MISSION MALI – Témoignage d’un coordinateur sur le terrain
posté le 18 juin 2012 |
catégorie Mali
Jos Convié est coordinateur RH bénévole pour Médecins du Monde au Mali. Dans un contexte politique et sécuritaire instable, il nous livre son expérience et raconte comment les équipes sur le terrain s’organisent malgré les évènements et apportent de l’aide aux populations envers et contre tout.
Ambiance des grands jours…
Après plusieurs jours d’une intense activité où les bureaux de MdM ressemblaient à une ruche, c’est le grand départ vers le Nord (pas le départ vers le grand Nord cependant).
Depuis des jours en effet, boostés par les deux médecins chef de projets médico-nutritionnnistes venus pour un temps de Kidal et de Gao, on s’affairait à définir les projets, peaufiner les plannings, commander le matériel, les médicaments et les kits nutrition et aussi à trouver les ressources humaines nécessaires. Car, s’il fallait d’une part reconstituer les équipes qui avaient lourdement souffert des événements des mois passés, il fallait aussi renforcer et augmenter nos moyens en prévision des mois à venir et des nouveaux développements de la situation. Bref, on se préparait vraiment à entrer dans une phase d’aide d’urgence.
Malgré le soin mis à tout organiser, prévoir, commander, le rush final est indescriptible.
Départ plusieurs fois remis. Ou bien on n’était tout à fait prêt, ou bien tel jour n’était pas opportun, pour raisons de sécurité ou pour d’autres motifs. Finalement la date est fixée, le camion commandé et les voitures 4×4 louées. Le départ pour Kidal et Gao se fait le 12 juin.
Toutes les personnes qui doivent partir sont là dès sept heures du matin, superbes dans leurs costumes des grands jours. Impatientes, fébriles et pourtant si calmes et patientes en même temps, convaincues qu’une demi-heure suffit pour embarquer et partir, et constatant au fil des heures que ce n’est pas si simple de tout organiser quand on part pour une telle aventure.
En outre, il pleut depuis tôt le matin : des trombes d’eau qui tombent sans arrêt, obligent tout le monde à se réfugier, avec les bagages, dans le petit couloir qui sert de salle d’attente au centre.
Une agitation croissante : on court dans tous les sens faire un dernier contrat, mettre au point un détail, téléphoner pour presser telle personne pas encore arrivée, et assurer le reste de l’activité qui ne passe pas au second plan pour autant.
Jusqu’à la dernière minute il faut gérer la liste finale des partants (qui change 4 fois en l’espace de la matinée) payer les avances ou les retards, attendre les retardataires, se hâter, cravacher. Quelle matinée !
Plusieurs fois se pose la question : qu’est-ce qu’on attend pour démarrer ? Et le Dr. Emmanuel, avec un sourire qui en dit long, de répéter : on attend que l’administration ait fini les papiers, ou, un peu plus tard, que la logistique ait fini les derniers détails.
Pendant ce temps les mêmes préparatifs se déroulent pour le matériel et le camion. Surprise de dernière minute : les vaccins sont bien là mais pas les seringues pour les administrer. Nouvelles démarches, nouveaux énervements, nouvelles attentes. Mais de toute façon le camion ne peut pas quitter Bamako avant 23 heures à cause des règles de circulation établies dans la ville.
Juste avant le départ encore quelques séances de photos, des au revoirs déchirants, joyeux et pleins d’émotion. Pendant ces quelques jours de préparatifs, de solides amitiés se créent entre les acteurs de terrain et ceux qui sont en appui au siège de Bamako. La solidarité des uns, directe, dans le feu de l’action, se nourrit aussi de celle des arrières qui les soutiennent de toutes leurs forces.
De dernière liste en dernier paquet, il est déjà midi. On ne va quand même pas partir sans manger ! Repas vite expédié à la gargote du coin et voilà que tout est fin prêt.
Les trois voitures avec chacune cinq personnes à bord, chauffeur compris, chargées de bagages jusqu’au plafond, partent enfin vers 13h, à la queue leu leu, en s’éloignant dans la rue encore mouillée et boueuse. Bon voyage les amis, «on reste ensemble» comme nous l’a répété si souvent Zac, le toubib de Kidal.
Il leur faudra trois jours pour arriver sur place et enfin pouvoir se déployer et retrouver les dizaines de malades, les centaines d’enfants souffrant de malnutrition plus ou moins sévère, les milliers de personnes qui attendent cette aide et ce petit bout d’espoir. Inch Allah.
Jos Convié