Rendez-vous à Anvers.

Je suis déjà venu à Anvers précédemment. Trois fois. Toujours au Zoo, et il y a longtemps. Autant dire que je ne connais pas la ville, ni ses habitants. En route donc pour l’inconnu. J’ai toutefois un point de contact, le COZO*, situé au 56 de la Van Maerlantstraat.

Arrivé sur le trottoir avant l’ouverture du centre, je fais connaissance avec nombre de patients.
Il y a quelques Belges, mais aussi des Tibétains, des Gambiens, des Anglais, des Sud-Américains, et d’autres encore. Cette population hétéroclite me rassure. J’ai des difficultés à communiquer, mais eux aussi. Mélangeant « un peu de tout » (anglais, flamand et français), on sympathise très vite, et à l’arrivée de la responsable, nous avons déjà réalisé quelques photos, à même la rue.

La salle d’attente est vaste mais devra refuser du monde. Nombreux sont ceux qui devront revenir demain, ou même lundi.

J’y côtoie Mamadou, un Sénégalais, heureux de rencontrer un francophone (Mamadou parle aussi le wolof, l’anglais, et est inscrit à un taalgroep. Son néerlandais, meilleur que le mien, est encore hésitant).

La conversation s’engage sur la Casamance, sa région d’origine qu’il a quittée l’an dernier, sur le climat sénégalais, l’ancien empire Mandingue, les nomades Peuls, les Bambaras qui ont contribués à la construction de voie ferrée vers le Mali, etc., etc., …

Je vais finalement lui demander pourquoi il a quitté son pays. C’est une question que je ne pose jamais, j’ai l’impression que cela revient à leur reprocher d’être venu « chez nous », ou d’être perçu comme tel.

Mais hier, sur internet, j’étais en contact avec un ami que je n’ai plus vu depuis 2007. Je lui conseillais de s’éloigner un peu de chez lui, le temps que cela s’arrange. Je ne parlais pas d’émigrer, juste de prendre des vacances, un peu plus loin.
Shiniki n’a pas voulu, il restera à Tokyo. Il ne veut pas abandonner ses amis, ses proches. Il verra plus tard, si la situation devient vraiment grave.

J’ai rencontré Shiniki au Mozambique, il venait de traverser la moitié du monde avec son sac à dos, et devait encore remonter les deux Amériques avant de rentrer au Japon. Il n’a donc pas peur de voyager vers l’inconnu. Mais après deux ans, il revenait au pays. Qu’il ne quittera que si cela devient vraiment grave.

C’est en repensant à tout cela que j’interrogeais Mamadou. Quelles motivations, quelles situations pouvaient être graves au point qu’un homme quitte définitivement son village et sa famille, abandonne ses proches et ses racines, probablement à tout jamais ?

Gérald, photographe pour MdM

* COZO : Centrum voor Onthaal, Zorg en Oriëntatie

Le vendredi, c’est jour de marché au Caso?

© Crédit:Gérald Talpaert

Comme promis, je suis revenu. En fin de semaine, cette fois.
La salle d’attente est remplie, le couloir engorgé et le distributeur de thé assiégé !
Il y a un drink aujourd’hui ? Pas de réponse, le bénévole à l’accueil m’a l’air un peu stressé.
Je vais télécharger les photos de la semaine dernière chez Sophie et redescend pour un nouveau shooting.

Quel brouhaha ! Ca discute dans tous les coins, par groupe de 2 ou 3. Principalement des Africains, sub-sahariens, essentiellement Camerounais. Ajoutez trois Algériennes, deux Marocains, un Sierra-léonais, un …sky (Russe ?), une amatrice de salsa (brésilienne ?), et moi (qui ne dit rien).

D’ailleurs, cela ne servirait à rien de parler, personnes ne m’entendrait. L’excitation finit par retomber, un semblant de calme par revenir, et j’en profite pour me présenter et m’inviter dans un groupe de Camerounais.

