi-heure suffit pour embarquer et partir, et constatant au fil des heures que ce n’est pas si simple de tout organiser quand on part pour une telle aventure.

En outre, il pleut depuis tôt le matin : des trombes d’eau qui tombent sans arrêt, obligent tout le monde à se réfugier, avec les bagages, dans le petit couloir qui sert de salle d’attente au centre.

Une agitation croissante : on court dans tous les sens faire un dernier contrat, mettre au point un détail, téléphoner pour presser telle personne pas encore arrivée, et assurer le reste de l’activité qui ne passe pas au second plan pour autant.

Jusqu’à la dernière minute il faut gérer la liste finale des partants (qui change 4 fois en l’espace de la matinée) payer les avances ou les retards, attendre les retardataires, se hâter, cravacher. Quelle matinée !

Plusieurs fois se pose la question : qu’est-ce qu’on attend pour démarrer ? Et le Dr. Emmanuel, avec un sourire qui en dit long, de répéter : on attend que l’administration ait fini les papiers, ou, un peu plus tard, que la logistique ait fini les derniers détails.

Pendant ce temps les mêmes préparatifs se déroulent pour le matériel et le camion. Surprise de dernière minute : les vaccins sont bien là mais pas les seringues pour les administrer. Nouvelles démarches, nouveaux énervements, nouvelles attentes. Mais de toute façon le camion ne peut pas quitter Bamako avant 23 heures à cause des règles de circulation établies dans la ville.

Juste avant le départ encore quelques séances de photos, des au revoirs déchirants, joyeux et pleins d’émotion. Pendant ces quelques jours de préparatifs, de solides amitiés se créent entre les acteurs de terrain et ceux qui sont en appui au siège de Bamako. La solidarité des uns, directe, dans le feu de l’action, se nourrit aussi de celle des arrières qui les soutiennent de toutes leurs forces.

De dernière liste en dernier paquet, il est déjà midi. On ne va quand même pas partir sans manger ! Repas vite expédié à la gargote du coin et voilà que tout est fin prêt.

Les trois voitures avec chacune cinq personnes à bord, chauffeur compris, chargées de bagages jusqu’au plafond, partent enfin vers 13h, à la queue leu leu, en s’éloignant dans la rue encore mouillée et boueuse. Bon voyage les amis, «on reste ensemble» comme nous l’a répété si souvent Zac, le toubib de Kidal.

Il leur faudra trois jours pour arriver sur place et enfin pouvoir se déployer et retrouver les dizaines de malades, les centaines d’enfants souffrant de malnutrition plus ou moins sévère, les milliers de personnes qui attendent cette aide et ce petit bout d’espoir. Inch Allah.

Jos Convié

Discours de nouvel an 2012 de Pierre Verbeeren, directeur de MdM Belgique.

Chères amies, chers amis,

Cette année qui débute est l’occasion de vous remercier très sincèrement pour le travail réalisé en 2011, mais aussi de faire un premier bilan de l’année écoulée et préparer au mieux les mois à venir.

Le discours que je vais tenir est un discours essentiellement inspiré des vœux formulés par Olivier Bernard, Président de MDM-France. Mon objectif n’est pas de copier mais de parler d’une seule voix, de ne parler que de MDM et non des petits clochers belge, français, espagnol… Cela nous donne du souffle, de la fraternité, de la cohérence et, pourquoi pas, la fierté de n’être pas isolés.

Voici donc, d’une certaine manière, une lecture non pas belge mais MDM de l’année 2011 et des enjeux pour 2012.

L’année 2011 est une année incroyable : Gbagbo, Ben Ali, Moubarak, Ben Laden, Kim Jong Il, Kadhafi… tombent, et j’oublie Jacques Chirac. Bachar Al Assad, Sanné et d’autres vacillent, sans parler de Poutine. Quatre femmes prennent des couleurs : Aung San Suu Shi , Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, Leymah Gbowee miliante pour la sécurité des femmes au Libéria et la journaliste Yéménite Tawakkol Karman. Mais tout n’est pas rose.

