Le Blog de Claire Pecheux

MEDECINS DU MONDE EN BELGIQUE

29 janvier 2013

Connaissez-vous les CASO ? Ces centres d’accueil, de soins et d’orientation ont été créés par Médecins du monde pour garantir un accès aux soins à ceux qui ne parviennent pas à en bénéficier, qu’il s’agisse de personnes en séjour irrégulier, en situation précaire, de demandeurs d’asile ou de ressortissants européens sans assurance maladie valable. J’ai visité celui de Bruxelles en compagnie du responsable des projets belges, Stéphane Heymans. D’emblée, il précise que l’objectif poursuivi par Médecins du monde n’est pas de remplacer les structures de soins existantes, mais d’informer les patients sur leurs droits et leurs obligations, de les aider à exercer ces droits de façon autonome et de les accompagner dans leurs démarches.

«Le patient voit en premier lieu une assistante sociale. Elle dresse un screening de sa situation administrative. Elle regarde s’il aura droit à une mutuelle ou à l’aide médicale urgente pour les personnes en séjour irrégulier. Elle regarde si c’est un demandeur d’asile, si c’est un européen… On a aussi un petit questionnaire sur sa condition sociale. S’il a besoin de colis alimentaires ou d’un logement, par exemple, on lui donne des conseils pratiques et des adresses. Nous, on travaille vraiment sur l’accès aux soins. »

 
Dans l’entrée, une bonne quinzaine de personnes attendent. Elles sont accueillies par Marité. « Alors l’accueil, ça veut dire quoi? Quand une personne arrive, on prend son nom, son prénom et son numéro de téléphone, on lui propose un thé ou un café et on la fait entrer dans la salle d’attente. Quand elle part, on s’assure qu’elle a tout compris et si ce n’est pas le cas, on lui explique ou on rappelle le médecin. Notre but, c’est de faire en sorte qu’elle sache à quoi s’en tenir pour faciliter son insertion sociale et médicale. » Certaines d’entre elles devront revenir un autre jour. Le centre est en effet saturé.
La salle d’attente est chaleureuse. Ca et là, des jouets d’enfants. Une jeune chinoise attend qu’un médecin examine son bébé malade « parce qu’ici, c’est gratuit ». Un ressortissant grec accompagne son fils souffrant. Ce sont des amis qui lui ont signalé l’existence du CASO. « S’il y avait une autre solution, je ne serais pas venu ici. » Même remarque d’un jeune Algérien. Il est en Belgique depuis trois ans et il attend sa régularisation.
Après son entretien avec une assistante sociale, le patient rencontre un médecin. Stéphane Heymans rappelle une fois encore que le but n’est pas de faire de la médecine pour pauvres, mais d’aider à réintégrer le système classique. « Un exemple : quelqu’un a besoin d’une radio, il n’ a pas de couverture de soins pour le moment, mais si on travaille bien, il en aura peut-être une dans deux ou trois mois. L’assistant social et le médecin vont discuter ensemble pour voir si cela peut attendre et si c’est urgent, Médecins du monde prend les frais en charge. » Des frais qui sont loin d’être négligeables : environ 2.000 euros par mois pour le CASO de Bruxelles et 80.000 euros par an, toutes consultations confondues.

