Discours de nouvel an 2012 de Pierre Verbeeren, directeur de MdM Belgique.

Chères amies, chers amis,

Cette année qui débute est l’occasion de vous remercier très sincèrement pour le travail réalisé en 2011, mais aussi de faire un premier bilan de l’année écoulée et préparer au mieux les mois à venir.

Le discours que je vais tenir est un discours essentiellement inspiré des vœux formulés par Olivier Bernard, Président de MDM-France. Mon objectif n’est pas de copier mais de parler d’une seule voix, de ne parler que de MDM et non des petits clochers belge, français, espagnol… Cela nous donne du souffle, de la fraternité, de la cohérence et, pourquoi pas, la fierté de n’être pas isolés.

Voici donc, d’une certaine manière, une lecture non pas belge mais MDM de l’année 2011 et des enjeux pour 2012.

L’année 2011 est une année incroyable : Gbagbo, Ben Ali, Moubarak, Ben Laden, Kim Jong Il, Kadhafi… tombent, et j’oublie Jacques Chirac. Bachar Al Assad, Sanné et d’autres vacillent, sans parler de Poutine. Quatre femmes prennent des couleurs : Aung San Suu Shi , Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, Leymah Gbowee miliante pour la sécurité des femmes au Libéria et la journaliste Yéménite Tawakkol Karman. Mais tout n’est pas rose.

2011 restera très certainement marquée par quatre phénomènes majeurs
1. Une dégradation certes attendue et redoutée, mais sans doute pas à ce niveau de l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Cette crise touche de plein fouet une part grandissante de la population et affecte en premier lieu les personnes que nous recevons sur nos programmes ici en Belgique et là-bas, à l’étranger. En Grèce les équipes de Médecins du Monde ont su se mobiliser pour répondre aux besoins de santé fondamentaux, mais aussi témoigner fortement de l’impact des politiques d’austérité sur l’accès aux soins et l’état de santé des patients. Dans le monde, la baisse des financements publics et privés remet sévèrement en cause 10 années de politique d’accès aux antirétroviraux sous l’égide du Fonds mondial. En République Démocratique du Congo, la diminution, voire l’arrêt de certains financements se traduit déjà par des interruptions de traitement pour certains patients atteints du Sida. Médecins du Monde reste présent sur le Sida dans l’Est de la RDC via MDM-France. Pour poursuivre son programme de soin et témoigner de l’impact des arrêts de financement sur la santé des personnes vivant avec le VIH.

2. La poursuite de la lente érosion des droits des bénéficiaires de la solidarité. Depuis plusieurs années déjà, nos services sociaux, publics et associatifs, resserrent l’étau de la suspicion en amont de l’aide, et du contrôle en aval de l’aide, sur les publics qui en ont besoin : chasse aux chômeurs, contractualisation du revenu d’intégration, conditionnalité de l’aide médicale urgente… Au-delà de l’érosion et depuis 2010, nous voyons des droits qui disparaissent à cause de pratiques douteuses d’acteurs publics. Je pense au droit à l’Aide médicale urgente pour les familles en séjour illégal à Bruxelles, ou pour les personnes qui n’ont pas demandé de régularisation à Anvers. Les migrants sont les premiers visés, les Roms sont au mieux ignorés, au pire chassés. Médecins du Monde a largement contribué, l’an dernier, à dénoncer cette érosion et les pratiques douteuses, parfois au prix de représailles inqualifiables. Nous restons auprès d’eux, auprès des Roms de la Place Gaucheret à Bruxelles, auprès des demandeurs d’asile non-désignés avec la mobilisation d’un consortium inédit, réuni par MDM et composé d’ONG urgentistes et d’acteurs de l’accueil des migrants en Belgique.

3. Une aggravation de la situation sécuritaire dans de nombreux pays où nous intervenons. L’année 2011 avait débuté par les décès d’Antoine de Léocour et Vincent Delory survenus au cours des opérations militaires menées en réponse à leur enlèvement en plein cœur de Niamey au Niger. Cette même année se termine par l’assassinat de deux collègues de MSF à Mogadiscio. Aussi regrettable et condamnable qu’elle soit, cette évolution n’est pas sans conséquence sur la mise en œuvre de nos actions, sur le choix de nos zones d’interventions, de nos partenaires techniques et de nos bailleurs. Oui, nous devons nous adapter à cette évolution majeure de nos contextes d’intervention. Les choix que nous avons faits en 2011 au Sahel (limitation de certains déplacements, politique de ressources humaines adaptée avec désoccidentalisation des postes de cadre au Mali, cibles privilégiés des enlèvements) sont à l’image de cette nécessaire adaptation. En Somalie la perte de contrôle effective sur nos activités en lien avec l’impossibilité de se rendre dans le pays et nos légitimes inquiétudes sur la contribution de l’aide humanitaire à l’économie de guerre ont amené nos collègues français à prendre la difficile décision d’arrêter leur programme à Merka, un peu au sud de Mogadiscio. MDM a choisi d’agir dans des zones qui garantissent des conditions d’accès, de mise en œuvre et de suivi des programmes en accord avec nos pratiques. Je pense à l’ouverture d’un programme d’amélioration des soins de santé materno-infantile pour les déplacés et les populations urbaines les plus vulnérables dans le Puntland à Bossasso. Je pense également à l’ouverture d’une mission de référencement pour les populations locales et les réfugiés somaliens vers un hôpital digne de ce nom à Filtu, en Ethiopie à la frontière avec la Somalie (programme que nous montons avec nos amis de MDM-Espagne grâce aux financements belges et du 12 12)…