Je ne connais pas leur pays, mais ils se font un plaisir de m’en parler. L’un est originaire du littoral, un autre est de « la forêt ». Deux régions stables, agréables. Pas comme le nord, avec les coupeurs de route (des bandes de brigands qui dépouillent les voyageurs en direction du lac Tchad, avant de se réfugier au Niger, ou au Tchad).

Après une heure de palabres, les premières demandes de photographies arrivent. D’abord par une série de questions sur le matériel, le pourquoi des photos, leur destination, …

Première demande : une photo à titre privé, pour une couverture de cd.
- Ok, mais tu devrais changer de place, parce qu’avec les dessins d’enfants sur le mur en arrière-plan, ce n’est pas génial.
- Je voudrais ma photo devant un mur noir.
- !!! (il ne confondrait pas Caso* et studio?)

Après avoir visité les autres pièces du bâtiment, le choix se restreint au jaune pâle du couloir, au bleu ciel de l’entrée, à l’orange carnavalesque d’un mur du premier et un local interdit pour cause d’insalubrité (oups, désolé Sophie, ça m’a échappé).

Je propose d’utiliser une porte dont la couleur brun-orangé est uniforme, et dégagée de toute affiche.

Finalement, ils seront quatre à défiler devant la porte, à prendre la pose, sous le regard amusé de l’assemblée. Ensuite, ce sera le tour des médecins (dans leur bureau, pas devant la porte), car, finalement, c’est aussi pour eux qu’on est là.
En plus, ce sont les seuls qui bossent, pendant qu’on s’amuse dans la salle d’attente.

Je ne voudrais pas avoir l’air de faire de la pub pour du bénévolat chez MDM, mais vous ratez quelque chose !

Ange revient de consultation.
- Pas mal ta casquette, tu l’as achetée à Marseille ? (une casquette militaire, avec « Marseille » brodé sur le côté).
- Oui, en allant en Corse, l’an dernier.
- C’est beau la Corse, mais c’est cher.
- Oui, j’ai bien aimé. J’y suis resté trois mois.
- Beaucoup d’Italiens là-bas ?
- Oui, des Italiens, des Allemands, il y a beaucoup d’étrangers en Corse.
(Rien qu’avec « Marseille » sur ta casquette, Ange, tu es déjà un étranger pour tout Corse qui se respecte).

Entre-temps, il est passé seize heures. Chacun note son adresse mail dans mon carnet, afin de recevoir ses photos la semaine prochaine. Avant cela, nous les passons en revue, et ils décident lesquelles garder ou effacer. Un quart d’entre-elles seront supprimées de suite, plus de la moitié pourront uniquement leur être envoyée avant d’être effacée également. Une dizaine seulement sera mise à disposition de MDM.
Dommage, mais c’était le deal de départ. Chacun décidait des prises de vue, et de leur usage.

Gérald, photographe pour MDM.

* centre d’accueil, de soins et d’orientation

Shooting au Caso

© Crédit: Gérald Talpaert

Shooting au Caso.

Ce n’est pas le titre d’un roman noir, juste mon passage au Caso, pour une séance photo.

Les inscriptions sont terminées (seize au total pour cette après-midi), la salle d’attente est complète.

Les consultations médicales vont bientôt commencer. J’entre, salue l’assistance. Peu de réponses verbales, quelques signes et hochements de tête, un sourire.
Et puis, le silence. Personne ne parle, personne ne regarde personne. Rien ne se passe. Seuls deux enfants jouent. Calmement, en silence aussi.

Je m’assois sur une marche, ouvre mon sac et commence à nettoyer mon appareil photo.
La plupart m’observe à présent. Je les salue à nouveau, me présente, explique pourquoi je suis là. Les rassure aussi, à propos des prises de vue.

J’avertirai avant de photographier le médecin*, pour qu’ils puissent se retirer, ou détourner la tête. Mais si certains désirent être dans les publications de MDM, ils sont les bienvenus. Ou s’ils veulent simplement leur photo, elle sera disponible à l’accueil à partir du 4 mars. Pas de réactions.

Normal. Il n’y a jamais de premier pour prendre la parole dans une assemblée.
Il suffit d’attendre.