 
A l’heure actuelle, Médecins du monde compte deux centres d’accueil, de soins et d’orientation, l’un à Bruxelles et l’autre à Anvers. Des consultations se tiennent également trois ou quatre fois par semaine au Samu social ou dans plusieurs lieux d’hébergement d’urgence et, sept jours sur sept, dans le cadre des dispositifs d’hiver. Ce n’est pas toujours facile, comme l’explique Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du monde. « La nuit, les services sociaux ne sont pas ouverts, pas plus que les laboratoires, les services de santé mentale ou les centres de planning familial. Donc, c’est particulièrement compliqué et le gros travail que l’on fait aujourd’hui, c’est de mettre notre centre de consultation à nous en deuxième ligne, pour que les gens qu’on rencontre à l’extérieur puissent bénéficier durant la journée de notre expertise administrative et médicale. En fait, cette articulation entre nos différents projets et avec d’autres partenaires est primordiale. Parce qu’il n’y a pas que nous, heureusement! Plus on doit affiner, plus on doit créer de partenariats. » Et ce n’est pas simple non plus. Dans les grandes villes, les services sociaux ou médicaux de première ligne sont saturés et ils hésitent à prendre en charge les cas les plus difficiles. « On est les emmerdeurs de service, si je peux m’exprimer ainsi ! Les médecins généralistes sont surchargés, les plannings familiaux, les services de santé mentale et les centres de services sociaux sont surbookés, pourquoi viendraient-ils chercher en plus les 5 ou 6% de la population qui sont les plus précaires, qui vont prendre beaucoup de leur temps avec un résultat qui est loin d’être garanti. Cela dit, on essaie de construire des choses et cela commence à marcher. On sent que chacun commence à comprendre que le nombre de précarisés augmente et qu’il y a un enjeu à relever. »

 
Et l’enjeu est de taille. Faute d’accès aux soins, les patients que reçoivent les généralistes bénévoles de Médecins du monde souffrent de pathologies importantes et difficiles à soigner. Il faut dire que la plupart d’entre eux n’ont plus été traités depuis qu’ils ont quitté leur pays d’origine. Les cas de diabète et d’hypertension sont fréquents, le nombre de séropositifs est relativement élevé, et les cas de tuberculose est en hausse sensible. Autant de problèmes à résoudre. « Avant, les CPAS ou les hôpitaux trouvaient des solutions. Aujourd’hui, il y a des restrictions. Nos interlocuteurs qui mettaient en place des systèmes de cartes médicales, par exemple, qui donnaient accès à une couverture santé pendant X mois en reviennent aujourd’hui à un système à l’acte. Tout ce qui permettait de simplifier les démarches administratives s’émaille solidement, voire est déjà à moitié détricoté. Certains CPAS ont une attitude scandaleuse. Dans un contexte de précarisation accrue d’une partie de la population, la réponse sociale ne suit plus et parfois, je dis bien parfois, elle renforce le fossé social. » Pourtant, Pierre Verbeeren en est persuadé, l’action de Médecins du monde porte ses fruits et le modèle mis en place a fait ses preuves. « Il y a deux ans, on était dans le dépannage. Aujourd’hui on a un vrai discours médical. » Son but, c’est de sensibiliser les pouvoirs publics et de pouvoir à terme leur passer la main. Son appel sera-t-il entendu? L’avenir nous le dira mais, personnellement, je reste sceptique !

54 personnes mises à la rue aujourd’hui. Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires. »

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : http://www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

54 personnes mises à la rue aujourd’hui

Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires ».

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

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Jaune, vert ou à pois ?

© Gérald Talpaert

Alors que le Tour de France entre dans sa deuxième semaine, d’autres coureurs vont bientôt prendre la route, en direction de Paris. Partis de l’Atomium ce jeudi 14 juillet, ils arriveront dans la capitale française bien avant le Tour.

Après les 20 km de Bruxelles, Médecins du Monde aligne cette fois une équipe de cyclistes au départ d’une randonnée de quelques 440 km. Une équipe de volontaires, au sein de laquelle vous ne verrez ni de maillot jaune, ni de champion de Belgique ou autre.

Alors, pas de vainqueurs ? Rien que des maillots bleus, au départ comme à l’arrivée ?

Pas de victoire en effet, hormis celle de rouler pour MdM, de participer à l’événement et de récolter des dons.

Les seuls vainqueurs seront donc les nécessiteux, les sans-abris et autres malades ou exilés, qui bénéficieront de l’aide de Médecins du Monde. Mais peut-on utiliser le terme de « vainqueurs » dans ce cas, car qui voudrait être à leur place ?