4. Mais l’année 2011 c’est aussi une mobilisation sans précédent de par le monde avec des demandes de plus de liberté et de justice sociale. Les révolutions arabes, les prémisses d’un changement en Birmanie, le mouvement des indignés en Espagne ou ailleurs sont là pour nous rappeler la légitime aspiration des peuples à participer aux décisions qui les concernent. En valorisant les approches communautaires et le partenariat MDM se démarque très clairement de nombreuses autres organisations de solidarité internationale Le partenariat ici et là-bas avec des représentants des patients, avec des ONG locales est l’une des pistes pour tendre vers un humanitaire plus équilibré. Nous nous devons d’être attentifs à ces mouvements citoyens. Nous devons renforcer aussi notre ancrage ici dans une société civile et militante. Cela constituera sans aucun doute une réelle spécificité à faire valoir et valoriser.

En 2012 des priorités à conforter, des combats à mener, des défis à relever.

« Là-bas » : sur les programmes internationaux de MDM

1. Crises et conflits : renforcer notre présence et nous adapter

L’histoire de Médecins du Monde est indissociable d’une présence sur les terrains de crises, les conflits et les catastrophes naturelles. L’année 2010 aura été marquée par le tremblement de terre en Haïti et les inondations au Pakistan. Durant l’année écoulée nous avons su nous mobiliser et répondre à des besoins urgents sur des crises dans la Corne de l’Afrique, au Yémen et en Côte d’Ivoire. Les équipes de MDM ont su se mobiliser lors du terrible tsunami qui a affecté les côtes du Japon, le programme de soutien psycho-social auprès des personnes affectées se poursuivra cette année. En Tunisie, à la frontière libyenne, notre travail conjoint avec des partenaires Africains pour accueillir des réfugiés fuyant la guerre en Libye a permis de valoriser une approche partenariale dans des contextes d’urgence. Pour MdM-Belgique plus spécifiquement, l’année 2011 a été marquée par un effort de nature urgentiste sans précédent : choléra en Haïti, nutrition au Mali, rougeole en RDC, transition démocratique en Tunisie et exode en Ethiopie. Nous avons été sur plusieurs grands fronts avec succès au niveau de la qualité et renforcement au niveau du savoir-faire et de notre crédibilité.

Pour autant, si ces acquis sont réels, la confusion entre humanitaire et militaire est plus que jamais d’actualité. La réforme humanitaire souhaitée par les Nations unies se poursuit. Cette volonté n’est pas nouvelle mais, après avoir pris corps aux Nations unies, elle inspire désormais l’Union européenne avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne qui voit la mise en place d’une politique étrangère commune, avec sa composante humanitaire intégrée. Le principe de neutralité inscrit dans « le consensus humanitaire européen » n’y résistera certainement pas. Car d’une certaine manière, l’UE officialise la subordination des acteurs humanitaires au pouvoir des États. Face à ces évolutions, nous devons nous adapter, l’indépendance financière de l’association est un élément clef pour résister à cette subordination. En 2012, nous consacrerons du temps à débattre collectivement de ces questions, car c’est un enjeu majeur pour l’avenir de l’association.

2. La Réduction des risques qui fait partie de l’identité MdM

L’Afghanistan, la Birmanie, la Géorgie, la Tanzanie et demain le Kenya. Autant de pays, autant de projets où les équipes de Médecins du Monde ont su ces dernières années développer et transférer un savoir-faire dans le champ de la réduction des risques pour les usagers de drogue notamment. En luttant efficacement contre les épidémies de VIH et d’hépatites B et C chez ces personnes, nous contribuons à l’amélioration de l’état de santé individuel et collectif. Mais au-delà, nous participons et contribuons à un plaidoyer à l’échelle locale et internationale, visant à témoigner de cette réalité et faire évoluer des politiques publiques qui privilégient bien souvent des approches répressives vis-à-vis de ces personnes, au détriment d’une attention portée à la santé publique.

3. Santé sexuelle et reproductive : un plaidoyer qui se structure

L’ouverture d’un programme à l’attention des femmes enceintes en Haïti, les réelles avancées en termes de plaidoyer en Uruguay, la poursuite des projets au Sahel, en RDC, au Liberia, au Guatemala, Mexique, ou au Népal sont autant de signes tangibles de l’implication forte et durable de l’association sur cette thématique. Au-delà des nécessaires actions de soins et de renforcement des systèmes de santé, Médecins du Monde affirme sa volonté de travailler en faveur de l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive et s’inscrit ainsi dans la lignée des textes internationaux et régionaux définissant le droit des êtres humains ; en particulier celui des femmes d’accéder à des services de qualité permettant une santé sexuelle et reproductive satisfaisante. Deux axes de plaidoyer transversaux sont prioritaires en 2012 :
• la levée des barrières financières à l’accès à des services de santé de qualité.
• le renforcement de l’accès à l’avortement sûr et légal.

4. Migration : témoigner de l’impact sur la santé des politiques migratoires

Les projets que nous menons aux portes de l’Europe : au Mali, en Algérie ou en Turquie, nous permettent d’être au plus proche des personnes migrantes bien souvent en situation de grande vulnérabilité. Au-delà des actions de soins médicaux et psychologiques que nous apportons, cette présence est aussi l’occasion de pouvoir témoigner de l’inhumanité d’un certain nombre de politiques Européennes qui stigmatisent et marginalisent tous les jours un peu plus ces personnes. En 2012, nous poursuivrons les échanges de pratiques entre ces programmes. Le projet européen que nous construisons avec l’ensemble des délégations de MdM est une étape importante dans la définition d’une stratégie de plaidoyer sur cette thématique.