Une demi-heure s’écoule.
Je croise un regard. Qui se détourne aussitôt. Avant de revenir.
Je connais ce regard. J’ai déjà rencontré ce jeune homme. Je fouille ma mémoire, et vais m’asseoir à ses côtés.
- On se connaît, non ?
- Non. (évidemment, en terminant une question par un « non », que pouvais-je espérer d’autre comme réponse?)
Et puis, je me souviens, c’était à la gare centrale, lors d’une distribution de soupe, un soir de décembre.
Saïd se souvient également. La conversation s’engage. Nous parlons de son pays, du désert, de Djanet, de la fête des Touaregs. Il n’y a jamais été, Saïd est de l’est de l’Algérie, côté Libye, et le sud lui est interdit, sans autorisation. A cause du fer, du gaz, de l’uranium m’explique-t-il.
- Tu peux me prendre en photo, si tu veux.
- Pas moi, Saïd, si toi tu veux.
- C’est d’accord, pour MDM aussi.
Saïd me propose lui-même de poser devant une affiche de MDM, il trouve que ce sera mieux, pour la photo.

Pour ce faire, nous devons demander à un Russe de se reculer. Problème de langue ! Comment font-ils chez MDM ? Moi, c’est Saïd qui me dépanne : il connaît quelques mots de russe. D’allemand, d’italien, et de flamand aussi d’ailleurs.
Evidemment, la conversation glisse sur les problèmes communautaires en Belgique.
A ma droite, Gilbert, Congolais, vous savez, la RDC, trois ou quatre cent ethnies, et autant de dialectes, se marre.

Gilbert est en Belgique depuis plus de vingt ans (six pour Saïd), et est originaire de Kisangani.
Nous parlons des Rwenzoris, que j’ai visités dernièrement, du Nyiragongo dont il a assisté à l’éruption de 2002, du parc des Virungas, des gorilles, de l’expédition du musée de Tervuren sur le fleuve l’an dernier, de Kinshasa aussi.
- Bientôt les élections chez vous (en RDC).
- Oui, à la fin de l’année.
- Vous aurez un gouvernement avant nous !
Tout le monde rigole. Enfin, ceux qui comprenne le français.

Gilbert parti en consultation, je me retrouve à côté des deux enfants, et de leurs parents.
Ils viennent d’Afghanistan. Parlent un peu le français, et beaucoup le farsi. La conversation sera des plus limitée. Salâm.
Quatre photos en trois heures. Je devrai revenir.
Ce n’est pas très productif, mais quelle après-midi !

Gérald, photographe pour MDM.

*En dehors des consultations.

Sortie de ma tour d’ivoire…

En tant que coordinateur de projets, ce n’est pas tout de passer ses journées derrière son ordinateur ou dans des réunions, il faut parfois sortir de sa tour d’ivoire pour à nouveau percevoir ce que fait Médecins du Monde sur le terrain. Participer dans l’accueil des patients dans un projet, c’est déjà pas mal. Mais en tant qu’infirmier, mettre la main à la pâte lors du plan hiver me procure une satisfaction bien plus grande.

Avec le temps, je trouve que c’est de plus en plus facile de parler à des publics variés: grands ou petits, médecins, intellectuels ou adolescents rebelles, cela n’a pas d’importance. Répondre à la critique d’un journaliste? Pas de problème. Réfléchir à la stratégie d’un projet avec une équipe ou un coordinateur ? La discussion est ouverte. Mais face au sans-abri assis face à moi, j’ai parfois du mal à trouver mes mots… J’ai le sentiment que l’écoute ne suffit pas.