2011 restera très certainement marquée par quatre phénomènes majeurs
1. Une dégradation certes attendue et redoutée, mais sans doute pas à ce niveau de l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Cette crise touche de plein fouet une part grandissante de la population et affecte en premier lieu les personnes que nous recevons sur nos programmes ici en Belgique et là-bas, à l’étranger. En Grèce les équipes de Médecins du Monde ont su se mobiliser pour répondre aux besoins de santé fondamentaux, mais aussi témoigner fortement de l’impact des politiques d’austérité sur l’accès aux soins et l’état de santé des patients. Dans le monde, la baisse des financements publics et privés remet sévèrement en cause 10 années de politique d’accès aux antirétroviraux sous l’égide du Fonds mondial. En République Démocratique du Congo, la diminution, voire l’arrêt de certains financements se traduit déjà par des interruptions de traitement pour certains patients atteints du Sida. Médecins du Monde reste présent sur le Sida dans l’Est de la RDC via MDM-France. Pour poursuivre son programme de soin et témoigner de l’impact des arrêts de financement sur la santé des personnes vivant avec le VIH.

2. La poursuite de la lente érosion des droits des bénéficiaires de la solidarité. Depuis plusieurs années déjà, nos services sociaux, publics et associatifs, resserrent l’étau de la suspicion en amont de l’aide, et du contrôle en aval de l’aide, sur les publics qui en ont besoin : chasse aux chômeurs, contractualisation du revenu d’intégration, conditionnalité de l’aide médicale urgente… Au-delà de l’érosion et depuis 2010, nous voyons des droits qui disparaissent à cause de pratiques douteuses d’acteurs publics. Je pense au droit à l’Aide médicale urgente pour les familles en séjour illégal à Bruxelles, ou pour les personnes qui n’ont pas demandé de régularisation à Anvers. Les migrants sont les premiers visés, les Roms sont au mieux ignorés, au pire chassés. Médecins du Monde a largement contribué, l’an dernier, à dénoncer cette érosion et les pratiques douteuses, parfois au prix de représailles inqualifiables. Nous restons auprès d’eux, auprès des Roms de la Place Gaucheret à Bruxelles, auprès des demandeurs d’asile non-désignés avec la mobilisation d’un consortium inédit, réuni par MDM et composé d’ONG urgentistes et d’acteurs de l’accueil des migrants en Belgique.

3. Une aggravation de la situation sécuritaire dans de nombreux pays où nous intervenons. L’année 2011 avait débuté par les décès d’Antoine de Léocour et Vincent Delory survenus au cours des opérations militaires menées en réponse à leur enlèvement en plein cœur de Niamey au Niger. Cette même année se termine par l’assassinat de deux collègues de MSF à Mogadiscio. Aussi regrettable et condamnable qu’elle soit, cette évolution n’est pas sans conséquence sur la mise en œuvre de nos actions, sur le choix de nos zones d’interventions, de nos partenaires techniques et de nos bailleurs. Oui, nous devons nous adapter à cette évolution majeure de nos contextes d’intervention. Les choix que nous avons faits en 2011 au Sahel (limitation de certains déplacements, politique de ressources humaines adaptée avec désoccidentalisation des postes de cadre au Mali, cibles privilégiés des enlèvements) sont à l’image de cette nécessaire adaptation. En Somalie la perte de contrôle effective sur nos activités en lien avec l’impossibilité de se rendre dans le pays et nos légitimes inquiétudes sur la contribution de l’aide humanitaire à l’économie de guerre ont amené nos collègues français à prendre la difficile décision d’arrêter leur programme à Merka, un peu au sud de Mogadiscio. MDM a choisi d’agir dans des zones qui garantissent des conditions d’accès, de mise en œuvre et de suivi des programmes en accord avec nos pratiques. Je pense à l’ouverture d’un programme d’amélioration des soins de santé materno-infantile pour les déplacés et les populations urbaines les plus vulnérables dans le Puntland à Bossasso. Je pense également à l’ouverture d’une mission de référencement pour les populations locales et les réfugiés somaliens vers un hôpital digne de ce nom à Filtu, en Ethiopie à la frontière avec la Somalie (programme que nous montons avec nos amis de MDM-Espagne grâce aux financements belges et du 12 12)…

4. Mais l’année 2011 c’est aussi une mobilisation sans précédent de par le monde avec des demandes de plus de liberté et de justice sociale. Les révolutions arabes, les prémisses d’un changement en Birmanie, le mouvement des indignés en Espagne ou ailleurs sont là pour nous rappeler la légitime aspiration des peuples à participer aux décisions qui les concernent. En valorisant les approches communautaires et le partenariat MDM se démarque très clairement de nombreuses autres organisations de solidarité internationale Le partenariat ici et là-bas avec des représentants des patients, avec des ONG locales est l’une des pistes pour tendre vers un humanitaire plus équilibré. Nous nous devons d’être attentifs à ces mouvements citoyens. Nous devons renforcer aussi notre ancrage ici dans une société civile et militante. Cela constituera sans aucun doute une réelle spécificité à faire valoir et valoriser.

