Donner la vie en Haïti…
posté le 27 avril 2011 |
catégorie Haïti, URGENCE HAÏTI
Haïti, 12 janvier 2010. Le pays tremble. Un violent séisme ravage le pays. Sarah Neusy, jeune gynécologue, part sur le terrain pour coordonner pendant plusieurs mois la remise sur pied de la maternité de Petit Goâve. Un an plus tard, de retour en Belgique, elle partage son expérience.
Sarah, quel était ton rôle en Haïti, en tant que gynécologue ?
J’étais là pour superviser l’équipe des infirmières et des gynécologues nationaux, aider à l’organisation du service, à l’amélioration des soins donnés. A aucun moment, je n’ai remplacé les Haïtiens qui sont des professionnels compétents. Evidemment, ils n’ont pas toujours le bon matériel opératoire ou la technique la plus appropriée. Mais ils font avec ce qu’ils ont. Ce sont eux les premiers acteurs. Mon objectif avec Médecins du Monde, c’était d’augmenter la qualité des soins pour les mamans et les bébés et d’assurer un service optimal 24h/24 et 7j/7, en renforçant les capacités de l’équipe nationale en place.
En Haïti, comment se passe la naissance d’un enfant ?
Au moins 80% des femmes accouchent à la maison dans des conditions très difficiles. La mortalité maternelle en Haïti est la plus élevée des Amériques. C’est un très gros problème de santé publique. L’accouchement à la maison se passe en général avec une accoucheuse traditionnelle (appelée « matrone »). Cela peut être une femme ou un homme, ce sont des personnes qui ne sont pas du tout formées médicalement. On devient matrone de père en fils, de mère en fille. Ce sont des gens importants dans la communauté.
Comment se passe la prise en charge des mamans et des bébés ?
Au niveau prénatal, il y a trois consultations prévues, comme chez nous. Mais ici, quand ça se fait une fois, on est déjà content. On pousse les futures mères à venir plus fréquemment et surtout à venir tôt dans la grossesse pour avoir une idée plus précise du terme et pour permettre un meilleur suivi. Concrètement, les femmes enceintes sont pesées, on les mesure, on prend leur tension artérielle, on écoute le cœur du bébé, on fait une prise de sang de base, etc.
Il n’y a pas d’échographie ?
Médecins du Monde a apporté un échographe, car il n’y en avait pas. J’ai ensuite formé les 3 gynécologues et les infirmières de la maternité à réaliser des échographies basiques : pouvoir dire si le bébé est en sommet, en siège, s’il y en a 1 ou 2, quel est le sexe, identifier les grosses malformations, etc. Les gynécologues ont eu une formation plus poussée permettant aussi le dépistage de pathologies gynécologiques (grossesse extra utérine, etc.).
Comment réagissent les patientes à l’échographie ?
Les haïtiennes n’ont jamais accès à l’échographie gratuitement, c’est toujours un service payant sauf quand il est proposé par une ONG ; c’est peu de dire qu’elles sont très demandeuses de faire l’examen. Comme toutes les mères, elles veulent savoir si leur bébé va bien et quel est son sexe. Une particularité qui les différencie de la majorité des mamans belges : elles n’ont pas besoin de voir l’image de leur bébé sur l’écran de l’échographe pour y croire. Les papas n’accompagnent en général pas ; c’est une histoire de femmes !
Et après la naissance, comment se passe la prise en charge de la maman et du bébé ?
Après la naissance, la maman reste 3 ou 4 jours à la maternité suite à un accouchement normal et 8 jours après une césarienne. Pour le bébé, aucun suivi postnatal immédiat n’était prévu avant l’arrivée de Médecins du Monde. On a donc mis l’accent sur cette prise en charge en formant le staff infirmier. On a aussi engagé une infirmière haïtienne qui a été formée au suivi des bébés, ainsi qu’à l’allaitement maternel. L’examen du nouveau-né est très simple mais permet de dépister de nombreux petits problèmes qui pris à temps peuvent être arrangés (température, déshydratation, non prise de poids…). Même si c’est basique, c’est un travail constant, une habitude à prendre.
Plus d’infos : www.medecinsdumonde.be
Photo: Sarah Neusy forme une infirmière à l’utilisation de l’échographe. © Benjamin Struelens