Bart a à peine 18 ans. Il a une toux persistante et un peu de fièvre. Il me raconte qu’il vient de vivre quelques jours en rue. « Mis à la porte par sa mère lors d’une querelle d’ivrognes », admet-il. Dans son récit un peu confus, je comprends qu’il a un léger retard mental et qu’il a arrêté de prendre ses médicaments antipsychotiques. Il ne connaît pas de personne de confiance ou de famille chez qui il pourrait se rendre, « mais il est sûr qu’il s’en sortira tout seul ». Bien qu’il n’ait pas encore eu de contact avec le CPAS, il espère qu’on pourra vite l’aider à trouver un logement adapté. Je lui donne du sirop contre la toux et des comprimés pour atténuer sa fièvre. Je lui explique aussi comment voir un médecin si son état ne s’améliore pas dans les jours à venir. Lors du briefing du soir il s’avère que, Matthieu, travailleur social au Samu Social, a également détecté que Bart est une personne vulnérable ayant besoin d’un accompagnement particulier. Ensemble, nous planifions son suivi.

Basam parle mal l’anglais. Il sort immédiatement une pile de papiers avec tout au-dessus son ‘annexe 26′. Ce document atteste qu’il a introduit, à peine deux jours plus tôt, une demande d’asile auprès de l’Office des Etrangers. Il a 34 ans, comme moi. Kurde d’Irak. Comme beaucoup, il n’a pas obtenu de désignation de place d’accueil, Fedasil n’a pas de place pour lui. Il a mal au genou depuis des années et me demande si une opération est possible. Je lui explique qu’il doit tout d’abord retourner régulièrement au Dispatching de Fedasil, la première étape étant de trouver une place d’accueil. Là-dessus, il m’explique qu’il a mal partout, surtout au niveau des épaules, du cou et de la tête. Il ne parvient pas à dormir depuis une semaine et pense qu’il sera trop nerveux pour passer sa première nuit ici. Je pense à notre psychologue du CASO, qui souligne souvent les symptômes subtils du stress post-traumatique, mais le contexte de la consultation n’est pas idéal pour approfondir cette piste avec Basam. Je lui donne un somnifère inoffensif à base d’extraits de plantes et insiste pour qu’il se rende au CASO où il pourra avoir une discussion dans un contexte plus calme et à l’aide d’un interprète. Basam est d’accord, mais je me demande s’il va vraiment faire la démarche…

Les centaines de patients rencontrés lors du plan d’hiver ont chacun leur histoire, qu’ils racontent par fragments. Et à chaque fois les réponses aux questions qui les préoccupent sont loin d’être claires. Après chaque consultation, mon respect augmente pour tous ces bénévoles qui réussissent à surmonter leur sentiment d’impuissance et à mener à bien les consultations avec les gens de la rue. Ce qui me frappe le plus, c’est la complexité des problèmes et les conditions de vie des personnes qui atterrissent au Samu Social. Et les problèmes complexes ne peuvent se réduire à des solutions simples, même si un journaliste ou le grand public le demandent. Oui, cela me semble être une bonne conclusion pour retourner à ma tour d’ivoire au deuxième étage de la rue d’Artois à Bruxelles…

Frank Vanbiervliet

Coordinateur des projets belges

Hommage à Christophe.

Il y a deux jours, j’ai appris le décès d’un de nos patients du CASO.
Je me sens envahie d’un profond sentiment de honte, d’amertume et de tristesse.

Je suis honteuse que notre système tolère qu’une personne en chaise roulante vive dans la rue et que cette situation ne soit pas unique.

Je suis amère de constater que pendant plus de deux ans, nous avons du nous battre pour lui obtenir un accès aux soins adapté à sa situation. Certes, il était instable et difficile à suivre pour certaines institutions mais son parcours chaotique et sa personnalité ne justifiaient en rien le rejet que ce patient a subi de la part d’un système de soins trop souvent inadapté et peu créatif pour un public dans une telle précarité.  

Je suis triste car je m’y étais attachée et que nous avions pu construire avec lui et mes collègues, malgré un parcours semé d’embuches, une relation de confiance et des évolutions positives en respectant son rythme.

Ce monsieur était inexpulsable de part sa nationalité, il n’avait jamais pu obtenir l’asile faute de pouvoir la prouver (impossible d’ailleurs vu le pays d’où il provenait) ni une régularisation de son séjour faute d’adresse. Il s’était retrouvé il y a un an en chaise roulante suite à une chute pour échapper à l’incendie de son squat.

