MISSION MALI – Témoignage d’un coordinateur sur le terrain

Jos Convié est coordinateur RH bénévole pour Médecins du Monde au Mali. Dans un contexte politique et sécuritaire instable, il nous livre son expérience et raconte comment les équipes sur le terrain s’organisent malgré les évènements et apportent de l’aide aux populations envers et contre tout.

Ambiance des grands jours…

Après plusieurs jours d’une intense activité où les bureaux de MdM ressemblaient à une ruche, c’est le grand départ vers le Nord (pas le départ vers le grand Nord cependant).

Depuis des jours en effet, boostés par les deux médecins chef de projets médico-nutritionnnistes venus pour un temps de Kidal et de Gao, on s’affairait à définir les projets, peaufiner les plannings, commander le matériel, les médicaments et les kits nutrition et aussi à trouver les ressources humaines nécessaires. Car, s’il fallait d’une part reconstituer les équipes qui avaient lourdement souffert des événements des mois passés, il fallait aussi renforcer et augmenter nos moyens en prévision des mois à venir et des nouveaux développements de la situation. Bref, on se préparait vraiment à entrer dans une phase d’aide d’urgence.

Malgré le soin mis à tout organiser, prévoir, commander, le rush final est indescriptible.

Départ plusieurs fois remis. Ou bien on n’était tout à fait prêt, ou bien tel jour n’était pas opportun, pour raisons de sécurité ou pour d’autres motifs. Finalement la date est fixée, le camion commandé et les voitures 4×4 louées. Le départ pour Kidal et Gao se fait le 12 juin.

Toutes les personnes qui doivent partir sont là dès sept heures du matin, superbes dans leurs costumes des grands jours. Impatientes, fébriles et pourtant si calmes et patientes en même temps, convaincues qu’une demi-heure suffit pour embarquer et partir, et constatant au fil des heures que ce n’est pas si simple de tout organiser quand on part pour une telle aventure.

En outre, il pleut depuis tôt le matin : des trombes d’eau qui tombent sans arrêt, obligent tout le monde à se réfugier, avec les bagages, dans le petit couloir qui sert de salle d’attente au centre.

Une agitation croissante : on court dans tous les sens faire un dernier contrat, mettre au point un détail, téléphoner pour presser telle personne pas encore arrivée, et assurer le reste de l’activité qui ne passe pas au second plan pour autant.

Jusqu’à la dernière minute il faut gérer la liste finale des partants (qui change 4 fois en l’espace de la matinée) payer les avances ou les retards, attendre les retardataires, se hâter, cravacher. Quelle matinée !

Plusieurs fois se pose la question : qu’est-ce qu’on attend pour démarrer ? Et le Dr. Emmanuel, avec un sourire qui en dit long, de répéter : on attend que l’administration ait fini les papiers, ou, un peu plus tard, que la logistique ait fini les derniers détails.

Pendant ce temps les mêmes préparatifs se déroulent pour le matériel et le camion. Surprise de dernière minute : les vaccins sont bien là mais pas les seringues pour les administrer. Nouvelles démarches, nouveaux énervements, nouvelles attentes. Mais de toute façon le camion ne peut pas quitter Bamako avant 23 heures à cause des règles de circulation établies dans la ville.

Juste avant le départ encore quelques séances de photos, des au revoirs déchirants, joyeux et pleins d’émotion. Pendant ces quelques jours de préparatifs, de solides amitiés se créent entre les acteurs de terrain et ceux qui sont en appui au siège de Bamako. La solidarité des uns, directe, dans le feu de l’action, se nourrit aussi de celle des arrières qui les soutiennent de toutes leurs forces.

De dernière liste en dernier paquet, il est déjà midi. On ne va quand même pas partir sans manger ! Repas vite expédié à la gargote du coin et voilà que tout est fin prêt.

