Rendez-vous à Anvers.
posté le 18 mars 2011 |
catégorie CASO, demandeurs d'asile, sans papiers
Je suis déjà venu à Anvers précédemment. Trois fois. Toujours au Zoo, et il y a longtemps. Autant dire que je ne connais pas la ville, ni ses habitants. En route donc pour l’inconnu. J’ai toutefois un point de contact, le COZO*, situé au 56 de la Van Maerlantstraat.
Arrivé sur le trottoir avant l’ouverture du centre, je fais connaissance avec nombre de patients.
Il y a quelques Belges, mais aussi des Tibétains, des Gambiens, des Anglais, des Sud-Américains, et d’autres encore. Cette population hétéroclite me rassure. J’ai des difficultés à communiquer, mais eux aussi. Mélangeant « un peu de tout » (anglais, flamand et français), on sympathise très vite, et à l’arrivée de la responsable, nous avons déjà réalisé quelques photos, à même la rue.
La salle d’attente est vaste mais devra refuser du monde. Nombreux sont ceux qui devront revenir demain, ou même lundi.
J’y côtoie Mamadou, un Sénégalais, heureux de rencontrer un francophone (Mamadou parle aussi le wolof, l’anglais, et est inscrit à un taalgroep. Son néerlandais, meilleur que le mien, est encore hésitant).
La conversation s’engage sur la Casamance, sa région d’origine qu’il a quittée l’an dernier, sur le climat sénégalais, l’ancien empire Mandingue, les nomades Peuls, les Bambaras qui ont contribués à la construction de voie ferrée vers le Mali, etc., etc., …
Je vais finalement lui demander pourquoi il a quitté son pays. C’est une question que je ne pose jamais, j’ai l’impression que cela revient à leur reprocher d’être venu « chez nous », ou d’être perçu comme tel.
Mais hier, sur internet, j’étais en contact avec un ami que je n’ai plus vu depuis 2007. Je lui conseillais de s’éloigner un peu de chez lui, le temps que cela s’arrange. Je ne parlais pas d’émigrer, juste de prendre des vacances, un peu plus loin.
Shiniki n’a pas voulu, il restera à Tokyo. Il ne veut pas abandonner ses amis, ses proches. Il verra plus tard, si la situation devient vraiment grave.
J’ai rencontré Shiniki au Mozambique, il venait de traverser la moitié du monde avec son sac à dos, et devait encore remonter les deux Amériques avant de rentrer au Japon. Il n’a donc pas peur de voyager vers l’inconnu. Mais après deux ans, il revenait au pays. Qu’il ne quittera que si cela devient vraiment grave.
C’est en repensant à tout cela que j’interrogeais Mamadou. Quelles motivations, quelles situations pouvaient être graves au point qu’un homme quitte définitivement son village et sa famille, abandonne ses proches et ses racines, probablement à tout jamais ?
Gérald, photographe pour MdM
* COZO : Centrum voor Onthaal, Zorg en Oriëntatie