« Ici » en Belgique et en Europe

Depuis plusieurs années nous le savons, nous sommes confrontés à un double enjeu :
- Dénoncer l’effritement progressif d’un système de santé qui n’est plus en capacité de protéger les plus fragiles et en réponse revendiquer un système de santé solidaire.
- Dénoncer l’utilisation de la médecine à des fins de contrôle migratoire et de manière générale réaffirmer le primat des politiques de santé publique sur des politiques répressives.

Le renforcement des projets belges, renforcement immense par la mobilisation de tous les salariés et l’appui croissant des bénévoles, et l’engagement citoyen de chacun, le renforcement des projets belges donc, qui continuera en 2012 encore, doit nous permettre de renforcer ces deux fronts d’un système de santé solidaire et du primat des politiques de santé publique sur les politiques répressives.

C’est ainsi l’occasion pour moi de vous redire tout l’attachement et l’engagement qui est le mien et celui du conseil d’administration à soutenir les différents projets menés par MDM dans 10 pays Européens. C’est un enjeu en termes de réponses à des besoins majeurs en Grèce, au Portugal en Espagne ou ailleurs, c’est un enjeu aussi en termes d’interpellation publique et politique. Je vous invite toutes et tous, ce 5 avril 2012, à une prise de parole commune des 10 délégations européennes à Bruxelles. Ensemble, avec les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Allemands, Hollandais, Anglais, Suisses et Suédois, sans oublier La France… nous dénoncerons dans une action coup de poing actuellement en préparation une situation préoccupante dans de nombreux pays européens.

Tenir nos engagements et faire grandir l’association

Hier, le Conseil d’Administration a approuvé le projet de budget prévisionnel de MDM et son plan d’action pour 2012. Tout cela va être discuté mercredi en 8 en Assemblée générale (le 1er février). La construction d’un budget dans une période de grave crise économique et d’incertitude à court et moyens termes sur les ressources disponibles pour mener nos actions a pu se réaliser grâce à la mobilisation de toutes et tous, de manière participative et en respectant les engagements pris depuis les Universités d’été de 2010 et renouvelés lors des Universités d’été de 2011. Il s’agit de doter MDM des moyens de participer au débat public sur la santé en Belgique et à l’International. L’arrivée d’Edith comme Directrice médicale, de Kathia et de Catherine pour renforcer ce pool médical, le renforcement du département RH, des staffs des projets belges, l’encadrement de plus en plus joyeux des bénévoles et leur participation à la gestion même des projets comme c’est le cas pour la mission spécialiste, le plan hiver, SOS accueil… constituent des gages d’une vie associative capable de dire ce qu’elle vit, de penser ce qu’elle fait et de réclamer ce qu’elle veut.
Ces vœux sont une nouvelle fois pour moi l’occasion de réaffirmer :
• Que Médecins du Monde est une association médicale qui avec plus de 200 bénévoles en Belgique et bientôt 100 membres continue à croire que au-delà des actions de soin et de témoignage, il y a une place pour un engagement militant dans notre propre société. Je voudrais ici aussi dire que l’association vit avec ses bénévoles. Nous avons eu à traverser le départ d’Anne Vandenplas. C’est aussi cela, la vie associative.
• Que l’implication citoyenne et associative est l’une des garanties majeures de l’indépendance de nos actions, de la qualité de leur mise en œuvre et de la portée de notre témoignage. Et Je voudrais ici remercier deux personnes qui, pourtant absentes pour des raisons personnelles, ont été, avec Anne et d’autres, les chevilles ouvrières de cette soirée : Carla Di Nicola et Françoise Huyberechts. Merci beaucoup à elles.

Au-delà de l’action, cette implication s’exprime au travers de l’adhésion pour certains. C’est une démarche volontaire et un engagement à soutenir et porter le projet de l’association.
Notre capacité à faire adhérer de nouvelles personnes au projet et à la militance de MDM et à accompagner certains vers des fonctions de cadres associatifs est certainement un défi collectif à relever.

L’année à venir doit être l’occasion d’encourager l’adhésion à MDM de toutes celles et tous ceux qui tant en Belgique qu’à l’International sont impliqués sur nos projets.
D’ores et déjà, rendez-vous est pris pour le 1er février et le 5 mai, dates de nos prochaines Assemblées générales, mais aussi pour le 5 avril, grande mobilisation MDM au niveau européen à Bruxelles, et du 13 au 15 septembre pour nos universités d’été.
Bonne année à toutes et tous et encore merci pour votre engagement et votre militance.

Pierre Verbeeren, Directeur général de MdM-Belgique

54 personnes mises à la rue aujourd’hui. Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires. »

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : http://www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

54 personnes mises à la rue aujourd’hui

Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires ».

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

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Jaune, vert ou à pois ?

© Gérald Talpaert

Alors que le Tour de France entre dans sa deuxième semaine, d’autres coureurs vont bientôt prendre la route, en direction de Paris. Partis de l’Atomium ce jeudi 14 juillet, ils arriveront dans la capitale française bien avant le Tour.

Après les 20 km de Bruxelles, Médecins du Monde aligne cette fois une équipe de cyclistes au départ d’une randonnée de quelques 440 km. Une équipe de volontaires, au sein de laquelle vous ne verrez ni de maillot jaune, ni de champion de Belgique ou autre.

Alors, pas de vainqueurs ? Rien que des maillots bleus, au départ comme à l’arrivée ?

Pas de victoire en effet, hormis celle de rouler pour MdM, de participer à l’événement et de récolter des dons.