En 2012 des priorités à conforter, des combats à mener, des défis à relever.

« Là-bas » : sur les programmes internationaux de MDM

1. Crises et conflits : renforcer notre présence et nous adapter

L’histoire de Médecins du Monde est indissociable d’une présence sur les terrains de crises, les conflits et les catastrophes naturelles. L’année 2010 aura été marquée par le tremblement de terre en Haïti et les inondations au Pakistan. Durant l’année écoulée nous avons su nous mobiliser et répondre à des besoins urgents sur des crises dans la Corne de l’Afrique, au Yémen et en Côte d’Ivoire. Les équipes de MDM ont su se mobiliser lors du terrible tsunami qui a affecté les côtes du Japon, le programme de soutien psycho-social auprès des personnes affectées se poursuivra cette année. En Tunisie, à la frontière libyenne, notre travail conjoint avec des partenaires Africains pour accueillir des réfugiés fuyant la guerre en Libye a permis de valoriser une approche partenariale dans des contextes d’urgence. Pour MdM-Belgique plus spécifiquement, l’année 2011 a été marquée par un effort de nature urgentiste sans précédent : choléra en Haïti, nutrition au Mali, rougeole en RDC, transition démocratique en Tunisie et exode en Ethiopie. Nous avons été sur plusieurs grands fronts avec succès au niveau de la qualité et renforcement au niveau du savoir-faire et de notre crédibilité.

Pour autant, si ces acquis sont réels, la confusion entre humanitaire et militaire est plus que jamais d’actualité. La réforme humanitaire souhaitée par les Nations unies se poursuit. Cette volonté n’est pas nouvelle mais, après avoir pris corps aux Nations unies, elle inspire désormais l’Union européenne avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne qui voit la mise en place d’une politique étrangère commune, avec sa composante humanitaire intégrée. Le principe de neutralité inscrit dans « le consensus humanitaire européen » n’y résistera certainement pas. Car d’une certaine manière, l’UE officialise la subordination des acteurs humanitaires au pouvoir des États. Face à ces évolutions, nous devons nous adapter, l’indépendance financière de l’association est un élément clef pour résister à cette subordination. En 2012, nous consacrerons du temps à débattre collectivement de ces questions, car c’est un enjeu majeur pour l’avenir de l’association.

2. La Réduction des risques qui fait partie de l’identité MdM

L’Afghanistan, la Birmanie, la Géorgie, la Tanzanie et demain le Kenya. Autant de pays, autant de projets où les équipes de Médecins du Monde ont su ces dernières années développer et transférer un savoir-faire dans le champ de la réduction des risques pour les usagers de drogue notamment. En luttant efficacement contre les épidémies de VIH et d’hépatites B et C chez ces personnes, nous contribuons à l’amélioration de l’état de santé individuel et collectif. Mais au-delà, nous participons et contribuons à un plaidoyer à l’échelle locale et internationale, visant à témoigner de cette réalité et faire évoluer des politiques publiques qui privilégient bien souvent des approches répressives vis-à-vis de ces personnes, au détriment d’une attention portée à la santé publique.

3. Santé sexuelle et reproductive : un plaidoyer qui se structure

L’ouverture d’un programme à l’attention des femmes enceintes en Haïti, les réelles avancées en termes de plaidoyer en Uruguay, la poursuite des projets au Sahel, en RDC, au Liberia, au Guatemala, Mexique, ou au Népal sont autant de signes tangibles de l’implication forte et durable de l’association sur cette thématique. Au-delà des nécessaires actions de soins et de renforcement des systèmes de santé, Médecins du Monde affirme sa volonté de travailler en faveur de l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive et s’inscrit ainsi dans la lignée des textes internationaux et régionaux définissant le droit des êtres humains ; en particulier celui des femmes d’accéder à des services de qualité permettant une santé sexuelle et reproductive satisfaisante. Deux axes de plaidoyer transversaux sont prioritaires en 2012 :
• la levée des barrières financières à l’accès à des services de santé de qualité.
• le renforcement de l’accès à l’avortement sûr et légal.

