54 personnes mises à la rue aujourd’hui. Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires. »

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : http://www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

54 personnes mises à la rue aujourd’hui

Pourtant, Maggie De Block réduit le nombre de places d’accueil

Communiqué de presse 23 janvier 2012

Aujourd’hui, des personnes ayant droit à l’accueil ont à nouveau été mises à la rue, dans le froid. Comme si cela ne suffisait pas, la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, Maggie De Block, a l’intention de fermer 400 places d’accueil par mois, et 1900 places au total. « Les demandeurs d’asile, les familles sans-papiers avec enfants et les mineurs étrangers non accompagnés ont légalement droit à l’accueil. Les mettre à la rue, chaque jour, est non seulement illégal, mais par ce froid, extrêmement dangereux. Il faut donc, au contraire, ouvrir davantage de places d’accueil », dit Anne Dussart, porte-parole de SOS Accueil, le consortium de 8 ONG mis en place en urgence pour faire face à la crise de l’accueil.

Une femme enceinte afghane, une maman guinéenne avec ses trois enfants, un mineur afghan sans ses parents, un homme seul ayant fui l’Irak… Comme eux, plus de 1000 personnes ayant pourtant droit à l’accueil ont été mises à la rue cet hiver. Dans la rue, ils encourent des risques de pneumonie, de gale ou d’autres graves problèmes de santé. Ils n’ont pas de quoi manger, pas d’endroit où dormir, aucune intimité. SOS Accueil tente de les aider. En organisant, durant la journée, un accompagnement socio-juridique. Et en accueillant les plus vulnérables d’entre eux pour la nuit.

« Ce n’est pourtant pas notre responsabilité, mais bien celle du gouvernement. On ne peut pas fermer les yeux devant les hommes, les femmes et les enfants qui se retrouvent à la rue, dans le froid », dit Anne Dussart. « Nous sommes choqués par la fermeture des places d’accueil. Maggie De Block veut fermer 400 places d’accueil par mois et 1900 places au total. SOS Accueil demande que la Secrétaire d’État ne procède pas à ces fermetures et qu’elle prenne conscience de la gravité de la crise de l’accueil. Il faut des places d’accueil supplémentaires ».

Qu’est-ce que SOS Accueil ?

SOS accueil est un projet d’urgence monté en consortium par huit ONG belges. Quatre d’entre elles ont plutôt pour mandat d’intervenir dans les pays sinistrés ou en développement (11.11.11, Médecins du Monde, Oxfam et UNICEF Belgique). Elles s’associent à Caritas international, au CIRÉ, à Convivial et à Vluchtelingenwerk Vlaanderen pour faire face à la crise de l’accueil, ici en Belgique. Une crise de l’accueil qui sévit depuis trois ans. Et qui a déjà envoyé à la rue plus de 15 500 personnes. Il s’agit de demandeurs d’asile, de familles avec enfants en séjour irrégulier et de mineurs étrangers non accompagnés. Ces personnes ont pourtant droit à l’accueil et à un accompagnement.

SOS Accueil organise, durant la journée, un accompagnement social, juridique et médical près de la gare du Nord. Et un hébergement de nuit, pour les personnes les plus vulnérables.

En sortant de leur mandat – ce n’est pas à elles, mais à l’État que revient la responsabilité de l’accueil -, les ONG lancent un SOS au nouveau gouvernement pour qu’il agisse d’urgence et qu’il ouvre des hébergements supplémentaires. Afin de mettre un terme à la crise humanitaire de cet hiver.

Plus d’infos : www.sosaccueil.be

Contact presse :

Florence Carion : 0477 25 90 34 – fcarion@cire.be

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La santé demeure scandaleusement un luxe !

