Derrière leur statut, il y a des visages…
posté le 25 novembre 2009 |
catégorie Belgique, demandeurs d'asile
©Viviane Joakim
Femmes et hommes concrètement engagés dans la lutte contre l’Exclusion, nous sommes confrontés tous les jours aux graves séquelles de l’inconséquence du Politique et de son Administration.
La Belgique a ratifié les Conventions Internationales du Droit Humanitaire mais ses Organismes se rejettent la responsabilité quant à l’application des dispositions prévues. Prétextant, entre autres, l’absence d’injonction politique, l’Administration crée une situation digne de Kafka.
Pour ce qui nous préoccupe, des demandeurs d’asile obtiennent un titre d’enregistrement mais pas de lieu d’accueil, en contradiction flagrante avec les obligations internationales de la Belgique.
Hormis le hall des gares, des êtres humains n’ont pas de toit, pas de nourriture, pas d’assistance socio-juridique, pas d’accès aux soins de santé… Dans la capitale de l’Europe, au XXIe siècle! Il ne s’agit ni de choses ni d’animaux, mais de femmes, d’hommes, d’enfants, d’êtres de chair et de sang, sensibles, dignes d’attention comme vous et moi !
C’est dans ce contexte cruel, cette atmosphère lourde et oppressante que cinq ONG (Ciré, Vluchtelingenwerk Vlanderen, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières et Caritas International) ont décidé de faire front et de lutter ouvertement ensemble, en première ligne, et d’interpeller le Politique dans l’intérêt des demandeurs d’asile.
Un camp d’accueil a été érigé en plein cœur de Bruxelles. Du mercredi 18 novembre 2009 au lundi 23 novembre 2009, plus de 250 personnes déplacées y ont été reçues. Après avoir obtenu la promesse de la libération de plus de 800 places d’accueil, le camp a été démonté. Les ONG ont accompagné 130 personnes à FEDASIL ce lundi 23 novembre matin pour s’assurer qu’elles auraient bien un lieu d’affectation. Si le camp a été démonté, nous devons rester vigilant(e)s et veiller à ce que les paroles deviennent réalité.
Quel fut le rôle de chaque ONG ?
-Ciré et Vluchtelingenwerk Vlanderen : assistance socio-juridique et interprétariat
-Médecins sans Frontières : organisation logistique et accueil
-Caritas International : préparation et distribution des repas
-Médecins du Monde : consultations médico-infirmières
Que retenir de ces cinq jours ?
Tout d’abord la franche collaboration et la saine camaraderie qui ont régnées entre les militant(e)s des différentes ONG et l’absence totale « d’esprit de chapelle ». Chacun(e) était considéré (e) par les autres comme LA pièce essentielle du puzzle. Sans les autres, rien ne tenait. Ce fut la démonstration pratique, par-delà les barrières linguistiques ou culturelles, que la devise de la Belgique – l’union fait la force – garde toute sa raison d’être. Merci pour votre présence et pour votre accueil !
Infirmier, j’ai modestement intégré l’équipe de Médecins du Monde. Avec d’autres ami(e)s, nous avons assuré des consultations médico-infirmières pour nos hôtes demandeurs d’asile, et aussi parfois pour nos partenaires…
Des femmes, des hommes, des enfants, des bébés en immense détresse, tant physique que psychologique, sont venus à nous. Le moindre « bobo », bénin pour nous, prend immédiatement dans leur cas des proportions dramatiques. Que dire alors de situations plus sérieuses ? Tout leur est source de difficulté. Barrière de la langue, insécurité réelle ou projetée, incertitude par rapport à l’avenir très immédiat (demain : c’est déjà si loin…), obstacles administratifs qui renforcent le cercle vicieux dans lequel ils sont empêtrés.
Nous avons rencontrés toutes les pathologies liées à la situation précaire de nos hôtes : infections respiratoires, maladies de la peau, douleurs musculo-articulaires, traumatismes anciens peu voire pas pris en charge et surtout, surtout, un immense désarroi psycho-social et un immense besoin d’être reconnu comme Etre Humain.
Toutes les situations mériteraient d’être décrites, mais, au-delà des origines géographiques et des parcours individuels, elles vont toutes dans le même sens : celui de l’absurdité d’un système qui ajoute de la peine à de la souffrance…
J’ai particulièrement été ému par cette famille avec enfants qui est restée plusieurs jours dans la Gare du Nord alors qu’elle avait reçu de Fedasil une place dans une centre d’accueil. Simplement (sic), personne dans cette famille ne comprend le français, langue des documents. L’Administration dispose de traducteurs, aucun « officiel » n’a pris le temps d’expliquer… C’est grâce au soutien d’une compatriote que nos équipes ont pu résoudre le problème.
Que dire de cet homme qui souffre de thromboses des veines superficielles de la jambe depuis plusieurs mois ?
Ou de ce couple dont l’homme est complètement perdu et la femme souffre d’angine de poitrine et pleure tout le temps ?
Ou de ces familles avec de jeunes enfants et un petit bébé de neuf mois, nourrie quasi exclusivement avec du thé parce que c’est tout ce que la famille peut se procurer faute de conseils et de moyens, et qui se présente chez nous avec de la fièvre à 39°c?
Ou de cette jeune accouchée avec son nourrisson de CINQ jours ????
Ou de, ou de, ou de ?
Un petit mot à propos des enfants que nous avons accueillis. Leur présence et leur sourire furent un cadeau et un rayon de soleil dans le camp. Comme un brin d’herbe folle ou une fleur sauvage, ils poussent obstinément leur petite tête et la Vie entre les pavés de la misère.
J’apprends par ailleurs que 2010 a été proclamée Année Européenne de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion Sociale… Pour reprendre des mots d’une lecture que m’a offerte un de nos hôtes dimanche soir : Belgique ! Réveille-toi ! Au XXIe siècle, personne – Politiques ou Compatriotes – n’a le droit de dire le « Je ne savais pas » de sinistre mémoire… Nous devons témoigner, inlassablement, de ce que nous avons vu et vécu pendant ces cinq jours !
Et, si l’on vous demande : « Qu’avez-vous fait ? », répondez les paroles du poète Jean VASCA :
« Juste une idée blonde, une abeille qui butinerait le soleil dans la tête des gens qui passent quand tout grince, quand tout grimace… Juste un peu de chaleur humaine… »
Simple, non ?
A bientôt, salutations fraternelles
Jean-Marc
Infirmier bénévole

Commentaires
répondre