Les seuls vainqueurs seront donc les nécessiteux, les sans-abris et autres malades ou exilés, qui bénéficieront de l’aide de Médecins du Monde. Mais peut-on utiliser le terme de « vainqueurs » dans ce cas, car qui voudrait être à leur place ?

A choisir, mieux vaut se crever sur un vélo pendant trois jours que de crever tout court sur le trottoir.

Gérald, photographe pour MdM

Scotché !

Après les 20 km de Bruxelles, changement de décor pour le nouveau reportage de MdM.
9 juin 2011 , 10h30 – Je ne suis plus dans la rue mais à une vingtaine de mètres du sol.
Pas pour un saut à l’élastique (ouf) mais pour une présentation à la presse du projet Art Stickers.
Cette conférence se déroule au dernier étage de l’immeuble Trio, avec vue panoramique sur la ville.

Le dossier de presse reçu la semaine dernière m’avait surpris.
Collectionner des œuvres d’artistes au travers du collage de vignettes dans un livre, comme des figurines de joueurs de foot dans les années 70’!

Drôle d’idée ! Je verrai bien jeudi.

Jeudi, j’ai vu. Surprenant ! Le résultat m’a scotché sur place. La qualité des stickers et de l’album est irréprochable, digne d’un catalogue de galerie. L’ensemble met parfaitement en valeur le travail des artistes participants au projet. Car en plus de la qualité, le choix des œuvres et des artistes est remarquable.

Au nombre de quinze, ces derniers ont cédés leurs droits de reproductions à MdM, et certains ont fait le déplacement pour l’occasion. Photographes, peintres, sculpteurs et autres plasticiens, après quelques minutes pour les présentations et civilités habituelles, se retrouvent rapidement … assis autour d’une table à coller les stickers de leur voisin, tels des enfants dans une cour de récréation.

J’immortalise ces instants tout en me disant que je m’y « collerais » bien aussi, à remplir quelques pages d’Ulrike Bolenz ou de Jacqueline Devreux !

Gérald, photographe pour MdM.

Plus d’informations sur www.artstickers.be. Vous aimez ce projet? Retrouvez-nous sur la page Facebook Art Stickers.

Photo: Jean-Luc Moerman signe à sa façon l’album Art Stickers, © Gérald Talpaert

278 personnes à faire rentrer dans un capteur de 24×36 mm ?

Gérald Talpaert, photographe bénévole pour Médecins du Monde, partage son expérience des 20 km de Bruxelles en compagnie des coureurs de Médecins du Monde. Un témoignage tout en émotions.

278, c’est en effet le nombre de coureurs de la team MdM pour la photo de groupe !
Pas évident de les rassembler. Par prudence, je prends la photo avant le départ, et non à l’arrivée.

Après m’être crevé les yeux pour les identifier depuis le haut du Cinquantenaire, je vais me poster sur le parcours, aux environs du quatorzième kilomètre.

Le boulevard est vide. Après quelques minutes passe un Marocain. Il gagnera d’ailleurs l’épreuve. Le dossard n° 3 fuse également. Enfin, la rue s’anime, d’autres coureurs apparaissent. Des petits groupes isolés, de plus en plus importants, avant un flot quasi ininterrompu.

Je cherche du regard ceux qui posaient, tout souriant encore, il y a maintenant deux heures. Toujours rien. Et puis, oui, là-bas, un « bleu ». Je le vise, le cadre, et … c’est un « Unicef », ensuite, un « Baxter », tous deux en bleu également. Le temps passe, comme les coureurs. Je commence à me féliciter de les avoir photographiés avant le départ !

“Joy in solidarity for Bamako”! Ca y est, ce slogan sur fond bleu, ils arrivent !

Bamako, capitale du Mali. J’y étais en 2008, à peu près à la même époque. Un million d’habitants, comme Bruxelles, mais avec quatre ou cinq mille enfants des rues. C’est pour eux que la team court, pour leur venir en aide. Sans les connaître et probablement sans jamais les rencontrer dans le futur. Aucun des participants n’ira sans doute jamais à Bamako, mais ils courent quand même dans les rues de Bruxelles, ce dimanche.

La rue est aujourd’hui leur point commun, on y court ce dimanche à Bruxelles, mais on y vit toute l’année à Bamako. On y mendie, on y mange, on y dort. Il fait chaud et lourd à Bruxelles cet après-midi, 26°, contre 35° à Bamako, mais 42° en température ressentie, vu la sécheresse de l’air. Et cela va encore monter, peut-être de 10° dans les prochains jours. Pas question de courir là-bas ! Pourtant, des enfants vont et viennent, toute la journée. Des fugueurs ou des Talibés, des enfants soldats aussi, « démobilisés » des pays voisins. D’autres sont des saisonniers, ne viennent en ville qu’une fois leur main-d’œuvre devenue inutile à la campagne, en attendant les prochaines récoltes. Tous ne sont pas totalement désocialisés mais la précarité et la misère sont communes.

A la fin de la journée, ils se rassembleront pour dormir, par groupe. A la fin de la course, nous trouveront un stand pour nous accueillir, ou peut-être même une terrasse pour nous reposer.

Je distribue de l’eau au point de ravitaillement, cherchant toujours des MdM à photographier. La bouteille ne reste que quelques secondes dans ma main, immédiatement saisie par le premier coureur qui passe, la boit, s’en asperge. Pour 4 MdM ravitaillés, j’ai probablement distribué une centaine de bouteilles. Je piétine dans l’eau, marche sur les bouteilles vides qui s’écrasent sous mes pieds. Il y avait des dizaines de milliers de bouteilles il y a peu, tout ou presque est bu à présent. Cinq ravitaillements en deux heures, deux bouteilles d’un demi-litre par coureur par ravitaillement, trente milles coureurs, plus les réserves, combien de litres d’eau ?