4. Migration : témoigner de l’impact sur la santé des politiques migratoires

Les projets que nous menons aux portes de l’Europe : au Mali, en Algérie ou en Turquie, nous permettent d’être au plus proche des personnes migrantes bien souvent en situation de grande vulnérabilité. Au-delà des actions de soins médicaux et psychologiques que nous apportons, cette présence est aussi l’occasion de pouvoir témoigner de l’inhumanité d’un certain nombre de politiques Européennes qui stigmatisent et marginalisent tous les jours un peu plus ces personnes. En 2012, nous poursuivrons les échanges de pratiques entre ces programmes. Le projet européen que nous construisons avec l’ensemble des délégations de MdM est une étape importante dans la définition d’une stratégie de plaidoyer sur cette thématique.

« Ici » en Belgique et en Europe

Depuis plusieurs années nous le savons, nous sommes confrontés à un double enjeu :
- Dénoncer l’effritement progressif d’un système de santé qui n’est plus en capacité de protéger les plus fragiles et en réponse revendiquer un système de santé solidaire.
- Dénoncer l’utilisation de la médecine à des fins de contrôle migratoire et de manière générale réaffirmer le primat des politiques de santé publique sur des politiques répressives.

Le renforcement des projets belges, renforcement immense par la mobilisation de tous les salariés et l’appui croissant des bénévoles, et l’engagement citoyen de chacun, le renforcement des projets belges donc, qui continuera en 2012 encore, doit nous permettre de renforcer ces deux fronts d’un système de santé solidaire et du primat des politiques de santé publique sur les politiques répressives.

C’est ainsi l’occasion pour moi de vous redire tout l’attachement et l’engagement qui est le mien et celui du conseil d’administration à soutenir les différents projets menés par MDM dans 10 pays Européens. C’est un enjeu en termes de réponses à des besoins majeurs en Grèce, au Portugal en Espagne ou ailleurs, c’est un enjeu aussi en termes d’interpellation publique et politique. Je vous invite toutes et tous, ce 5 avril 2012, à une prise de parole commune des 10 délégations européennes à Bruxelles. Ensemble, avec les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Allemands, Hollandais, Anglais, Suisses et Suédois, sans oublier La France… nous dénoncerons dans une action coup de poing actuellement en préparation une situation préoccupante dans de nombreux pays européens.

Tenir nos engagements et faire grandir l’association

Hier, le Conseil d’Administration a approuvé le projet de budget prévisionnel de MDM et son plan d’action pour 2012. Tout cela va être discuté mercredi en 8 en Assemblée générale (le 1er février). La construction d’un budget dans une période de grave crise économique et d’incertitude à court et moyens termes sur les ressources disponibles pour mener nos actions a pu se réaliser grâce à la mobilisation de toutes et tous, de manière participative et en respectant les engagements pris depuis les Universités d’été de 2010 et renouvelés lors des Universités d’été de 2011. Il s’agit de doter MDM des moyens de participer au débat public sur la santé en Belgique et à l’International. L’arrivée d’Edith comme Directrice médicale, de Kathia et de Catherine pour renforcer ce pool médical, le renforcement du département RH, des staffs des projets belges, l’encadrement de plus en plus joyeux des bénévoles et leur participation à la gestion même des projets comme c’est le cas pour la mission spécialiste, le plan hiver, SOS accueil… constituent des gages d’une vie associative capable de dire ce qu’elle vit, de penser ce qu’elle fait et de réclamer ce qu’elle veut.
Ces vœux sont une nouvelle fois pour moi l’occasion de réaffirmer :
• Que Médecins du Monde est une association médicale qui avec plus de 200 bénévoles en Belgique et bientôt 100 membres continue à croire que au-delà des actions de soin et de témoignage, il y a une place pour un engagement militant dans notre propre société. Je voudrais ici aussi dire que l’association vit avec ses bénévoles. Nous avons eu à traverser le départ d’Anne Vandenplas. C’est aussi cela, la vie associative.
• Que l’implication citoyenne et associative est l’une des garanties majeures de l’indépendance de nos actions, de la qualité de leur mise en œuvre et de la portée de notre témoignage. Et Je voudrais ici remercier deux personnes qui, pourtant absentes pour des raisons personnelles, ont été, avec Anne et d’autres, les chevilles ouvrières de cette soirée : Carla Di Nicola et Françoise Huyberechts. Merci beaucoup à elles.