A choisir, mieux vaut se crever sur un vélo pendant trois jours que de crever tout court sur le trottoir.

Gérald, photographe pour MdM

Scotché !

Après les 20 km de Bruxelles, changement de décor pour le nouveau reportage de MdM.
9 juin 2011 , 10h30 – Je ne suis plus dans la rue mais à une vingtaine de mètres du sol.
Pas pour un saut à l’élastique (ouf) mais pour une présentation à la presse du projet Art Stickers.
Cette conférence se déroule au dernier étage de l’immeuble Trio, avec vue panoramique sur la ville.

Le dossier de presse reçu la semaine dernière m’avait surpris.
Collectionner des œuvres d’artistes au travers du collage de vignettes dans un livre, comme des figurines de joueurs de foot dans les années 70’!

Drôle d’idée ! Je verrai bien jeudi.

Jeudi, j’ai vu. Surprenant ! Le résultat m’a scotché sur place. La qualité des stickers et de l’album est irréprochable, digne d’un catalogue de galerie. L’ensemble met parfaitement en valeur le travail des artistes participants au projet. Car en plus de la qualité, le choix des œuvres et des artistes est remarquable.

Au nombre de quinze, ces derniers ont cédés leurs droits de reproductions à MdM, et certains ont fait le déplacement pour l’occasion. Photographes, peintres, sculpteurs et autres plasticiens, après quelques minutes pour les présentations et civilités habituelles, se retrouvent rapidement … assis autour d’une table à coller les stickers de leur voisin, tels des enfants dans une cour de récréation.

J’immortalise ces instants tout en me disant que je m’y « collerais » bien aussi, à remplir quelques pages d’Ulrike Bolenz ou de Jacqueline Devreux !

Gérald, photographe pour MdM.

Plus d’informations sur www.artstickers.be. Vous aimez ce projet? Retrouvez-nous sur la page Facebook Art Stickers.

Photo: Jean-Luc Moerman signe à sa façon l’album Art Stickers, © Gérald Talpaert

278 personnes à faire rentrer dans un capteur de 24×36 mm ?

Gérald Talpaert, photographe bénévole pour Médecins du Monde, partage son expérience des 20 km de Bruxelles en compagnie des coureurs de Médecins du Monde. Un témoignage tout en émotions.

278, c’est en effet le nombre de coureurs de la team MdM pour la photo de groupe !
Pas évident de les rassembler. Par prudence, je prends la photo avant le départ, et non à l’arrivée.

Après m’être crevé les yeux pour les identifier depuis le haut du Cinquantenaire, je vais me poster sur le parcours, aux environs du quatorzième kilomètre.

Le boulevard est vide. Après quelques minutes passe un Marocain. Il gagnera d’ailleurs l’épreuve. Le dossard n° 3 fuse également. Enfin, la rue s’anime, d’autres coureurs apparaissent. Des petits groupes isolés, de plus en plus importants, avant un flot quasi ininterrompu.

Je cherche du regard ceux qui posaient, tout souriant encore, il y a maintenant deux heures. Toujours rien. Et puis, oui, là-bas, un « bleu ». Je le vise, le cadre, et … c’est un « Unicef », ensuite, un « Baxter », tous deux en bleu également. Le temps passe, comme les coureurs. Je commence à me féliciter de les avoir photographiés avant le départ !

“Joy in solidarity for Bamako”! Ca y est, ce slogan sur fond bleu, ils arrivent !

Bamako, capitale du Mali. J’y étais en 2008, à peu près à la même époque. Un million d’habitants, comme Bruxelles, mais avec quatre ou cinq mille enfants des rues. C’est pour eux que la team court, pour leur venir en aide. Sans les connaître et probablement sans jamais les rencontrer dans le futur. Aucun des participants n’ira sans doute jamais à Bamako, mais ils courent quand même dans les rues de Bruxelles, ce dimanche.

