posté le 15 novembre 2010 |
catégorie Belgique
Pierre Verbeeren, directeur général de MdM-Belgique nous distille ses conseils de lectures… De quoi vous guider dans vos achats lors de la soirée au profit de Médecins du Monde dans la librairie Filigranes le 9 décembre!
“Se balader dans une librairie, c’est parcourir l’homme, ses passions et ses déraisons. J’ai envie aujourd’hui de vous partager ce parcours. Venez avec moi.
Traversez à pas de géant la grande entrée sans dire bonjour pour d’emblée vous réfugier au rayon des beaux-arts. Vous éviterez la foule mais surtout ces livres surfant sur les grandes questions contemporaines qui disparaîtront demain, balayées au rang des hoquettements de l’histoire.
A droite, un très beau livre : “Images de la folie” de Claude Quétel chez Gallimard. En quatrième de couverture, il vous est parlé de “cette maladie toujours aussi mystérieuse et encombrante pour la société“. Moi, je l’aime cette folie, cette aliénation tellement plus humaine que l’aliénation au pouvoir, à la vertu, au pognon. Elle ne m’encombre pas, cette folie, elle m’invite à la rencontre des profondeurs. En feuilletant le livre, je m’arrête sur Pinel, ce médecin du 18ème à la Salpêtrière, qui fit enlever les chaînes aux fous.
Si vous êtes amusé(e), vous voudrez prolonger. Alors je vous propose de passer côté “soignants” et de voir quelles folies les habitent. “L’image obscène” de Gilles Tondini, chez Mark Batty Publisher, ouvre les portes des salles de garde des hôpitaux parisiens et révèle par la photo d’incroyables fresques qui en ornent les murs. Ces salles de garde situées au cœur même de l’institution médicale française regorgent d’images burlesques et obscènes. Vous serez subjugué(e) par la vulgarité, la violence et l’exultation qui transpirent de ces fresques. Vous n’en reviendrez pas de les voir dans ce que vous considériez jusqu’ici – l’hôpital – comme un lieu de relation intime avec le corps garantie par des professionnels qui le chérissent. Ils le déifient comme le veau d’or de l’Ancien Testament. A ce demander qui faut-il enchaîner, le soignant ou le soigné ? A prolonger peut-être en enchaînant les puissants.
Et si la folie vous siéd jusqu’à plus soif, emportez “Frida Kahlo” par Frida Kahlo, chez Points (P2096). On y trouve la correspondance de cette artiste féministe dont la folie nous ouvre sur des combats à réactualiser. Pas cher, très chaire, sanguinaire.
Sans transition, je vous invite à ouvrir “Jean Cocteau, Archéologue de sa nuit”, par Dominique Marny chez Textuel collection Passion, toujours au rayon des Arts. Vous plongerez dans cette histoire de la seconde moitié d’un XXéme siècle tellement contrasté qu’il fait émerger de l’horreur une culture exploratoire, abordant avec la légèreté toute française l’amour et la mort comme on les étudierait en classe de poésie. Une histoire du “tout est possible” dans le beau comme si on ne s’était pas rendu compte, en 14-18 et plus encore en 40-45 que tout était possible dans le mal.
Tout autre chose avec “Archi et BD, la ville dessinée“, collectif sous la direction de Jean-Marc Thévenet et de Francis Rambert, chez Cité Chaillot. Un catalogue de la ville dans la bande dessinée. Cet ouvrage intéressera autant les amateurs de Spirou que ceux mangas. Sans compter évidemment les urbanistes. J’ai du plaisir à retrouver au chapitre du livre dédié aux utopistes les vrais comme Moebius et les faux, ceux qu’on cache derrière l’utopie alors qu’ils sont prophètes, comme Bilal. Je dédie la page 147 à Charles Picqué et sa vision rurale de la ville qu’il a récemment revisitée en y dressant avec Athanor quelques tours, pour “densifier la ville”
Au rayon romantisme, un recueil des œuvres de Gustav Adolf Mossa, aux éditions d’Art Somogy. Vous y trouverez une peinture symboliste au croisement de Klimt, Ensor et Horta. Et ça, c’est beau.
Oserais-je encore vous balader dans les tréfonds, au fond de la librairie, contre le mur, dans les Monographies d’artistes ? Jetez un oeil dans “Berlinde De Bruyckere, Schmerznsmann”. (Man of Sorrows) chez Steidl Hauser & Wirth. On y trouve le travail magnifique, cru et morbide de cette artiste sur le corps. Un ouvrage difficile et pas facile à trouver. Je vous aide : il trône tout au dessus des présentoirs du fond consacrés aux monographies, entre Jean-Marc Bustamante et Pierre Lallemand. Sur la couverture, il n’y a pas de titre. Juste la photo d’une colonne en pierre sur laquelle semble empalé un corps dont on ne voit que les jambes.