Paris, place du Palais Royal, à deux pas du Louvre, le jeudi 7 avril 2011, des limousines-ambulances transportent brancards et médecins. Des médicaments, des stéthoscopes et des vaccins sont présentés sous vitrines blindées, des sociétés d’assurance vendent des cartes SIS Gold ou Platinium. A l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé (et à Paris parce que la France préside le G20 qui se penche actuellement sur les mécanismes de protection sociale), Médecins du Monde met en scène tous les codes du luxe et de l’exclusivité, certes de façon provocante mais surtout réaliste, afin de rappeler que la santé demeure scandaleusement un luxe.

Des écarts qui se creusent

Pourtant, une analyse globale laisserait entendre que des progrès gigantesques ont été réalisés en médecine ces vingt dernières années, en Belgique comme dans le monde. Ces progrès sont indiscutables mais les plus pauvres n’en bénéficient pas. Pour eux, le bilan est amer, parce que les inégalités de santé, elles, se sont aggravées : l’amélioration ne bénéficie pas aux plus démunis. Si la mortalité infantile a diminué d’un tiers en 20 ans, un enfant africain sur 8 meurt avant l’âge de 5 ans pour un enfant européen sur 167. Chaque jour, près de 1.000 femmes décèdent suite à des complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Sur ces 1.000 femmes, 570 vivent en Afrique sub-saharienne, 300 en Asie du Sud et 5 seulement au sein de pays riches. Sur un territoire comme le Mali, où Médecins du Monde Belgique déploie sa mission la plus importante, on recense moins d’un médecin pour 10.000 habitants alors qu’ici, on en compte 30 fois plus. Les dépenses de santé entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches varient de 1 à 1.000. Ce que nous voulons dire à travers ces chiffres est simple et dramatique : « ceux qui ont le plus besoin de soin en sont les plus exclus ».

Ce constat, nous le faisons partout dans le monde. Partout veut dire chez nous aussi. En Belgique, les familles qui logent à 7 dans un deux pièces, les personnes qui dorment à la rue, les enfants qui vivent à côté de ce qu’il nous reste d’industrie, les femmes enceintes qui parlent berbère ou lingala, les travailleurs du sexe, les personnes souffrant d’une dépendance…bénéficient largement moins des services de santé que la moyenne. Le docteur Luc Berghmans de l’ULB rappelait, il y a un an, quelques chiffres édifiants : « 20% des adultes diplômés de l’enseignement primaire déclarent souffrir d’au moins deux maladies chroniques, ils ne sont que 5% si diplômés de l’enseignement supérieur. Idem pour la dépression, elle touche 17% des personnes moins favorisées et 6% des plus favorisées en Wallonie. On retrouve les mêmes tendances pour le surpoids, le tabagisme, l’inactivité physique, etc. L’inéquité sociale de santé coûte au Hainaut environ 1 800 morts chaque année ». Lutter contre cette inéquité sociale réclame non des dispositifs généraux élargissant qualitativement ou quantitativement la couverture santé, mais des mesures spécifiques, visant ces populations précaires en particulier.

Protéger les plus faibles

Or, la Belgique, et singulièrement les Communautés et les Régions, pourtant compétentes, ne disposent pas de véritables stratégies de lutte contre les inégalités de santé. L’Etat a pourtant pour vocation première de protéger les plus faibles.

Pourquoi remettre en avant aujourd’hui cette revendication quasiment éculée ? Pour trois raisons très contemporaines. D’abord parce que l’Etat théoriquement protecteur devient insensiblement lui-même prédateur. Parce que les crispations politiques du moment tendent dangereusement à faire porter le chapeau de nos impasses aux plus vulnérables. Sans-abri, migrants, demandeurs d’asile, sans-papiers, Rroms, personnes se prostituant,… tous ceux que Médecins du Monde soigne depuis plus de 10 ans, sont parfois considérés non plus comme des personnes en grande précarité, mais comme des menaces. Après avoir constaté que le lent arrive moins loin, on en vient à penser que c’est sa faute si le groupe n’arrive nulle part. Expulsions répétées (du travail, du logement, des institutions d’aide), démantèlement des lieux de vie, retour à la rue après les plans Hiver pour personnes sans abri, contrôles policiers… Toutes ces stratégies visant à « remettre de l’ordre dans le désordre » des groupes précaires génèrent un mal-être à l’opposé de la santé. Si la pauvreté est en soi un facteur d’inégalité de santé, la “stigmatisation des pauvres” a, elle aussi, des répercussions sur leurs conditions de vie et, ipso facto, sur leur santé. A force de chasser les pauvres, l’Etat et l’économie les soumettent à un régime qui nuit à leur santé. Plutôt qu’un Etat qui soigne, on aurait un Etat qui nuit.