La rue est aujourd’hui leur point commun, on y court ce dimanche à Bruxelles, mais on y vit toute l’année à Bamako. On y mendie, on y mange, on y dort. Il fait chaud et lourd à Bruxelles cet après-midi, 26°, contre 35° à Bamako, mais 42° en température ressentie, vu la sécheresse de l’air. Et cela va encore monter, peut-être de 10° dans les prochains jours. Pas question de courir là-bas ! Pourtant, des enfants vont et viennent, toute la journée. Des fugueurs ou des Talibés, des enfants soldats aussi, « démobilisés » des pays voisins. D’autres sont des saisonniers, ne viennent en ville qu’une fois leur main-d’œuvre devenue inutile à la campagne, en attendant les prochaines récoltes. Tous ne sont pas totalement désocialisés mais la précarité et la misère sont communes.

A la fin de la journée, ils se rassembleront pour dormir, par groupe. A la fin de la course, nous trouveront un stand pour nous accueillir, ou peut-être même une terrasse pour nous reposer.

Je distribue de l’eau au point de ravitaillement, cherchant toujours des MdM à photographier. La bouteille ne reste que quelques secondes dans ma main, immédiatement saisie par le premier coureur qui passe, la boit, s’en asperge. Pour 4 MdM ravitaillés, j’ai probablement distribué une centaine de bouteilles. Je piétine dans l’eau, marche sur les bouteilles vides qui s’écrasent sous mes pieds. Il y avait des dizaines de milliers de bouteilles il y a peu, tout ou presque est bu à présent. Cinq ravitaillements en deux heures, deux bouteilles d’un demi-litre par coureur par ravitaillement, trente milles coureurs, plus les réserves, combien de litres d’eau ?

L’eau doit commencer à manquer au Mali, dans les rues bien sûr, mais aussi à la campagne où les puits doivent être au plus bas en ce mois de mai. Même le Niger n’est plus navigable en amont du lac Débo, près de Mopti. Le trafic s’arrête, le commerce aussi. Pour certains, le salut est dans la ville, dans les rues de la ville, de Bamako. Des pères y envoient un enfant, pour soulager le reste de la famille, pour quelques mois, le temps que les pluies reviennent, que cela aille mieux.

On peut toujours trouver quelque chose dans la rue, parfois même y manger presque à sa faim. Parfois aussi, on se fait dépouiller, ou agresser. La drogue et la prostitution sont limitées à Bamako, pour l’instant, c’est déjà ça.

« Bientôt l’arrivée, plus que cinq kilomètres les gars ! Courage! »

Une distance, un temps, un repère. Ce sont aussi toutes ces choses qui vous manquent dans la rue, qui vous déstructurent, avant de vous désocialiser, et de vous faire perdre tout espoir.

L’espoir ! Beaucoup de participants à qui je demandais, ce midi, leur chrono ou s’ils pensaient terminer l’épreuve, en avait ! « Oui, j’espère bien ! On se retrouve après. »

Gérald, photographe pour MdM

Etre en bonne santé, c’est le pied !

Angie (ou Angela) a rejoint l’équipe du Plan Hiver fin janvier à raison d’une fois par semaine, chaque vendredi. Elle est pédicure médicale bénévole. Elle voulait aider des gens qui en avaient vraiment besoin. Aujourd’hui, elle revient sur cette expérience.

Vous êtes pédicure médicale, un tel métier est-il vraiment nécessaire dans le cadre du Plan Hiver ?

C’est la première année qu’on pratique la pédicure au Plan Hiver. Avant, on n’y avait pas pensé. On n’avait pas pensé que des petites choses, tel qu’un massage des pieds, étaient aussi importantes et pouvaient changer autant la vie des patients.