L’eau doit commencer à manquer au Mali, dans les rues bien sûr, mais aussi à la campagne où les puits doivent être au plus bas en ce mois de mai. Même le Niger n’est plus navigable en amont du lac Débo, près de Mopti. Le trafic s’arrête, le commerce aussi. Pour certains, le salut est dans la ville, dans les rues de la ville, de Bamako. Des pères y envoient un enfant, pour soulager le reste de la famille, pour quelques mois, le temps que les pluies reviennent, que cela aille mieux.

On peut toujours trouver quelque chose dans la rue, parfois même y manger presque à sa faim. Parfois aussi, on se fait dépouiller, ou agresser. La drogue et la prostitution sont limitées à Bamako, pour l’instant, c’est déjà ça.

« Bientôt l’arrivée, plus que cinq kilomètres les gars ! Courage! »

Une distance, un temps, un repère. Ce sont aussi toutes ces choses qui vous manquent dans la rue, qui vous déstructurent, avant de vous désocialiser, et de vous faire perdre tout espoir.

L’espoir ! Beaucoup de participants à qui je demandais, ce midi, leur chrono ou s’ils pensaient terminer l’épreuve, en avait ! « Oui, j’espère bien ! On se retrouve après. »

Gérald, photographe pour MdM

La santé demeure scandaleusement un luxe !

Paris, place du Palais Royal, à deux pas du Louvre, le jeudi 7 avril 2011, des limousines-ambulances transportent brancards et médecins. Des médicaments, des stéthoscopes et des vaccins sont présentés sous vitrines blindées, des sociétés d’assurance vendent des cartes SIS Gold ou Platinium. A l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé (et à Paris parce que la France préside le G20 qui se penche actuellement sur les mécanismes de protection sociale), Médecins du Monde met en scène tous les codes du luxe et de l’exclusivité, certes de façon provocante mais surtout réaliste, afin de rappeler que la santé demeure scandaleusement un luxe.

Des écarts qui se creusent

Pourtant, une analyse globale laisserait entendre que des progrès gigantesques ont été réalisés en médecine ces vingt dernières années, en Belgique comme dans le monde. Ces progrès sont indiscutables mais les plus pauvres n’en bénéficient pas. Pour eux, le bilan est amer, parce que les inégalités de santé, elles, se sont aggravées : l’amélioration ne bénéficie pas aux plus démunis. Si la mortalité infantile a diminué d’un tiers en 20 ans, un enfant africain sur 8 meurt avant l’âge de 5 ans pour un enfant européen sur 167. Chaque jour, près de 1.000 femmes décèdent suite à des complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Sur ces 1.000 femmes, 570 vivent en Afrique sub-saharienne, 300 en Asie du Sud et 5 seulement au sein de pays riches. Sur un territoire comme le Mali, où Médecins du Monde Belgique déploie sa mission la plus importante, on recense moins d’un médecin pour 10.000 habitants alors qu’ici, on en compte 30 fois plus. Les dépenses de santé entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches varient de 1 à 1.000. Ce que nous voulons dire à travers ces chiffres est simple et dramatique : « ceux qui ont le plus besoin de soin en sont les plus exclus ».

Ce constat, nous le faisons partout dans le monde. Partout veut dire chez nous aussi. En Belgique, les familles qui logent à 7 dans un deux pièces, les personnes qui dorment à la rue, les enfants qui vivent à côté de ce qu’il nous reste d’industrie, les femmes enceintes qui parlent berbère ou lingala, les travailleurs du sexe, les personnes souffrant d’une dépendance…bénéficient largement moins des services de santé que la moyenne. Le docteur Luc Berghmans de l’ULB rappelait, il y a un an, quelques chiffres édifiants : « 20% des adultes diplômés de l’enseignement primaire déclarent souffrir d’au moins deux maladies chroniques, ils ne sont que 5% si diplômés de l’enseignement supérieur. Idem pour la dépression, elle touche 17% des personnes moins favorisées et 6% des plus favorisées en Wallonie. On retrouve les mêmes tendances pour le surpoids, le tabagisme, l’inactivité physique, etc. L’inéquité sociale de santé coûte au Hainaut environ 1 800 morts chaque année ». Lutter contre cette inéquité sociale réclame non des dispositifs généraux élargissant qualitativement ou quantitativement la couverture santé, mais des mesures spécifiques, visant ces populations précaires en particulier.

Protéger les plus faibles

Or, la Belgique, et singulièrement les Communautés et les Régions, pourtant compétentes, ne disposent pas de véritables stratégies de lutte contre les inégalités de santé. L’Etat a pourtant pour vocation première de protéger les plus faibles.