Incompétence ou diabolisme

La 2ème raison de cet appel prolonge la 1ère : la Belgique est caractérisée par un droit à la santé quasiment universel. Avec des mécanismes de protection sociale tels le statut Omnio, l’Aide médicale urgente, la carté santé… quasiment personne ne devrait avoir de difficulté d’accès aux soins. Or, la Belgique est clairement pointée du doigt pour la différence entre le droit théorique et l’exercice de ce droit. En cause : la complexité administrative. Serait-ce à dire que l’Etat est incapable de rendre effectif des droits pourtant prévus par des lois ? Si on analyse cette inefficacité à la lumière du déferlement de questions parlementaires contre les dispositifs d’accès aux soins des indigents et de la multiplication des instructions administratives proposant une réinterprétation restrictive de la loi, on peut sérieusement se poser la question de savoir cette inefficacité n’est pas choisie. On peut légitimement se demander si l’objectif n’est pas de rationaliser l’accès à la santé des pauvres qui seraient tenus pour responsables de leur précarité. Quoi qu’il en soit, la résultante est vraie : les personnes précaires retardent voire renoncent aux soins de santé. Pire, dans certains cas, ils n’y ont même plus accès.

Enfin, en laissant s’installer la saturation de la médecine générale, en ne répondant pas à la pénurie de services de santé mentale, de maisons médicales et de plannings familiaux, en déclarant réalité le soi-disant « trou de la sécu », bref, en ne remettant pas suffisamment à flot les dispositifs d’accès sensés protéger les plus faibles, ces derniers en deviennent exclus, chassés par des publics dits plus faciles et dont le nombre est largement suffisant pour faire tourner le système. Les services qui étaient destinés aux groupes vulnérables sont de plus en plus captés par le tout venant. Les 15% de population au seuil de la pauvreté y ont de moins en moins accès.

Médecins du Monde doit donc tirer la sonnette d’alarme : la pression exercée sur les plus précaires détériore leur santé d’année en année. S’il est une urgence humanitaire aujourd’hui, c’est de réapprendre à nous indigner de la pauvreté plutôt que la stigmatiser.

Cette année, saluons-le, le G20 constate sous présidence française que « les pays en développement font face à des inégalités croissantes et à des risques sociaux graves [et que] seuls 20 % de la population mondiale bénéficient d’une couverture sociale globale ». Au même moment et en parallèle, nous voulons rappeler que, dans nos pays développés, une proportion comparable de la population n’a pas ou plus accès à la santé. A l’heure où le Fédéral est en rade, les Communautés et les Régions ont les compétences utiles pour prendre des mesures spécifiques.

Pierre Verbeeren
Directeur général de Médecins du Monde

Rendez-vous à Anvers.

Je suis déjà venu à Anvers précédemment. Trois fois. Toujours au Zoo, et il y a longtemps. Autant dire que je ne connais pas la ville, ni ses habitants. En route donc pour l’inconnu. J’ai toutefois un point de contact, le COZO*, situé au 56 de la Van Maerlantstraat.

Arrivé sur le trottoir avant l’ouverture du centre, je fais connaissance avec nombre de patients.
Il y a quelques Belges, mais aussi des Tibétains, des Gambiens, des Anglais, des Sud-Américains, et d’autres encore. Cette population hétéroclite me rassure. J’ai des difficultés à communiquer, mais eux aussi. Mélangeant « un peu de tout » (anglais, flamand et français), on sympathise très vite, et à l’arrivée de la responsable, nous avons déjà réalisé quelques photos, à même la rue.