C’est vrai que le premier jour où je suis arrivé là, l’équipe était un peu sceptique en demandant mais qu’est-ce qu’elle va faire, qu’est-ce que ca va donner. Donc, directement j’ai préparé le matériel, j’ai mis le bassin et le premier jour déjà, j’ai eu trois patients. Le courant est très vite passé. Et maintenant, chaque vendredi, beaucoup de patients m’attendent. Ils veulent vraiment tout le temps venir près de moi. Je reste après mes heures et j’essaye de soigner entre trois et quatre patients sur une soirée. Avec l’aide des infirmières et des bénévoles, chacun a apporté un bassin. Et quand on voit qu’il y a trop de demande, en attendant que je termine de soigner mon patient, le suivant met déjà ses pieds dans l’eau.

Pouvez-vous nous expliquer comment se passe une consultation ?

Les patients du Plan Hiver sont toute la journée dans la rue, donc leurs pieds sont très sollicités et en très mauvais état. Il y a énormément de dermatophites, de cors aux pieds, d’onychomycoses, énormément de problèmes. Je commence d’abord par un bain, je reste avec le patient une heure. Je termine toujours par un massage. Et cette personne se sent vraiment « appuyée», elle sent qu’on s’occupe d’elle. Ce qui m’a vraiment touché, c’est que j’ai déjà eu des personnes, quand j’ai eu fini le massage, qui se sont mises à pleurer. Il y en a qui viennent juste pour se sentir écouter. Ils passent leur tête par la porte et viennent nous embrasser. Ils ont besoin de contact.
A la fin du soin, je donne une paire de chaussettes propres. Et ça, ça vaut de l’or ! Donc le fait de reprendre leurs anciennes chaussettes sales, ils voient qu’ils sont considérés en tant qu’être humain. Et ça c’est très important.

Sans suivi, ils ne guériront pas. Pour quiconque, même les sportifs, les dermatophites, les onychomycoses, c’est un traitement de longue haleine. Si on n’en prend pas soin, ça ne va pas partir. Dans la rue comme dans le privé, il faut faire le traitement et vraiment être suivi. Il faut se laver tous les jours, bien sécher. Ici, c’est impensable pour nos patients. En plus, ils marchent toute la journée.

Est-ce différent de soigner un patient de la rue qu’un de vos patients habituels ?

Moi je ne fais aucune distinction entre un client privé et un client de la rue. Pour moi, c’est un être humain avant tout. Au contraire donc j’aime bien prendre le temps avec eux parce qu’ils se confient. Il y en a même qui ratent leur repas, ils ne vont même pas manger pour venir à la consultation.
J’ai une anecdote à vous raconter. Un homme est venu faire ses pieds, il était saoul. C’était un vendredi, il pleuvait. Il était avec des tongs donc ses pieds étaient vraiment humides, blancs et je lui avais promis des chaussures. J’ai noté sa pointure. J’ai pensé : « il est saoul, il ne va jamais venir ». Et je vous assure, le vendredi d’après, il était là. Et je lui ai offert la paire de basket. Le dimanche je l’ai vu en rue, et il avait la paire de basket aux pieds. Il était vraiment heureux. Ca me touche énormément.

« Ce qu’elle fait, c’est quelque chose d’extraordinaire. » ajoute Flor, infirmière bénévole.

Légende de la photo: “Il a les pieds sur mes genoux comme un autre patient. Je ne fais vraiment aucune différence” explique Angie.

Etre infirmière au Plan Hiver.

Flor est péruvienne. Elle est infirmière et a exercé dans différents services hospitaliers. Au Pérou, elle faisait déjà du bénévolat dans les hôpitaux publics. Arrivée en Belgique, elle voulait continuer à aider les gens. Depuis le mois de janvier, deux fois par mois, elle travaille comme bénévole au Plan Hiver. Médecins du Monde lui a posé quelques questions:

Votre premier jour au Plan Hiver, comment ça s’est passé ?

