Enceintes, pas ou peu de soins…
posté le 28 octobre 2009 |
catégorie Belgique, Europe, sans papiers
Dans son deuxième rapport, l’Observatoire Européen de Médecins du Monde s’est notamment penché sur la problématique de l’accès aux soins des femmes enceintes. Parmi l’ensemble des femmes enceintes interrogées, seule une petite moitié d’entre elles (48 %) sont suivies pour leur grossesse (l’enquête ne permettant pas de savoir depuis quand elles sont enceintes). Cette proportion est à peu près identique dans tous les pays sauf en Suède, où plus de 80 % des femmes enceintes ont un suivi (mais la faiblesse des effectifs empêche toute comparaison statistique rigoureuse).
Le taux de suivi est très dépendant du bénéfice d’une prise en charge des soins de santé « la dernière fois qu’elles ont été malades » : 80 % des femmes enceintes au jour de l’enquête ayant bénéficié précédemment d’une prise en charge des soins étaient suivies, contre 44 % des femmes n’ayant pas eu de prise en charge auparavant (statistiquement non significatif mais les effectifs sont faibles). Le taux de prise en charge est encore plus faible chez les femmes enceintes ayant immigré depuis un an ou moins dans le pays d’enquête (30 %).
D. Equatorienne, étudiante vivant au Royaume-Uni témoigne : « Quand je suis venue à Project London [Médecins du monde], j’étais déjà très enceinte, dans le sixième mois. Je n’avais eu aucun suivi de grossesse et je n’étais pas enregistrée chez un médecin généraliste. J’avais essayé d’aller dans un centre médical au troisième mois de grossesse mais ils voulaient mon passeport et savoir si j’avais droit de recevoir des soins du système national de santé. Plus tard, je suis allée m’inscrire pour l’accouchement à l’hôpital : je devais avoir une césarienne. Le personnel des finances a été extrêmement agressif et désagréable avec moi. Ils m’ont dit que si je n’avais pas d’argent, si je ne pouvais pas payer, alors je n’avais qu’à partir. A un moment l’une des responsables du paiement a commencé à crier et m’a hurlé : “assieds-toi, parle d’argent !” J’étais lourdement enceinte et proche des larmes. Elle m’a menacée de me faire un procès si je ne payais pas et que si j’essayais de quitter le pays, ils me poursuivraient en Equateur. Je ne pouvais plus supporter ses cris et je me suis effondrée. J’étais assise par terre comme un petit tas en pleurant. Personne n’est venu me parler. J’ai essayé de leur expliquer que je n’avais simplement pas l’argent pour l’accouchement, que je n’avais pas de travail et pas de famille ici. Je leur ai dit que je vivais grâce à des bons d’achat de 28 euros par semaine donnés par une organisation caritative. Ils m’ont dit d’aller vendre les bons d’achat et de rapporter l’argent à l’hôpital. J’ai eu un accouchement traumatisant et des problèmes de foie dus aux antibiotiques et antidouleurs reçus. J’ai été malade cinq mois avec des douleurs telles que je ne pouvais plus marcher, de la fièvre, des maux de tête, des tremblements. J’étais bien sûr toujours inquiète pour mon enfant : s’il m’arrivait quelque chose, qu’est-ce qui arriverait à mon bébé ? »
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