Douloureuse réalité et injustice sociale…

Alors que nous inaugurions l’exposition “Exil ,Exit?” à la gare du midi, j’ai eu une pensée émue pour lui qui vivait à quelques mètres à peine de nous…
Je tiens ici à lui rendre hommage ainsi qu’à toutes ces personnes qui fuient et espèrent un avenir meilleur, pour toutes celles qui se voient dans l’obligation de vivre en rue dans une précarité intolérable…
J’espère sincèrement que cette exposition permettra au public d’avoir un regard plus humain sur les situations de vie que nous rencontrons au quotidien et de nous rejoindre dans nos actions ainsi que celles de nos partenaires du réseau associatif.

Sophie D.

Assistante sociale

Journée des missions belges MdM

MdM a tenu sa première “Journée des missions belges” samedi 5 juin 2010 à Bruxelles.

jdmm1.jpgLes collaborateurs de MdM – bénévoles, salariés, membre de l’Assemblée Générale et du Conseil d’Administration – étaient conviés à cette journée de rencontre et de discussion autour des projets menées en Belgique par MdM. 

Le programme de la journée s’est articulé autour de workshops, présentations des projets et débats.

Sujets et questions abordés :
- Les défis du CASO Bruxelles,
- Notre réponse à la politique restrictive du CPAS d’Anvers,
- L’avenir de notre partenariat avec le Samu social à Bruxelles. 

Par la méthode participative “open forum”, trois groupes de travail ont débattu sur la visibilité de Médecins du Monde ; la stratégie à adopter pour atteindre nos objectifs (militantisme vs consensus) ; les besoins opérationnels au sein de nos projets.

En bref, une journée pleine d’opportunités, qui a servi de plate-forme d’échanges des analyses, des points de vue et des approches.

MdM remercie tous les participants et les personnes ayant contribué au succès de cette journée !

En espérant vous voir encore plus nombreux l’an prochain !

“Je dois la pendre au mur de ma chambre?”

img_9898reduite.JPG © Frédéric Pauwels (Luna)

C’était il y a quelques mois. Un patient me rappelle. Il était en démarche auprès du CPAS de sa commune depuis plusieurs semaines déjà afin d’obtenir sa carte médicale. Il était pressé de l’avoir puisqu’il avait besoin de voir un spécialiste urgemment.

Il était donc repassé chez nous pour avoir un certificat médical pour le CPAS. Puis était repassé au CPAS pour introduire sa demande. Puis était retourné au CPAS pour y rapporter d’autres documents. Puis avait attendu la visite à domicile de l’assistante sociale. Puis était repassé chez nous après un certain temps sans nouvelles du CPAS. Puis était retourné au CPAS pour le nouveau rendez-vous que j’avais obtenu avec son assistante sociale.Après avoir reçu sa carte, il s’est présenté dans un centre médical de sa commune. Mais le médecin n’a pas pu le recevoir car il ne travaillait pas avec le CPAS. Le CPAS n’avait pas orienté Mr vers ses médecins conventionnés. Il me rappelle. Il m’explique qu’il a enfin sa carte mais qu’il n’a toujours pas pu voir de médecin. lire la suite

Cherchez l’erreur!?

Il a mon âge ou presque.
Il a bourlingué, depuis son Algérie natale, quittée en 2003, entre le Maroc, l’Espagne la France et puis la Belgique.
Il a mal au poignet: une chute, il y a un mois. Il n’a pas soigné à ce moment-là, et le travail sur les marchés matinaux, maintenant, empêchent un rétablissement véritable. Mais il n’est pas vraiment inquiet ou préoccupé, juste ennuyé: ça l’empêche de travailler comme il devrait, comme il voudrait, son corps-machine ne répond pas à ses exigences. Alors on rafistole un peu, on navigue entre le cri du corps et les nécessités du moment… Pas vraiment de la bonne médecine.Avant de partir, une question, l’air de rien: « Vous pouvez me faire une attestation pour les papiers, pour prouver que je suis venu aujourd’hui? Vous savez, en rapport avec la nouvelle loi… ». lire la suite