Je voulais faire quelque chose. Vous savez, moi je suis étrangère aussi ! Beaucoup de malades parlaient espagnol. Dans leur dossier médical, c’était écrit problème de langue, de communication. Alors, quand j’ai commencé à parler avec eux, dans leur langue, ils étaient tellement contents.
Puis, vous savez le contact passe si vous traitez gentiment quelqu’un. Il faut établir un climat de confiance. D’abord, il faut se présenter : « Je suis péruvienne et vous, de quel pays venez-vous ?… ». C’est important de les mettre en confiance. Et eux, nous le rendent bien aussi. Il arrive qu’un patient s’énerve sur nous, alors les autres sont tout de suite là pour nous défendre. On est vraiment très bien accueillis.

Que faites-vous exactement ?

On fait les pansements, il y a beaucoup de blessures aussi. Il y des gens qui se blessent dans la rue, qui sont agressés, qui s’automutilent. Ici, on soigne des petites choses qui restent chroniques. Une plaie, c’est soigné un jour. Après, il repart dans la rue. Et sa plaie va continuer à s’ouvrir, à s’infecter.

Les patients sont souvent stressés. Il faut d’abord les écouter. On leur propose d’aller prendre leur douche, de se détendre et puis de revenir à la consultation. Ils reviennent complètement changé. Ils sont calmés. Ils ont besoin d’écoute, de parler surtout. Ils ont besoin d’être traité comme des êtres humains. Alors on leur parle avec des mots comme « Mon frère, mon ami » en lui tenant la main. On ne pensait pas que des petites choses pouvaient changer autant. Ils ont besoin de ça.

Outre la prise en charge purement médicale, avez-vous déjà eu des patients avec des problèmes plus psychologiques ?

Oui, un jour, un homme est arrivé. Il disait qu’il avait mal la gorge, mal à l’oreille. Chaque fois, il y avait quelque chose. Mais quand il continuait à parler, il racontait toute son histoire et il était totalement perdu.

Une autre fois, c’était un alcoolique. C’était un marocain et il parlait espagnol. Je lui ai demandé s’il buvait. Il m’a dit qu’il buvait pour pouvoir dormir. Je lui ai répondu qu’il ne devait plus boire car son foie était assez gonflé. Il devait absolument venir le lendemain quand le médecin serait présent pour l’envoyer à l’hôpital. C’était peut-être un problème hépatique ou une cirrhose. Je lui également expliqué ce qui allait se passer. Il m’a répondu que sans boire, il ne savait pas comment il pourrait faire pour dormir, que s’il ne buvait pas, il ne dormait pas. Quand je lui ai demandé depuis combien de temps il buvait, il m’a répondu d’un regard vers le ciel. Il buvait depuis très longtemps.

Karolina tente l’aventure du Brussels-to-Paris avec Médecins du Monde

Karolina, amatrice de cyclisme et passionnée d’humanitaire, a décidé de s’engager aux côtés de Médecins du Monde en participant cet été au Brussels-to-Paris Biketour 2011.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans cette aventure ?

Je travaille dans le domaine de la santé, pour la Fédération européenne des hôpitaux, c’est pourquoi ce sujet m’a directement touché. L’aide humanitaire a toujours attiré mon attention. C’est motivant de participer à un événement sportif afin de soutenir les actions de Médecins du Monde, rendre ces actions plus visibles, contribuer à une aide humanitaire, appartenir au monde des gens de bonne volonté. Je suis aussi motivée à l’idée de rencontrer des gens qui partagent mes intérêts, passions… et de faire un effort commun.

Comment allez-vous organiser votre entraînement ?

J’utilise quotidiennement le vélo pour mes déplacements, ça me fait un petit entraînement. De plus, cette année encore, je participerai aux 20km de Bruxelles… J’ai toujours eu l’esprit assez sportif !

Le vendredi, c’est jour de marché au Caso?