Au-delà de l’action, cette implication s’exprime au travers de l’adhésion pour certains. C’est une démarche volontaire et un engagement à soutenir et porter le projet de l’association.
Notre capacité à faire adhérer de nouvelles personnes au projet et à la militance de MDM et à accompagner certains vers des fonctions de cadres associatifs est certainement un défi collectif à relever.

L’année à venir doit être l’occasion d’encourager l’adhésion à MDM de toutes celles et tous ceux qui tant en Belgique qu’à l’International sont impliqués sur nos projets.
D’ores et déjà, rendez-vous est pris pour le 1er février et le 5 mai, dates de nos prochaines Assemblées générales, mais aussi pour le 5 avril, grande mobilisation MDM au niveau européen à Bruxelles, et du 13 au 15 septembre pour nos universités d’été.
Bonne année à toutes et tous et encore merci pour votre engagement et votre militance.

Pierre Verbeeren, Directeur général de MdM-Belgique

54 personnes mises à la rue aujourd’hui. Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires. »

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : http://www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

54 personnes mises à la rue aujourd’hui

Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires ».

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

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Jaune, vert ou à pois ?

© Gérald Talpaert

Alors que le Tour de France entre dans sa deuxième semaine, d’autres coureurs vont bientôt prendre la route, en direction de Paris. Partis de l’Atomium ce jeudi 14 juillet, ils arriveront dans la capitale française bien avant le Tour.

Après les 20 km de Bruxelles, Médecins du Monde aligne cette fois une équipe de cyclistes au départ d’une randonnée de quelques 440 km. Une équipe de volontaires, au sein de laquelle vous ne verrez ni de maillot jaune, ni de champion de Belgique ou autre.

Alors, pas de vainqueurs ? Rien que des maillots bleus, au départ comme à l’arrivée ?

Pas de victoire en effet, hormis celle de rouler pour MdM, de participer à l’événement et de récolter des dons.

Les seuls vainqueurs seront donc les nécessiteux, les sans-abris et autres malades ou exilés, qui bénéficieront de l’aide de Médecins du Monde. Mais peut-on utiliser le terme de « vainqueurs » dans ce cas, car qui voudrait être à leur place ?

A choisir, mieux vaut se crever sur un vélo pendant trois jours que de crever tout court sur le trottoir.

Gérald, photographe pour MdM

Scotché !

Après les 20 km de Bruxelles, changement de décor pour le nouveau reportage de MdM.
9 juin 2011 , 10h30 – Je ne suis plus dans la rue mais à une vingtaine de mètres du sol.
Pas pour un saut à l’élastique (ouf) mais pour une présentation à la presse du projet Art Stickers.
Cette conférence se déroule au dernier étage de l’immeuble Trio, avec vue panoramique sur la ville.

Le dossier de presse reçu la semaine dernière m’avait surpris.
Collectionner des œuvres d’artistes au travers du collage de vignettes dans un livre, comme des figurines de joueurs de foot dans les années 70’!

Drôle d’idée ! Je verrai bien jeudi.

Jeudi, j’ai vu. Surprenant ! Le résultat m’a scotché sur place. La qualité des stickers et de l’album est irréprochable, digne d’un catalogue de galerie. L’ensemble met parfaitement en valeur le travail des artistes participants au projet. Car en plus de la qualité, le choix des œuvres et des artistes est remarquable.

Au nombre de quinze, ces derniers ont cédés leurs droits de reproductions à MdM, et certains ont fait le déplacement pour l’occasion. Photographes, peintres, sculpteurs et autres plasticiens, après quelques minutes pour les présentations et civilités habituelles, se retrouvent rapidement … assis autour d’une table à coller les stickers de leur voisin, tels des enfants dans une cour de récréation.

J’immortalise ces instants tout en me disant que je m’y « collerais » bien aussi, à remplir quelques pages d’Ulrike Bolenz ou de Jacqueline Devreux !

Gérald, photographe pour MdM.

Plus d’informations sur www.artstickers.be. Vous aimez ce projet? Retrouvez-nous sur la page Facebook Art Stickers.

Photo: Jean-Luc Moerman signe à sa façon l’album Art Stickers, © Gérald Talpaert