Pourquoi remettre en avant aujourd’hui cette revendication quasiment éculée ? Pour trois raisons très contemporaines. D’abord parce que l’Etat théoriquement protecteur devient insensiblement lui-même prédateur. Parce que les crispations politiques du moment tendent dangereusement à faire porter le chapeau de nos impasses aux plus vulnérables. Sans-abri, migrants, demandeurs d’asile, sans-papiers, Rroms, personnes se prostituant,… tous ceux que Médecins du Monde soigne depuis plus de 10 ans, sont parfois considérés non plus comme des personnes en grande précarité, mais comme des menaces. Après avoir constaté que le lent arrive moins loin, on en vient à penser que c’est sa faute si le groupe n’arrive nulle part. Expulsions répétées (du travail, du logement, des institutions d’aide), démantèlement des lieux de vie, retour à la rue après les plans Hiver pour personnes sans abri, contrôles policiers… Toutes ces stratégies visant à « remettre de l’ordre dans le désordre » des groupes précaires génèrent un mal-être à l’opposé de la santé. Si la pauvreté est en soi un facteur d’inégalité de santé, la “stigmatisation des pauvres” a, elle aussi, des répercussions sur leurs conditions de vie et, ipso facto, sur leur santé. A force de chasser les pauvres, l’Etat et l’économie les soumettent à un régime qui nuit à leur santé. Plutôt qu’un Etat qui soigne, on aurait un Etat qui nuit.

Incompétence ou diabolisme

La 2ème raison de cet appel prolonge la 1ère : la Belgique est caractérisée par un droit à la santé quasiment universel. Avec des mécanismes de protection sociale tels le statut Omnio, l’Aide médicale urgente, la carté santé… quasiment personne ne devrait avoir de difficulté d’accès aux soins. Or, la Belgique est clairement pointée du doigt pour la différence entre le droit théorique et l’exercice de ce droit. En cause : la complexité administrative. Serait-ce à dire que l’Etat est incapable de rendre effectif des droits pourtant prévus par des lois ? Si on analyse cette inefficacité à la lumière du déferlement de questions parlementaires contre les dispositifs d’accès aux soins des indigents et de la multiplication des instructions administratives proposant une réinterprétation restrictive de la loi, on peut sérieusement se poser la question de savoir cette inefficacité n’est pas choisie. On peut légitimement se demander si l’objectif n’est pas de rationaliser l’accès à la santé des pauvres qui seraient tenus pour responsables de leur précarité. Quoi qu’il en soit, la résultante est vraie : les personnes précaires retardent voire renoncent aux soins de santé. Pire, dans certains cas, ils n’y ont même plus accès.

Enfin, en laissant s’installer la saturation de la médecine générale, en ne répondant pas à la pénurie de services de santé mentale, de maisons médicales et de plannings familiaux, en déclarant réalité le soi-disant « trou de la sécu », bref, en ne remettant pas suffisamment à flot les dispositifs d’accès sensés protéger les plus faibles, ces derniers en deviennent exclus, chassés par des publics dits plus faciles et dont le nombre est largement suffisant pour faire tourner le système. Les services qui étaient destinés aux groupes vulnérables sont de plus en plus captés par le tout venant. Les 15% de population au seuil de la pauvreté y ont de moins en moins accès.

Médecins du Monde doit donc tirer la sonnette d’alarme : la pression exercée sur les plus précaires détériore leur santé d’année en année. S’il est une urgence humanitaire aujourd’hui, c’est de réapprendre à nous indigner de la pauvreté plutôt que la stigmatiser.

Cette année, saluons-le, le G20 constate sous présidence française que « les pays en développement font face à des inégalités croissantes et à des risques sociaux graves [et que] seuls 20 % de la population mondiale bénéficient d’une couverture sociale globale ». Au même moment et en parallèle, nous voulons rappeler que, dans nos pays développés, une proportion comparable de la population n’a pas ou plus accès à la santé. A l’heure où le Fédéral est en rade, les Communautés et les Régions ont les compétences utiles pour prendre des mesures spécifiques.

Pierre Verbeeren
Directeur général de Médecins du Monde

Donner la vie en Haïti…

Haïti, 12 janvier 2010. Le pays tremble. Un violent séisme ravage le pays. Sarah Neusy, jeune gynécologue, part sur le terrain pour coordonner pendant plusieurs mois la remise sur pied de la maternité de Petit Goâve. Un an plus tard, de retour en Belgique, elle partage son expérience.

Sarah, quel était ton rôle en Haïti, en tant que gynécologue ?
J’étais là pour superviser l’équipe des infirmières et des gynécologues nationaux, aider à l’organisation du service, à l’amélioration des soins donnés. A aucun moment, je n’ai remplacé les Haïtiens qui sont des professionnels compétents. Evidemment, ils n’ont pas toujours le bon matériel opératoire ou la technique la plus appropriée. Mais ils font avec ce qu’ils ont. Ce sont eux les premiers acteurs. Mon objectif avec Médecins du Monde, c’était d’augmenter la qualité des soins pour les mamans et les bébés et d’assurer un service optimal 24h/24 et 7j/7, en renforçant les capacités de l’équipe nationale en place.

En Haïti, comment se passe la naissance d’un enfant ?
Au moins 80% des femmes accouchent à la maison dans des conditions très difficiles. La mortalité maternelle en Haïti est la plus élevée des Amériques. C’est un très gros problème de santé publique. L’accouchement à la maison se passe en général avec une accoucheuse traditionnelle (appelée « matrone »). Cela peut être une femme ou un homme, ce sont des personnes qui ne sont pas du tout formées médicalement. On devient matrone de père en fils, de mère en fille. Ce sont des gens importants dans la communauté.

Comment se passe la prise en charge des mamans et des bébés ?
Au niveau prénatal, il y a trois consultations prévues, comme chez nous. Mais ici, quand ça se fait une fois, on est déjà content. On pousse les futures mères à venir plus fréquemment et surtout à venir tôt dans la grossesse pour avoir une idée plus précise du terme et pour permettre un meilleur suivi. Concrètement, les femmes enceintes sont pesées, on les mesure, on prend leur tension artérielle, on écoute le cœur du bébé, on fait une prise de sang de base, etc.