Les trois voitures avec chacune cinq personnes à bord, chauffeur compris, chargées de bagages jusqu’au plafond, partent enfin vers 13h, à la queue leu leu, en s’éloignant dans la rue encore mouillée et boueuse. Bon voyage les amis, «on reste ensemble» comme nous l’a répété si souvent Zac, le toubib de Kidal.

Il leur faudra trois jours pour arriver sur place et enfin pouvoir se déployer et retrouver les dizaines de malades, les centaines d’enfants souffrant de malnutrition plus ou moins sévère, les milliers de personnes qui attendent cette aide et ce petit bout d’espoir. Inch Allah.

Jos Convié

Une mission d’un an qui répond aux besoins des enfants vulnérables

Angelina Jane Lê, coordinatrice du projet des enfants vulnérables de Médecins du Monde au Mali, est de retour en Belgique après une mission d’un an. Elle répond à nos questions sur l’action de Médecins du Monde à Bamako visant à renforcer les capacités d’associations maliennes qui accueillent les enfants des rues. L’objectif : répondre de manière efficace et adéquate aux besoins de ces enfants vulnérables, sur le plan médical, psychologique et social.

Au niveau de l’appui médical, quelles sont les priorités de Médecins du Monde ?

Médecins du Monde met l’accent sur la responsabilité médicale des infirmiers qui travaillent dans les structures d’accueil des enfants des rues. Nous veillons à ce qu’ils identifient correctement les cas à référer et prennent la décision à temps. Nous voulons également être proche des structures sanitaires publiques afin qu’elles facilitent la prise en charge de ces enfants.

Comment se passe la prise en charge psychologique des enfants vulnérables ?

Avant l’intervention de Médecins du Monde, les associations partenaires maliennes n’assuraient pas la prise en charge psychologique des enfants et ne dissociaient pas du tout un problème médical d’un problème de santé mentale. Chez un enfant, l’agressivité ou encore le repli sur soi était uniquement mis sur le compte de la mauvaise volonté, voire la mauvaise humeur de l’enfant. Sans chercher à comprendre.

La formation du personnel éducatif et le coaching par Médecins du Monde permettent aux éducateurs de mieux comprendre par quels stades de développement l’enfant passe, quels sont ses besoins ou encore ce qu’il y a lieu de faire pour répondre à son état de souffrance psychologique.

Pourriez-vous nous donner un exemple de méthode utilisée pour répondre à la souffrance psychologique des enfants ?

Une méthode très efficace est le Kotéba thérapeutique. A l’origine dans les villages au Mali, c’est un moyen pour les participants d’exprimer leur frustration ou leur détresse à travers des ateliers d’expression théâtrale et artistique. Cela permettait à chacun d’exprimer ce qu’il avait sur le cœur. C’est devenu une méthode thérapeutique reconnue sur le plan international.

Médecins du Monde a intégré cet outil dans la prise en charge psychologique chez les associations partenaires. Il permet d’identifier les enfants en souffrance au travers de ce qu’ils expriment, de leur langage du corps. Cela permet aussi aux enfants de s’exprimer. Il y avait des enfants qui étaient complètement repliés sur eux-mêmes, certains avec des handicaps physiques et au bout de quelques séances, ils ont pu s’exprimer et sont devenus très actifs. Ça a vraiment changé leur comportement.

Médecins du Monde agit également au niveau social. Pourquoi est-ce important ?

Médecins du Monde travaille avec des centres d’hébergement transitoires. Qui dit transitoire dit une phase momentanée dans la vie de l’enfant. Le social est la cause et la solution du problème. Les enfants sont en effet en rupture familiale, que ce soient ceux qui se retrouvent en situation de rue, les enfants talibés (c’est-à-dire qu’il est confié par ses parents à un maître coranique) ou encore les enfants en conflit avec la loi. A travers les cas que Médecins du Monde gère, nous nous rendons compte que souvent la cause du problème de l’enfant, la cause de sa rupture familiale vient vraiment de sa famille. Notre objectif est donc de restaurer ce lien avec la famille, à travers la médiation. Car la place de l’enfant se situe au sein de sa famille, de sa communauté.