La salle d’attente est vaste mais devra refuser du monde. Nombreux sont ceux qui devront revenir demain, ou même lundi.

J’y côtoie Mamadou, un Sénégalais, heureux de rencontrer un francophone (Mamadou parle aussi le wolof, l’anglais, et est inscrit à un taalgroep. Son néerlandais, meilleur que le mien, est encore hésitant).

La conversation s’engage sur la Casamance, sa région d’origine qu’il a quittée l’an dernier, sur le climat sénégalais, l’ancien empire Mandingue, les nomades Peuls, les Bambaras qui ont contribués à la construction de voie ferrée vers le Mali, etc., etc., …

Je vais finalement lui demander pourquoi il a quitté son pays. C’est une question que je ne pose jamais, j’ai l’impression que cela revient à leur reprocher d’être venu « chez nous », ou d’être perçu comme tel.

Mais hier, sur internet, j’étais en contact avec un ami que je n’ai plus vu depuis 2007. Je lui conseillais de s’éloigner un peu de chez lui, le temps que cela s’arrange. Je ne parlais pas d’émigrer, juste de prendre des vacances, un peu plus loin.
Shiniki n’a pas voulu, il restera à Tokyo. Il ne veut pas abandonner ses amis, ses proches. Il verra plus tard, si la situation devient vraiment grave.

J’ai rencontré Shiniki au Mozambique, il venait de traverser la moitié du monde avec son sac à dos, et devait encore remonter les deux Amériques avant de rentrer au Japon. Il n’a donc pas peur de voyager vers l’inconnu. Mais après deux ans, il revenait au pays. Qu’il ne quittera que si cela devient vraiment grave.

C’est en repensant à tout cela que j’interrogeais Mamadou. Quelles motivations, quelles situations pouvaient être graves au point qu’un homme quitte définitivement son village et sa famille, abandonne ses proches et ses racines, probablement à tout jamais ?

Gérald, photographe pour MdM

* COZO : Centrum voor Onthaal, Zorg en Oriëntatie

Le vendredi, c’est jour de marché au Caso?

© Crédit:Gérald Talpaert

Comme promis, je suis revenu. En fin de semaine, cette fois.
La salle d’attente est remplie, le couloir engorgé et le distributeur de thé assiégé !
Il y a un drink aujourd’hui ? Pas de réponse, le bénévole à l’accueil m’a l’air un peu stressé.
Je vais télécharger les photos de la semaine dernière chez Sophie et redescend pour un nouveau shooting.

Quel brouhaha ! Ca discute dans tous les coins, par groupe de 2 ou 3. Principalement des Africains, sub-sahariens, essentiellement Camerounais. Ajoutez trois Algériennes, deux Marocains, un Sierra-léonais, un …sky (Russe ?), une amatrice de salsa (brésilienne ?), et moi (qui ne dit rien).

D’ailleurs, cela ne servirait à rien de parler, personnes ne m’entendrait. L’excitation finit par retomber, un semblant de calme par revenir, et j’en profite pour me présenter et m’inviter dans un groupe de Camerounais.

Je ne connais pas leur pays, mais ils se font un plaisir de m’en parler. L’un est originaire du littoral, un autre est de « la forêt ». Deux régions stables, agréables. Pas comme le nord, avec les coupeurs de route (des bandes de brigands qui dépouillent les voyageurs en direction du lac Tchad, avant de se réfugier au Niger, ou au Tchad).

Après une heure de palabres, les premières demandes de photographies arrivent. D’abord par une série de questions sur le matériel, le pourquoi des photos, leur destination, …

Première demande : une photo à titre privé, pour une couverture de cd.
- Ok, mais tu devrais changer de place, parce qu’avec les dessins d’enfants sur le mur en arrière-plan, ce n’est pas génial.
- Je voudrais ma photo devant un mur noir.
- !!! (il ne confondrait pas Caso* et studio?)

