Le Plan Hiver, sous la neige.

Cela fait plusieurs semaines que la neige, la pluie et les basses températures rendent notre quotidien difficile. Un dimanche soir presque comme les autres, je mets une heure et demi à arriver à La Chasse, là ou se trouve le Plan Hiver de Médecins du Monde. Rien n’a pu m’empêcher d’arriver, ni la neige, ni le froid, ni le découragement devant tous ces transports en commun roulant au ralenti. Au fond de moi, quelque chose me poussait à arriver. Les personnes que j’allais aider ce soir-là vivent la plupart du temps dans la rue. Tout le temps. Le jour et la nuit. Avoir une place dans le centre d’hébergement d’urgence du Samu Social représente un léger soulagement, un sursis, pour tenir tout au long de ce rude hiver. Ils se douchent, mangent, dorment et reçoivent des soins. Je voulais voir comment cela se passait, remettre mes propres pendules à l’heure, relativiser.

Les consultations paramédicales filent à toute vitesse. Ce soir-là, grâce à Marie et Isabelle, nos deux infirmières bénévoles, nous soignerons 18 personnes. C’est beaucoup mais jamais assez. Les problèmes rencontrés sont divers, mais ce qui me choque le plus, c’est l’origine de ces problèmes. Des plaies ouvertes, des problèmes aux pieds, des bronchites qui trainent depuis des semaines, des irritations, des douleurs musculaires… Je me rends compte qu’avec le froid et les conditions de vie dans la rue, ces problèmes médicaux sont réellement handicapants, et notre Plan Hiver représente leur seule possibilité de se soigner. Souvent, c’est la vie dans la rue qui est la cause principale de leurs souffrances. Il fait froid et humide, les personnes que nous soignons dorment dans des endroits insalubres, ne se nourrissent pas en suffisance. De plus, la rue est aussi source de toute sorte de dépendances, rendant ces personnes faibles lorsqu’il faut lutter contre la maladie.

A 23h, je sors du bâtiment avec un sentiment étrange. Nous avons aidé, ce soir. Ils nous ont dit merci. Nous avons répondu que c’était avec plaisir. Mais non, nous voudrions ne pas avoir à faire ça. Nous voudrions qu’ils puissent bénéficier d’une visite chez le docteur chaque fois que c’est nécessaire.  Nous voudrions que le Plan Hiver n’existe pas, que personne n’en ai besoin.

Des bénévoles de Médecins du Monde soignerons jusqu’en mars les personnes hébergées par le Samu Social. Chaque soir.

Manon

Bénévole MdM

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