Il n’y a pas d’échographie ?
Médecins du Monde a apporté un échographe, car il n’y en avait pas. J’ai ensuite formé les 3 gynécologues et les infirmières de la maternité à réaliser des échographies basiques : pouvoir dire si le bébé est en sommet, en siège, s’il y en a 1 ou 2, quel est le sexe, identifier les grosses malformations, etc. Les gynécologues ont eu une formation plus poussée permettant aussi le dépistage de pathologies gynécologiques (grossesse extra utérine, etc.).

Comment réagissent les patientes à l’échographie ?
Les haïtiennes n’ont jamais accès à l’échographie gratuitement, c’est toujours un service payant sauf quand il est proposé par une ONG ; c’est peu de dire qu’elles sont très demandeuses de faire l’examen. Comme toutes les mères, elles veulent savoir si leur bébé va bien et quel est son sexe. Une particularité qui les différencie de la majorité des mamans belges : elles n’ont pas besoin de voir l’image de leur bébé sur l’écran de l’échographe pour y croire. Les papas n’accompagnent en général pas ; c’est une histoire de femmes !

Et après la naissance, comment se passe la prise en charge de la maman et du bébé ?
Après la naissance, la maman reste 3 ou 4 jours à la maternité suite à un accouchement normal et 8 jours après une césarienne. Pour le bébé, aucun suivi postnatal immédiat n’était prévu avant l’arrivée de Médecins du Monde. On a donc mis l’accent sur cette prise en charge en formant le staff infirmier. On a aussi engagé une infirmière haïtienne qui a été formée au suivi des bébés, ainsi qu’à l’allaitement maternel. L’examen du nouveau-né est très simple mais permet de dépister de nombreux petits problèmes qui pris à temps peuvent être arrangés (température, déshydratation, non prise de poids…). Même si c’est basique, c’est un travail constant, une habitude à prendre.

Plus d’infos : www.medecinsdumonde.be
Photo: Sarah Neusy forme une infirmière à l’utilisation de l’échographe. © Benjamin Struelens

Etre en bonne santé, c’est le pied !

Angie (ou Angela) a rejoint l’équipe du Plan Hiver fin janvier à raison d’une fois par semaine, chaque vendredi. Elle est pédicure médicale bénévole. Elle voulait aider des gens qui en avaient vraiment besoin. Aujourd’hui, elle revient sur cette expérience.

Vous êtes pédicure médicale, un tel métier est-il vraiment nécessaire dans le cadre du Plan Hiver ?

C’est la première année qu’on pratique la pédicure au Plan Hiver. Avant, on n’y avait pas pensé. On n’avait pas pensé que des petites choses, tel qu’un massage des pieds, étaient aussi importantes et pouvaient changer autant la vie des patients.

C’est vrai que le premier jour où je suis arrivé là, l’équipe était un peu sceptique en demandant mais qu’est-ce qu’elle va faire, qu’est-ce que ca va donner. Donc, directement j’ai préparé le matériel, j’ai mis le bassin et le premier jour déjà, j’ai eu trois patients. Le courant est très vite passé. Et maintenant, chaque vendredi, beaucoup de patients m’attendent. Ils veulent vraiment tout le temps venir près de moi. Je reste après mes heures et j’essaye de soigner entre trois et quatre patients sur une soirée. Avec l’aide des infirmières et des bénévoles, chacun a apporté un bassin. Et quand on voit qu’il y a trop de demande, en attendant que je termine de soigner mon patient, le suivant met déjà ses pieds dans l’eau.

Pouvez-vous nous expliquer comment se passe une consultation ?

Les patients du Plan Hiver sont toute la journée dans la rue, donc leurs pieds sont très sollicités et en très mauvais état. Il y a énormément de dermatophites, de cors aux pieds, d’onychomycoses, énormément de problèmes. Je commence d’abord par un bain, je reste avec le patient une heure. Je termine toujours par un massage. Et cette personne se sent vraiment « appuyée», elle sent qu’on s’occupe d’elle. Ce qui m’a vraiment touché, c’est que j’ai déjà eu des personnes, quand j’ai eu fini le massage, qui se sont mises à pleurer. Il y en a qui viennent juste pour se sentir écouter. Ils passent leur tête par la porte et viennent nous embrasser. Ils ont besoin de contact.
A la fin du soin, je donne une paire de chaussettes propres. Et ça, ça vaut de l’or ! Donc le fait de reprendre leurs anciennes chaussettes sales, ils voient qu’ils sont considérés en tant qu’être humain. Et ça c’est très important.

Sans suivi, ils ne guériront pas. Pour quiconque, même les sportifs, les dermatophites, les onychomycoses, c’est un traitement de longue haleine. Si on n’en prend pas soin, ça ne va pas partir. Dans la rue comme dans le privé, il faut faire le traitement et vraiment être suivi. Il faut se laver tous les jours, bien sécher. Ici, c’est impensable pour nos patients. En plus, ils marchent toute la journée.

Est-ce différent de soigner un patient de la rue qu’un de vos patients habituels ?

Moi je ne fais aucune distinction entre un client privé et un client de la rue. Pour moi, c’est un être humain avant tout. Au contraire donc j’aime bien prendre le temps avec eux parce qu’ils se confient. Il y en a même qui ratent leur repas, ils ne vont même pas manger pour venir à la consultation.
J’ai une anecdote à vous raconter. Un homme est venu faire ses pieds, il était saoul. C’était un vendredi, il pleuvait. Il était avec des tongs donc ses pieds étaient vraiment humides, blancs et je lui avais promis des chaussures. J’ai noté sa pointure. J’ai pensé : « il est saoul, il ne va jamais venir ». Et je vous assure, le vendredi d’après, il était là. Et je lui ai offert la paire de basket. Le dimanche je l’ai vu en rue, et il avait la paire de basket aux pieds. Il était vraiment heureux. Ca me touche énormément.