Après avoir visité les autres pièces du bâtiment, le choix se restreint au jaune pâle du couloir, au bleu ciel de l’entrée, à l’orange carnavalesque d’un mur du premier et un local interdit pour cause d’insalubrité (oups, désolé Sophie, ça m’a échappé).

Je propose d’utiliser une porte dont la couleur brun-orangé est uniforme, et dégagée de toute affiche.

Finalement, ils seront quatre à défiler devant la porte, à prendre la pose, sous le regard amusé de l’assemblée. Ensuite, ce sera le tour des médecins (dans leur bureau, pas devant la porte), car, finalement, c’est aussi pour eux qu’on est là.
En plus, ce sont les seuls qui bossent, pendant qu’on s’amuse dans la salle d’attente.

Je ne voudrais pas avoir l’air de faire de la pub pour du bénévolat chez MDM, mais vous ratez quelque chose !

Ange revient de consultation.
- Pas mal ta casquette, tu l’as achetée à Marseille ? (une casquette militaire, avec « Marseille » brodé sur le côté).
- Oui, en allant en Corse, l’an dernier.
- C’est beau la Corse, mais c’est cher.
- Oui, j’ai bien aimé. J’y suis resté trois mois.
- Beaucoup d’Italiens là-bas ?
- Oui, des Italiens, des Allemands, il y a beaucoup d’étrangers en Corse.
(Rien qu’avec « Marseille » sur ta casquette, Ange, tu es déjà un étranger pour tout Corse qui se respecte).

Entre-temps, il est passé seize heures. Chacun note son adresse mail dans mon carnet, afin de recevoir ses photos la semaine prochaine. Avant cela, nous les passons en revue, et ils décident lesquelles garder ou effacer. Un quart d’entre-elles seront supprimées de suite, plus de la moitié pourront uniquement leur être envoyée avant d’être effacée également. Une dizaine seulement sera mise à disposition de MDM.
Dommage, mais c’était le deal de départ. Chacun décidait des prises de vue, et de leur usage.

Gérald, photographe pour MDM.

* centre d’accueil, de soins et d’orientation

49, rue des Champs

20h00, je me gare rue des Champs. Je suis pratiquement en face du centre d’accueil.
Ce dernier est ouvert de nuit seulement. De 20h30 à 8h00, comme indiqué sur la façade. Un horaire, un numéro de GSM, inscrit au feutre noir, comme seul lien, comme seul espoir en attendant la nuit.

Une vingtaine de personnes attendent près de la porte. Elles forment une file silencieuse, disciplinée, presque irréelle dans le noir et le froid.

D’ici quelques minutes d’autres encore attendront sur le trottoir, dans la rue. Dans la rue, ils y sont déjà. Toute la journée dans la rue, une éternité. En fait, le quotidien, juste le quotidien. Depuis combien de temps, combien d’années pour certains ?

- Vous êtes de Médecins du Monde ? Je me retourne. Près de l’entrée, un des gardiens m’apostrophe.
- J’ai rendez-vous avec Paula, de chez Médecins du Monde.
- Vous pouvez entrer, elle vous attend. Au troisième étage.
- Merci.

Je passe devant tout le monde, un peu gêné. Me voilà au chaud. Pas seulement à l’intérieur. Au chaud. Deux mots qui prennent un sens démesuré ce soir.

Après de courtes présentations, nous préparons la séance de prises de vue. Nous prendrons des photos lors de consultation, et dans les couloirs.

Dès la salle d’attente, un constat s’impose. Sortis de la rue, à l’intérieur, les sans-abri ne semblent plus les mêmes. Les différences se marquent moins avec les passants pressés. Plus rien ne les distinguent des autres gens. Plusieurs d’entre eux travaillent, mais à temps partiel. Impossible de payer un loyer avec si peu de revenu. Et rares sont les propriétaires qui acceptent de louer sans une fiche de paie conséquente. Alors, eux aussi, ils se retrouvent ici l’hiver.

