49, rue des Champs

20h00, je me gare rue des Champs. Je suis pratiquement en face du centre d’accueil.
Ce dernier est ouvert de nuit seulement. De 20h30 à 8h00, comme indiqué sur la façade. Un horaire, un numéro de GSM, inscrit au feutre noir, comme seul lien, comme seul espoir en attendant la nuit.

Une vingtaine de personnes attendent près de la porte. Elles forment une file silencieuse, disciplinée, presque irréelle dans le noir et le froid.

D’ici quelques minutes d’autres encore attendront sur le trottoir, dans la rue. Dans la rue, ils y sont déjà. Toute la journée dans la rue, une éternité. En fait, le quotidien, juste le quotidien. Depuis combien de temps, combien d’années pour certains ?

- Vous êtes de Médecins du Monde ? Je me retourne. Près de l’entrée, un des gardiens m’apostrophe.
- J’ai rendez-vous avec Paula, de chez Médecins du Monde.
- Vous pouvez entrer, elle vous attend. Au troisième étage.
- Merci.

Je passe devant tout le monde, un peu gêné. Me voilà au chaud. Pas seulement à l’intérieur. Au chaud. Deux mots qui prennent un sens démesuré ce soir.

Après de courtes présentations, nous préparons la séance de prises de vue. Nous prendrons des photos lors de consultation, et dans les couloirs.

Dès la salle d’attente, un constat s’impose. Sortis de la rue, à l’intérieur, les sans-abri ne semblent plus les mêmes. Les différences se marquent moins avec les passants pressés. Plus rien ne les distinguent des autres gens. Plusieurs d’entre eux travaillent, mais à temps partiel. Impossible de payer un loyer avec si peu de revenu. Et rares sont les propriétaires qui acceptent de louer sans une fiche de paie conséquente. Alors, eux aussi, ils se retrouvent ici l’hiver.

A peine entrés, ils installent leur lit, retrouvent leurs voisins de chambre, échangent quelques mots.
Direction le réfectoire ensuite, ou la salle de bain. Je traîne avec eux dans les étages. Nous discutons un peu. On finit par rigoler. L’ambiance est bonne.

Cela peut paraître surprenant mais il en était de même à La Bourse, ou à la Gare du Nord.
Comment font-ils pour garder le moral ?

Pas question cependant de comparer le centre d’accueil du Samu Social avec la Gare du Nord. L’aménagement ici est rigoureux, ordonné. L’encadrement se fait dès l’accueil, et à tous les étages. Contrôle de l’identité (réservation obligatoire avant 18h00), distribution de draps, tenue d’un réfectoire et permanence médicale jusque 22h30.

22h approche et 8 personnes attendent leur tour. D’autres arrivent encore pour une consultation. Malgré deux médecins et un infirmier, ce soir encore, il faudra faire des choix.
Certains peuvent attendre. Ils reviendront demain. Un autre est redirigé vers un dentiste, ce sera pour demain aussi, en journée.

Entre-nous, un nouveau rendez-vous est fixé. Je reviendrai la semaine prochaine.
J’en parle à Kim, le coordinateur local.

Il est d’accord. A vendredi.

Gérald. Photographe pour MdM.

© Crédit: Gérald Talpaert

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