© Crédit:Gérald Talpaert

Comme promis, je suis revenu. En fin de semaine, cette fois.
La salle d’attente est remplie, le couloir engorgé et le distributeur de thé assiégé !
Il y a un drink aujourd’hui ? Pas de réponse, le bénévole à l’accueil m’a l’air un peu stressé.
Je vais télécharger les photos de la semaine dernière chez Sophie et redescend pour un nouveau shooting.

Quel brouhaha ! Ca discute dans tous les coins, par groupe de 2 ou 3. Principalement des Africains, sub-sahariens, essentiellement Camerounais. Ajoutez trois Algériennes, deux Marocains, un Sierra-léonais, un …sky (Russe ?), une amatrice de salsa (brésilienne ?), et moi (qui ne dit rien).

D’ailleurs, cela ne servirait à rien de parler, personnes ne m’entendrait. L’excitation finit par retomber, un semblant de calme par revenir, et j’en profite pour me présenter et m’inviter dans un groupe de Camerounais.

Je ne connais pas leur pays, mais ils se font un plaisir de m’en parler. L’un est originaire du littoral, un autre est de « la forêt ». Deux régions stables, agréables. Pas comme le nord, avec les coupeurs de route (des bandes de brigands qui dépouillent les voyageurs en direction du lac Tchad, avant de se réfugier au Niger, ou au Tchad).

Après une heure de palabres, les premières demandes de photographies arrivent. D’abord par une série de questions sur le matériel, le pourquoi des photos, leur destination, …

Première demande : une photo à titre privé, pour une couverture de cd.
- Ok, mais tu devrais changer de place, parce qu’avec les dessins d’enfants sur le mur en arrière-plan, ce n’est pas génial.
- Je voudrais ma photo devant un mur noir.
- !!! (il ne confondrait pas Caso* et studio?)

Après avoir visité les autres pièces du bâtiment, le choix se restreint au jaune pâle du couloir, au bleu ciel de l’entrée, à l’orange carnavalesque d’un mur du premier et un local interdit pour cause d’insalubrité (oups, désolé Sophie, ça m’a échappé).

Je propose d’utiliser une porte dont la couleur brun-orangé est uniforme, et dégagée de toute affiche.

Finalement, ils seront quatre à défiler devant la porte, à prendre la pose, sous le regard amusé de l’assemblée. Ensuite, ce sera le tour des médecins (dans leur bureau, pas devant la porte), car, finalement, c’est aussi pour eux qu’on est là.
En plus, ce sont les seuls qui bossent, pendant qu’on s’amuse dans la salle d’attente.

Je ne voudrais pas avoir l’air de faire de la pub pour du bénévolat chez MDM, mais vous ratez quelque chose !

Ange revient de consultation.
- Pas mal ta casquette, tu l’as achetée à Marseille ? (une casquette militaire, avec « Marseille » brodé sur le côté).
- Oui, en allant en Corse, l’an dernier.
- C’est beau la Corse, mais c’est cher.
- Oui, j’ai bien aimé. J’y suis resté trois mois.
- Beaucoup d’Italiens là-bas ?
- Oui, des Italiens, des Allemands, il y a beaucoup d’étrangers en Corse.
(Rien qu’avec « Marseille » sur ta casquette, Ange, tu es déjà un étranger pour tout Corse qui se respecte).

Entre-temps, il est passé seize heures. Chacun note son adresse mail dans mon carnet, afin de recevoir ses photos la semaine prochaine. Avant cela, nous les passons en revue, et ils décident lesquelles garder ou effacer. Un quart d’entre-elles seront supprimées de suite, plus de la moitié pourront uniquement leur être envoyée avant d’être effacée également. Une dizaine seulement sera mise à disposition de MDM.
Dommage, mais c’était le deal de départ. Chacun décidait des prises de vue, et de leur usage.

Gérald, photographe pour MDM.

