Mme SD., vit en Suisse depuis neuf ans avec son fils de 15 ans.

Elle estime que les troubles gastriques et les problèmes de surpoids dont il souffre, ainsi que ses propres problèmes cardiaques, sont liés au stress généré par le manque d’autorisation de séjour : “Mon fils a été arrêté par trois policiers en civil, lors d’une précédente expulsion. Alors je l’oblige à ne rien dire au cas où cela arriverait de nouveau… Il ne doit pas dire où nous habitons afin de protéger aussi les personnes qui nous sous-louent l’appartement. […] Mon fils aussi est stressé et pour compenser, il mange […] Je suis toujours sur le qui-vive. A chaque fois que j’entends claquer une portière de voiture, je me précipite à la fenêtre pour voir qui c’est. Je suis très nerveuse, ce qui m’a provoqué un malaise cardiaque.”

Auprès des sans-abri depuis 10 ans.

photo-190reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Le Dr. Joos a effectué l’une des premières consultations de Médecins du Monde auprès des sans-abri, il y a 10 ans. Il témoigne de la montée de la précarité et de la pauvreté : “Il y a de plus en plus de familles entières, femmes et enfants, mises à la porte de leur logement, qui se retrouvent dans la rue, mais aussi des personnes plus jeunes qu’au début de la mission”.

“Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.”

Il a été pratiquement impossible de recevoir des soins pendant ma grossesse. Les gens que je connaissais m’effrayaient “Si tu vas à l’hôpital, ils vont t’expulser !” Un jour je me sentais vraiment mal et je suis allée dans un dispensaire d’accès libre pour un contrôle. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider et que si ça empirait, je devrais aller aux urgences. J’ai ensuite essayé d’aller dans le cabinet d’un médecin généraliste – j’étais alors déjà enceinte de cinq mois – où on a refusé de m’enregistrer. Une femme a même laissé un mot indiquant que si je revenais, ils ne devraient pas me prendre en charge. Je suis allée directement à l’hôpital. Malheureusement, ce n’était pas mieux. La personne chargée du recouvrement des coûts auprès des étrangers m’a dit de payer 2 800 euros sinon je serais expulsée. Quand j’essayais d’expliquer que je n’avais pas autant d’argent, ils me répondaient juste “Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.” C’est pour cela que je n’ai eu aucun suivi de grossesse.

F. Ougandaise, au Royaume-Uni depuis deux ans
(venue pour voir sa soeur mourante)

“Je dois la pendre au mur de ma chambre?”

img_9898reduite.JPG © Frédéric Pauwels (Luna)

C’était il y a quelques mois. Un patient me rappelle. Il était en démarche auprès du CPAS de sa commune depuis plusieurs semaines déjà afin d’obtenir sa carte médicale. Il était pressé de l’avoir puisqu’il avait besoin de voir un spécialiste urgemment.

Il était donc repassé chez nous pour avoir un certificat médical pour le CPAS. Puis était repassé au CPAS pour introduire sa demande. Puis était retourné au CPAS pour y rapporter d’autres documents. Puis avait attendu la visite à domicile de l’assistante sociale. Puis était repassé chez nous après un certain temps sans nouvelles du CPAS. Puis était retourné au CPAS pour le nouveau rendez-vous que j’avais obtenu avec son assistante sociale.Après avoir reçu sa carte, il s’est présenté dans un centre médical de sa commune. Mais le médecin n’a pas pu le recevoir car il ne travaillait pas avec le CPAS. Le CPAS n’avait pas orienté Mr vers ses médecins conventionnés. Il me rappelle. Il m’explique qu’il a enfin sa carte mais qu’il n’a toujours pas pu voir de médecin. lire la suite

Nouvelle soirée auprès des sans-abri

photo-125reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Dimanche soir dernier, j’étais à Laeken (Bruxelles), rue Masui, au centre d’hébergement de nuit ouvert par le Samu social. Cette nuit-là, 150 sans-abri étaient venus y chercher un peu de nourriture, de chaleur et un lit. Les infirmières bénévoles de Médecins du Monde y sont présentes pendant tout l’hiver pour apporter les premiers soins. Ce soir-là, c’était Dominique qui assurait la permanence. Notre infirmière a soigné 17 personnes dont une crise d’épilepsie, 4 mycoses profondes aux pieds, trois plaies profondes et infectées, 1 diabète non soigné,… Georges, 55 ans, me racontait dans le couloir en attendant son tour comment il est « tombé dans la misère ». Il travaillait et, célibataire, vivait avec ses parents. Son père est mort. Sa mère est devenue malade, longtemps. Pendant des années, il a pris soin d’elle. A sa mort, il a sombré dans une dépression profonde. Il a perdu son boulot, perdu confiance en lui, perdu ses amis et relations. Je vous passe les détails de ce qu’il m’a dit mais je reviens de sa conclusion : « avant, je ne comprenais pas la misère et je me demandais même si les pauvres n’étaient pas responsables de leur état. Aujourd’hui, je sais !

Pierre Verbeeren
Directeur Général de Médecins du Monde

Vivre dans la rue, cela vous marque terriblement, dans la chair et dans la tête

dscf0115bis.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Chaque soir, des centaines de personnes sans-abri, parmi lesquels des enfants et des femmes, se rendent au Samu Social de Bruxelles. Ils y reçoivent un repas chaud, un lit, une douche… et la possibilité de voir un médecin de l’équipe de Médecins du Monde. Celui-ci arrive vers 20h30, après sa journée de travail, et reçoit bénévolement plus de 10 patients au cours de la soirée.

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