Allez, tournez à droite vers les rayons “littérature pour enfants” et dans le couloir central, arrêtez-vous sur un petit bouquin vite lu, facile. Collectif donc allant dans tous les sens, portant ce titre très commercial “Ethique de la mode féminine”, sous la direction de Michel Dion et Mariette Julien, chef PUF. Il pose des questions bien torchées pour bien vendre. Par exemple : “l’anorexie des fillettes et des adolescentes est-elle aussi tributaire de la mode qu’on le prétend ? Et pourquoi leurs mères s’inquiètent-elles autant de les voir se transformer en lolitas alors qu’elles sont elles-mêmes prêtes à se soumettre à tous les supplices pour paraître belles et sexys ?“. Bonne question qui me rappelle une Tribune que j’avais publiée sur mon Facebook : “et si le voile était une expression de la modernité ?” Si ces questions dérangent, juste à droite du livre, mais plus caché, il y a Eco Fashion de Sass Brown, plus consensuel.
En BD
Fêtez les 10 ans de la maison d’édition que j’adore : Poisson Pilote. Dévorez les désormais classiques :
- Miss Pas Touche, d’Hubert et Kerascoët,
- Isaac le Pirates de Christophe Blain
- Gilgamesh de Gewen de Bonneval et Frantz Duchazeau
- et tous les autres.
Si vous êtes plus difficile et que la prophétie vous envoûte comme moi, rejoignez-moi dans “Un siècle d’amour” de… toujours lui, Enki Bilal (avec Dan Franck chez Casterman) où il raconte ses rencontres avec Elles, des femmes qui l’ont passionné.
N’hésitez jamais devant un Nicolas de Crécy. Son Salvatore rejoint la poésie humaine de son Bibendum céleste et de Prosopopus.
Pour celles et ceux qui l’ont loupé : “Valse avec Bachir“, retour d’Ari Folman et David Polonsky sur les massacres de Sabra et Chatila. Chez Casterman.
Mon fils de 9 ans adore la série “Seuls” chez Dupuis de Gazzotti Vehlmann. Allez savoir s’il se sent abandonné dans la ville comme cette bande d’enfants qui doivent survivre dans un univers postapocalyptique.
Vous me plairez comme me plaisent ceux qui ont goûté le film “des Hommes et des Dieux” si vous lisez “Les mauvaises gens” d’Etienne Davodeau sur le parcours d’un couple au travers des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes dans la France qui perd son industrie dans les combats entre patrons et syndicats. Ou ses deux tomes de “Lulu femme nue“. A la rencontre des gens simples mus par une conviction et dans l’humilité.
Après ce périple dans la BD, retraversez le restaurant pour filer chez les intellos, dans les rayons à gauche après le piano, je vous provoquerai par “ les Roms, une nation en devenir’ de Morgan Garo chez Syllepse. Je ne l’ai pas lu mais j’adore la question parce qu’elle interdit qu’on s’en débarrasse comme Sarko a voulu le faire croire. Donner un avenir aux Rroms, c’est aimer la diversité contre l’uniformisation, c’est penser le voyage autrement que par Ryanair, c’est vivre la danse plutôt que la regarder de son fauteuil de la Monnaie.
Puis, on y va :
- Amartya Sen, “Un nouveau modèle économique” en poche chez Odile Jacob,
- William T. Vollman, “Pourquoi êtes-vous pauvres?”, en poche chez Babel,
- Naomi Klein, “La stratégie du choc“, en poche chez Babel,
- Loïc Wacquant, “Punir les pauvres” chez Agones. Bon, il n’aime pas la 4ème de couverture et donc a renié son éditeur mais l’essentiel est intact : l’univers carcéral n’a jamais été créé pour enfermer les criminels mais pour écarter les marginaux.
- Luce Irigaray, “Speculum (de l’autre femme)” aux éditions de Minuit. Il fallait réinterroger la psychanalyse pour aborder la sexualité féminine. (Dans le rayon Féminisme).
- “Cours de philosophie en six heures un quart” de Witold Gombrowicz.
- “L’amitié”, de Giorgio Agamben
Quittez les rayons Sciences pour aller vers la caisse et là sur la droite, du plus léger mais plus profond : “le sexe pour les Nuls” ou l’insupportable “Roman sentimental’ d’Alain Robbe-Grillet, chez Fayard qui nous rappelle que la transgression de la norme est une histoire non écrite.
En fin de parcours :
Dans les Babel :
- Jose Carlos Somoza écrit “Clara et la Pénombre”
- Russell Banks écrit ‘American Darling”
- Laurent Gaude écrit ” Eldorado”
Le Murakami que j’ai préféré s’appelle “La Ballade de l’impossible” chez Points mais “Kafka sur le rivage”, “La course au mouton sauvage” et “Les amants du Spoutnik” sont bien aussi.
Terminez par notre livre de chevet : “L’Humanitaire : s’adapter ou renoncer” de l’ancien président de MdM-France, Pierre Michelletti chez Marabout. Vous nous ferez plaisir.
Bonne lecture, bon voyage.”
Pierre Verbeeren
Directeur général de MdM-Belgique
Quoi? Jeudi 9 décembre, de 20h15 à 23h, nocturne exceptionnelle dans la librairie Filigranes ! 25% du montant de vos achats et 100% de la recette du bar seront reversés à Médecins du Monde.
Quand ? Le 9 décembre 2010, de 20h15 à 23h
Où? Av. des Arts, 39-40 à 1000 Bruxelles
La littérature n’a jamais fait autant de bien.
Plus d’infos? http://www.medecinsdumonde.be/9-12-Nocturne-exceptionnelle-dans.html
Nous vous attendons nombreux!
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