* centre d’accueil, de soins et d’orientation

Shooting au Caso

© Crédit: Gérald Talpaert

Shooting au Caso.

Ce n’est pas le titre d’un roman noir, juste mon passage au Caso, pour une séance photo.

Les inscriptions sont terminées (seize au total pour cette après-midi), la salle d’attente est complète.

Les consultations médicales vont bientôt commencer. J’entre, salue l’assistance. Peu de réponses verbales, quelques signes et hochements de tête, un sourire.
Et puis, le silence. Personne ne parle, personne ne regarde personne. Rien ne se passe. Seuls deux enfants jouent. Calmement, en silence aussi.

Je m’assois sur une marche, ouvre mon sac et commence à nettoyer mon appareil photo.
La plupart m’observe à présent. Je les salue à nouveau, me présente, explique pourquoi je suis là. Les rassure aussi, à propos des prises de vue.

J’avertirai avant de photographier le médecin*, pour qu’ils puissent se retirer, ou détourner la tête. Mais si certains désirent être dans les publications de MDM, ils sont les bienvenus. Ou s’ils veulent simplement leur photo, elle sera disponible à l’accueil à partir du 4 mars. Pas de réactions.

Normal. Il n’y a jamais de premier pour prendre la parole dans une assemblée.
Il suffit d’attendre.

Une demi-heure s’écoule.
Je croise un regard. Qui se détourne aussitôt. Avant de revenir.
Je connais ce regard. J’ai déjà rencontré ce jeune homme. Je fouille ma mémoire, et vais m’asseoir à ses côtés.
- On se connaît, non ?
- Non. (évidemment, en terminant une question par un « non », que pouvais-je espérer d’autre comme réponse?)
Et puis, je me souviens, c’était à la gare centrale, lors d’une distribution de soupe, un soir de décembre.
Saïd se souvient également. La conversation s’engage. Nous parlons de son pays, du désert, de Djanet, de la fête des Touaregs. Il n’y a jamais été, Saïd est de l’est de l’Algérie, côté Libye, et le sud lui est interdit, sans autorisation. A cause du fer, du gaz, de l’uranium m’explique-t-il.
- Tu peux me prendre en photo, si tu veux.
- Pas moi, Saïd, si toi tu veux.
- C’est d’accord, pour MDM aussi.
Saïd me propose lui-même de poser devant une affiche de MDM, il trouve que ce sera mieux, pour la photo.

Pour ce faire, nous devons demander à un Russe de se reculer. Problème de langue ! Comment font-ils chez MDM ? Moi, c’est Saïd qui me dépanne : il connaît quelques mots de russe. D’allemand, d’italien, et de flamand aussi d’ailleurs.
Evidemment, la conversation glisse sur les problèmes communautaires en Belgique.
A ma droite, Gilbert, Congolais, vous savez, la RDC, trois ou quatre cent ethnies, et autant de dialectes, se marre.

Gilbert est en Belgique depuis plus de vingt ans (six pour Saïd), et est originaire de Kisangani.
Nous parlons des Rwenzoris, que j’ai visités dernièrement, du Nyiragongo dont il a assisté à l’éruption de 2002, du parc des Virungas, des gorilles, de l’expédition du musée de Tervuren sur le fleuve l’an dernier, de Kinshasa aussi.
- Bientôt les élections chez vous (en RDC).
- Oui, à la fin de l’année.
- Vous aurez un gouvernement avant nous !
Tout le monde rigole. Enfin, ceux qui comprenne le français.

Gilbert parti en consultation, je me retrouve à côté des deux enfants, et de leurs parents.
Ils viennent d’Afghanistan. Parlent un peu le français, et beaucoup le farsi. La conversation sera des plus limitée. Salâm.
Quatre photos en trois heures. Je devrai revenir.
Ce n’est pas très productif, mais quelle après-midi !

Gérald, photographe pour MDM.

*En dehors des consultations.