A peine entrés, ils installent leur lit, retrouvent leurs voisins de chambre, échangent quelques mots.
Direction le réfectoire ensuite, ou la salle de bain. Je traîne avec eux dans les étages. Nous discutons un peu. On finit par rigoler. L’ambiance est bonne.

Cela peut paraître surprenant mais il en était de même à La Bourse, ou à la Gare du Nord.
Comment font-ils pour garder le moral ?

Pas question cependant de comparer le centre d’accueil du Samu Social avec la Gare du Nord. L’aménagement ici est rigoureux, ordonné. L’encadrement se fait dès l’accueil, et à tous les étages. Contrôle de l’identité (réservation obligatoire avant 18h00), distribution de draps, tenue d’un réfectoire et permanence médicale jusque 22h30.

22h approche et 8 personnes attendent leur tour. D’autres arrivent encore pour une consultation. Malgré deux médecins et un infirmier, ce soir encore, il faudra faire des choix.
Certains peuvent attendre. Ils reviendront demain. Un autre est redirigé vers un dentiste, ce sera pour demain aussi, en journée.

Entre-nous, un nouveau rendez-vous est fixé. Je reviendrai la semaine prochaine.
J’en parle à Kim, le coordinateur local.

Il est d’accord. A vendredi.

Gérald. Photographe pour MdM.

© Crédit: Gérald Talpaert

Bruxelles, quartier de la Bourse. Fin novembre 2010.

Les décorations de Noël font leur apparition. Les premiers vins chauds sont proposés à la vente. Je n’arrête pas de tourner en rond, de continuer à marcher. J’ai trouvé ce que je cherchais. Mais je n’ose pas m’arrêter. Pas facile d’aller à la rencontre de sans-abris. 

Un coup de vent fait rouler un gobelet en carton. Je m’accroupis et le remet à sa place, devant Kader, assis sur le trottoir. 

Il me remercie, me tend la main. Je leste le gobelet de trente cents, et m’assied à ses côtés, dos au mur. 

Le hasard a décidé pour moi. Je resterai 3 heures à parler avec Kader, à faire la manche aussi. 

Les gens passent, le regard figé devant eux. Au moins, ils ne me voient pas. Je n’ai pas envie qu’ils me voient. 

Je reviens le lendemain. Kader n’est plus là. Il pleut, il a dû s’abriter. 

Le jeudi, je rencontre Jan, il est polonais. Il y a tout un groupe de Polonais. 

Samedi, je suis assis avec eux. Nous discutons longuement. Le lundi aussi. 

Jan a travaillé pour MSF dans le passé. Il parle de sa dernière mission, pendant la guerre civile au Surinam. Christophe était photographe, avant, dans son pays. J’ai deux « bons » gratuits pour des pizzas. Nous mangeons à même le trottoir. Une bouteille de vodka circule. 

Il fait de plus en plus froid. La neige tient au sol. Certains se réfugient dans le métro pour dormir. Moi, je rentre chez moi. Tout simplement. 

Christophe avait disparu. Je le retrouve par hasard à la Gare du Nord. Ils sont nombreux. Trente, quarante peut-être, avec les demandeurs d’asiles. Ici, il y a des lits de camps, et 2 canons à chaleur. Je reviens plusieurs soirs par semaine. 

Je rencontre 2 Irakiens. Ils ont fuit leur pays. Ils ont 22 et 23 ans. 

Je sympathise aussi avec Karwan, Shao et Hardy. Karwan parle un peu anglais, Hardy seulement le farsi. Ils viennent d’Afghanistan. Le lendemain, ils logeront dans un centre d’accueil. 

Le lendemain, c’est mon anniversaire. J’ai préparé du vin chaud. L’après-midi, je suis de nouveau à la Bourse. Jan dors, à même le sol. Pas question de le déranger. Il rate le vin chaud. 