« Ce qu’elle fait, c’est quelque chose d’extraordinaire. » ajoute Flor, infirmière bénévole.

Légende de la photo: “Il a les pieds sur mes genoux comme un autre patient. Je ne fais vraiment aucune différence” explique Angie.

Etre infirmière au Plan Hiver.

Flor est péruvienne. Elle est infirmière et a exercé dans différents services hospitaliers. Au Pérou, elle faisait déjà du bénévolat dans les hôpitaux publics. Arrivée en Belgique, elle voulait continuer à aider les gens. Depuis le mois de janvier, deux fois par mois, elle travaille comme bénévole au Plan Hiver. Médecins du Monde lui a posé quelques questions:

Votre premier jour au Plan Hiver, comment ça s’est passé ?

Je voulais faire quelque chose. Vous savez, moi je suis étrangère aussi ! Beaucoup de malades parlaient espagnol. Dans leur dossier médical, c’était écrit problème de langue, de communication. Alors, quand j’ai commencé à parler avec eux, dans leur langue, ils étaient tellement contents.
Puis, vous savez le contact passe si vous traitez gentiment quelqu’un. Il faut établir un climat de confiance. D’abord, il faut se présenter : « Je suis péruvienne et vous, de quel pays venez-vous ?… ». C’est important de les mettre en confiance. Et eux, nous le rendent bien aussi. Il arrive qu’un patient s’énerve sur nous, alors les autres sont tout de suite là pour nous défendre. On est vraiment très bien accueillis.

Que faites-vous exactement ?

On fait les pansements, il y a beaucoup de blessures aussi. Il y des gens qui se blessent dans la rue, qui sont agressés, qui s’automutilent. Ici, on soigne des petites choses qui restent chroniques. Une plaie, c’est soigné un jour. Après, il repart dans la rue. Et sa plaie va continuer à s’ouvrir, à s’infecter.

Les patients sont souvent stressés. Il faut d’abord les écouter. On leur propose d’aller prendre leur douche, de se détendre et puis de revenir à la consultation. Ils reviennent complètement changé. Ils sont calmés. Ils ont besoin d’écoute, de parler surtout. Ils ont besoin d’être traité comme des êtres humains. Alors on leur parle avec des mots comme « Mon frère, mon ami » en lui tenant la main. On ne pensait pas que des petites choses pouvaient changer autant. Ils ont besoin de ça.

Outre la prise en charge purement médicale, avez-vous déjà eu des patients avec des problèmes plus psychologiques ?

Oui, un jour, un homme est arrivé. Il disait qu’il avait mal la gorge, mal à l’oreille. Chaque fois, il y avait quelque chose. Mais quand il continuait à parler, il racontait toute son histoire et il était totalement perdu.

Une autre fois, c’était un alcoolique. C’était un marocain et il parlait espagnol. Je lui ai demandé s’il buvait. Il m’a dit qu’il buvait pour pouvoir dormir. Je lui ai répondu qu’il ne devait plus boire car son foie était assez gonflé. Il devait absolument venir le lendemain quand le médecin serait présent pour l’envoyer à l’hôpital. C’était peut-être un problème hépatique ou une cirrhose. Je lui également expliqué ce qui allait se passer. Il m’a répondu que sans boire, il ne savait pas comment il pourrait faire pour dormir, que s’il ne buvait pas, il ne dormait pas. Quand je lui ai demandé depuis combien de temps il buvait, il m’a répondu d’un regard vers le ciel. Il buvait depuis très longtemps.

Collaboration avec l’association Keoogo au Burkina Faso

Angelina Jane Lê a terminé sa mission avec Médecins du Monde, en tant que coordinatrice du projet « Enfants des Rues » au Mali. Elle a lancé la collaboration entre Médecins du Monde et l’association Keoogo à Ouagadougou au Burkina Faso. Nous y soutenons la prise en charge médicale des jeunes filles des rues au sein de la clinique créée par Keoogo.

Quelles sont les raisons d’être de cette clinique ?

Cette clinique accueille exclusivement les filles des rues. L’hôpital universitaire pourrait les accueillir mais ces filles sont stigmatisées par le personnel soignant. Souvent très agressives, droguées et s’exprimant dans un langage particulier, elles sont refusées aux portes de cet hôpital. Keoogo a donc décidé de créer un endroit accueillant, de manière adéquate sur le plan médical, psychologique et social, pour ces jeunes filles en situation de rue ou victimes d’exploitation sexuelle à des fins commerciales. Cette clinique est soutenue par Médecins du Monde et reconnue par le Ministère de la Santé burkinabé.

Comment fonctionne la clinique de Keoogo ?

La clinique est composée de différentes salles : une salle à l’entrée pour l’accueil, une salle pour la sensibilisation, une salle pour les consultations gynécologiques et une salle pour les consultations psychologiques et l’accompagnement social. Elle possède également une pharmacie avec tous les produits nécessaires pour soigner les IST (infections sexuellement transmissibles) et vacciner. Un protocole de prise en charge pour les victimes de viol a été mis sur pied.

Quel est l’appui apporté par Médecins du Monde ?

Nous apportons un appui financier partiel aux frais de fonctionnement de la clinique pour le paiement des salaires du personnel, l’achat de préservatifs et de kits d’accouchement, l’approvisionnement en consommables médicaux, etc.