Shooting au Caso
posté le 24 février 2011 |
catégorie Belgique, CASO
Shooting au Caso.
Ce n’est pas le titre d’un roman noir, juste mon passage au Caso, pour une séance photo.
Les inscriptions sont terminées (seize au total pour cette après-midi), la salle d’attente est complète.
Les consultations médicales vont bientôt commencer. J’entre, salue l’assistance. Peu de réponses verbales, quelques signes et hochements de tête, un sourire.
Et puis, le silence. Personne ne parle, personne ne regarde personne. Rien ne se passe. Seuls deux enfants jouent. Calmement, en silence aussi.
Je m’assois sur une marche, ouvre mon sac et commence à nettoyer mon appareil photo.
La plupart m’observe à présent. Je les salue à nouveau, me présente, explique pourquoi je suis là. Les rassure aussi, à propos des prises de vue.
J’avertirai avant de photographier le médecin*, pour qu’ils puissent se retirer, ou détourner la tête. Mais si certains désirent être dans les publications de MDM, ils sont les bienvenus. Ou s’ils veulent simplement leur photo, elle sera disponible à l’accueil à partir du 4 mars. Pas de réactions.
Normal. Il n’y a jamais de premier pour prendre la parole dans une assemblée.
Il suffit d’attendre.
Une demi-heure s’écoule.
Je croise un regard. Qui se détourne aussitôt. Avant de revenir.
Je connais ce regard. J’ai déjà rencontré ce jeune homme. Je fouille ma mémoire, et vais m’asseoir à ses côtés.
- On se connaît, non ?
- Non. (évidemment, en terminant une question par un « non », que pouvais-je espérer d’autre comme réponse?)
Et puis, je me souviens, c’était à la gare centrale, lors d’une distribution de soupe, un soir de décembre.
Saïd se souvient également. La conversation s’engage. Nous parlons de son pays, du désert, de Djanet, de la fête des Touaregs. Il n’y a jamais été, Saïd est de l’est de l’Algérie, côté Libye, et le sud lui est interdit, sans autorisation. A cause du fer, du gaz, de l’uranium m’explique-t-il.
- Tu peux me prendre en photo, si tu veux.
- Pas moi, Saïd, si toi tu veux.
- C’est d’accord, pour MDM aussi.
Saïd me propose lui-même de poser devant une affiche de MDM, il trouve que ce sera mieux, pour la photo.
Pour ce faire, nous devons demander à un Russe de se reculer. Problème de langue ! Comment font-ils chez MDM ? Moi, c’est Saïd qui me dépanne : il connaît quelques mots de russe. D’allemand, d’italien, et de flamand aussi d’ailleurs.
Evidemment, la conversation glisse sur les problèmes communautaires en Belgique.
A ma droite, Gilbert, Congolais, vous savez, la RDC, trois ou quatre cent ethnies, et autant de dialectes, se marre.
Gilbert est en Belgique depuis plus de vingt ans (six pour Saïd), et est originaire de Kisangani.
Nous parlons des Rwenzoris, que j’ai visités dernièrement, du Nyiragongo dont il a assisté à l’éruption de 2002, du parc des Virungas, des gorilles, de l’expédition du musée de Tervuren sur le fleuve l’an dernier, de Kinshasa aussi.
- Bientôt les élections chez vous (en RDC).
- Oui, à la fin de l’année.
- Vous aurez un gouvernement avant nous !
Tout le monde rigole. Enfin, ceux qui comprenne le français.
Gilbert parti en consultation, je me retrouve à côté des deux enfants, et de leurs parents.
Ils viennent d’Afghanistan. Parlent un peu le français, et beaucoup le farsi. La conversation sera des plus limitée. Salâm.
Quatre photos en trois heures. Je devrai revenir.
Ce n’est pas très productif, mais quelle après-midi !
Gérald, photographe pour MDM.
*En dehors des consultations.