Cela m’attriste un peu. Cela fait plusieurs fois qu’il dort quand je passe. Cela m’inquiète aussi. 

A la Gare du Nord, la valse des réfugiés s’est ralentie. Le calme est revenu. 

Il est temps pour moi de partir également. J’ai trop sympathisé, je suis devenu trop proche. 

J’annonce mon départ à Christophe et à Darius. 

Une poignée de main, un sourire, quelques mots. A plus tard. 

J’étais venu pour une après-midi, je suis resté 25 jours. 

Lundi, j’ai rendez-vous chez Médecins du Monde. 

Je vais leur proposer mes services de photographe.

Gérald

Crédits : Gérald Talpaert

Sortie de ma tour d’ivoire…

En tant que coordinateur de projets, ce n’est pas tout de passer ses journées derrière son ordinateur ou dans des réunions, il faut parfois sortir de sa tour d’ivoire pour à nouveau percevoir ce que fait Médecins du Monde sur le terrain. Participer dans l’accueil des patients dans un projet, c’est déjà pas mal. Mais en tant qu’infirmier, mettre la main à la pâte lors du plan hiver me procure une satisfaction bien plus grande.

Avec le temps, je trouve que c’est de plus en plus facile de parler à des publics variés: grands ou petits, médecins, intellectuels ou adolescents rebelles, cela n’a pas d’importance. Répondre à la critique d’un journaliste? Pas de problème. Réfléchir à la stratégie d’un projet avec une équipe ou un coordinateur ? La discussion est ouverte. Mais face au sans-abri assis face à moi, j’ai parfois du mal à trouver mes mots… J’ai le sentiment que l’écoute ne suffit pas.

Bart a à peine 18 ans. Il a une toux persistante et un peu de fièvre. Il me raconte qu’il vient de vivre quelques jours en rue. « Mis à la porte par sa mère lors d’une querelle d’ivrognes », admet-il. Dans son récit un peu confus, je comprends qu’il a un léger retard mental et qu’il a arrêté de prendre ses médicaments antipsychotiques. Il ne connaît pas de personne de confiance ou de famille chez qui il pourrait se rendre, « mais il est sûr qu’il s’en sortira tout seul ». Bien qu’il n’ait pas encore eu de contact avec le CPAS, il espère qu’on pourra vite l’aider à trouver un logement adapté. Je lui donne du sirop contre la toux et des comprimés pour atténuer sa fièvre. Je lui explique aussi comment voir un médecin si son état ne s’améliore pas dans les jours à venir. Lors du briefing du soir il s’avère que, Matthieu, travailleur social au Samu Social, a également détecté que Bart est une personne vulnérable ayant besoin d’un accompagnement particulier. Ensemble, nous planifions son suivi.

Basam parle mal l’anglais. Il sort immédiatement une pile de papiers avec tout au-dessus son ‘annexe 26′. Ce document atteste qu’il a introduit, à peine deux jours plus tôt, une demande d’asile auprès de l’Office des Etrangers. Il a 34 ans, comme moi. Kurde d’Irak. Comme beaucoup, il n’a pas obtenu de désignation de place d’accueil, Fedasil n’a pas de place pour lui. Il a mal au genou depuis des années et me demande si une opération est possible. Je lui explique qu’il doit tout d’abord retourner régulièrement au Dispatching de Fedasil, la première étape étant de trouver une place d’accueil. Là-dessus, il m’explique qu’il a mal partout, surtout au niveau des épaules, du cou et de la tête. Il ne parvient pas à dormir depuis une semaine et pense qu’il sera trop nerveux pour passer sa première nuit ici. Je pense à notre psychologue du CASO, qui souligne souvent les symptômes subtils du stress post-traumatique, mais le contexte de la consultation n’est pas idéal pour approfondir cette piste avec Basam. Je lui donne un somnifère inoffensif à base d’extraits de plantes et insiste pour qu’il se rende au CASO où il pourra avoir une discussion dans un contexte plus calme et à l’aide d’un interprète. Basam est d’accord, mais je me demande s’il va vraiment faire la démarche…

Les centaines de patients rencontrés lors du plan d’hiver ont chacun leur histoire, qu’ils racontent par fragments. Et à chaque fois les réponses aux questions qui les préoccupent sont loin d’être claires. Après chaque consultation, mon respect augmente pour tous ces bénévoles qui réussissent à surmonter leur sentiment d’impuissance et à mener à bien les consultations avec les gens de la rue. Ce qui me frappe le plus, c’est la complexité des problèmes et les conditions de vie des personnes qui atterrissent au Samu Social. Et les problèmes complexes ne peuvent se réduire à des solutions simples, même si un journaliste ou le grand public le demandent. Oui, cela me semble être une bonne conclusion pour retourner à ma tour d’ivoire au deuxième étage de la rue d’Artois à Bruxelles…

Frank Vanbiervliet

Coordinateur des projets belges

La campagne « POST-IT » nominée aux Best of Activation Awards 2010 !

toison-dor-3.jpg© Joe Voets

L’ancée en 2009, la campagne nationale « POST-IT » de Médecins du Monde – réalisée par EURO RSCG Bruxelles – est aujourd’hui nominée aux Best of Activation Awards 2010 !

“Nous soignons ceux que le monde oublie peu à peu”. Voilà le slogan choisi par Médecins du Monde pour attirer l’œil médiatique sur les populations qui tombent peu à peu dans l’oubli. Par la faute d’une extrême pauvreté, de conflits ou de catastrophes naturelles.

La campagne « POST IT » inclut une campagne d’affichage, une campagne télévisée, une campagne magazine et une campagne bannering dans toute la Belgique.

L’affiche
Une photo d’une note Post-it® sur laquelle est dessiné un sans-abri. Le texte sur la photo annonçait la mission de Médecins du Monde : “Nous soignons ceux que le monde oublie peu à peu”.

Des notes Post-it® géantes (1m80 sur 1m80) ont été placées à une dizaine d’endroits de la ville de Bruxelles. Cette note Post-it® géante était collée à un endroit susceptible d’abriter – ou d’avoir abrité un jour – un sans-abri.

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La nature des nominations (gold, silver,…) ne sera dévoilée que lors de la cérémonie de remise des prix, qui aura lieu le mercredi 5 mai !

Retrouvez la liste des campagnes nominées

La campagne POST IT a été réalisée gracieusement par Euro RSCG Bruxelles.

Une tente pour soigner et écouter

191109_camp-refugies-medecins-du-monde_0096-light.jpg©Viviane Joakim

Je n’ai plus fréquenté le quartier depuis très longtemps. Je débarque ce 19 novembre dans une gare du Nord neuve avec des halls très spacieux qui doivent servir de gîte nocturne à quelques malheureux sans logements, du moins à en juger par les grandes plaques de cartons disséminées dans les recoins. La descente des marches de la gare s’ouvre sur un quartier des affaires, vide à cette heure, mais tout illuminé. Les lumières montent dans les gratte-ciels que je ne savais pas si nombreux ni si hauts pour notre ville. En suivant le plan qui m’a été adressé la veille, à la limite du boulevard Albert II, je débouche sur un campement de tentes blanches entouré de barrières colorées somme toute peu agressives. lire la suite

Derrière leur statut, il y a des visages…

© Viviane Joakim

©Viviane Joakim

Femmes et hommes concrètement engagés dans la lutte contre l’Exclusion, nous sommes confrontés tous les jours aux graves séquelles de l’inconséquence du Politique et de son Administration.

La Belgique a ratifié les Conventions Internationales du Droit Humanitaire mais ses Organismes se rejettent la responsabilité quant à l’application des dispositions prévues. Prétextant, entre autres, l’absence d’injonction politique, l’Administration crée une situation digne de Kafka. lire la suite