Communiqué de presse

Le 06/02/2013

Nord Mali : Médecins du Monde ouvre un poste de santé à Tinzawatène auprès des populations déplacées de Kidal

A 300 km au Nord-Est de Kidal et à quelques pas de la frontière algérienne, le village de Tinzawatène fait face depuis plusieurs jours à un afflux constant de familles déplacées. Les équipes de Médecins du Monde ont ouvert un poste de santé afin d’apporter une assistance médicale et nutritionnelle aux centaines de familles qui arrivent sur le site dans un état de dénuement avancé.

 
« En moins d’une semaine, le nombre de familles a triplé. On est passé de 400 à 1.200 familles, soit 6.000 personnes, et le flux ne tarit pas », explique Olivier Vandecasteele, responsable des programmes au Mali. « Les ménages sont principalement composés de femmes, d’enfants et de personnes âgée. A 2 jours de route de Kidal, ils arrivent dans un état de stress important ».

 
Nos équipes témoignent des conditions de vie particulièrement précaires des nouveaux arrivants : « Sous un soleil de plomb, ils se serrent par dizaines sous les châssis des camions à la recherche de l’ombre, alors que d’autres se retrouvent tout simplement sans aucune forme d’abris ».

 
Dans ce contexte, Médecins du Monde assure depuis plus d’une semaine la prise en charge médicale et nutritionnelle des populations déplacées. Les consultations s’organisent à un rythme soutenu, pour totaliser plus de 300 consultations préventives et curatives à ce jour.

 
« Les mouvements de populations, la promiscuité et la situation sanitaire précaire des populations augmentent très fortement le risque d’épidémie», prévient Olivier Vandecasteele. L’inquiétude est d’autant plus réelle que des cas de rougeole sont signalés dans les camps de réfugiés de l’autre côté de la frontière, en Algérie. « Des équipes médicales de renfort sont arrivées sur place et plusieurs tonnes de matériel sont en route vers Kidal, malgré les défis logistiques importants ».

 

Pour plus d’informations :
Olivier Vandecasteele, Responsable Mission Mali : +32 490 11 49 91
Olivier.vandecasteele@medecinsdumonde.be

Marie-Anne Robberecht, Presse FR : +32 493 25 49 09
Marie-anne.robberecht@medecinsdumonde.be

Médecins du Monde (MdM) est une ONG médicale active depuis plus de 10 ans au Mali. Depuis le début de la crise, nos équipes ont travaillé sans discontinuité afin de garantir un accès aux soins de santé et une prise en charge nutritionnelle auprès de plus de 200.000 habitants dans les régions de Gao et de Kidal. Médecins du Monde est une organisation indépendante qui travaille selon les principes humanitaires de neutralité et d’impartialité.

« Il n’existe pas d’accès aux soins de santé pour tous ! »

Un médecin bénévole témoigne.

Ce 15 novembre, le Samu social a lancé la sixième édition de son Plan hiver. Son partenaire, Médecins du Monde, prend en charge l’ensemble du volet médical. Durant toute l’année, au Centre d’Action Sociale et d’Orientation (CASO) et lors de la période hivernale,  dans les centres d’urgence, le Dr. B. G. et les autres bénévoles de Médecins du Monde Belgique (MdM-B)  feront en sorte que les soins de santé de base restent accessibles à tous, même aux plus démunis.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager chez Médecins du Monde ?

Pendant la plus grande partie de ma vie j’ai travaillé comme médecin généraliste dans mon cabinet médical, à Beauraing. A 72 ans, j’ai décidé de prendre ma pension, mais j’avais encore envie de mettre mes connaissances médicales au profit des gens qui en avaient besoin.  Quand j’ai lu un appel à bénévoles dans une publication spécialisée,  j’ai sauté sur l’occasion. Désormais, je donne des consultations médicales deux fois par mois au CASO à Bruxelles. Dans le cadre du Plan hiver, j’assure également des consultations dans les centres d’accueil pour sans-abri. Si l’hébergement est pris en charge par le Samu Social, les consultations sont quant à elles entièrement organisées par MdM-B.

Les patients que vous rencontrez durant votre bénévolat sont-ils très différents des patients que vous connaissiez auparavant ?

Dans mon cabinet médical à la campagne, beaucoup de mes patients avaient vieillis avec moi. J’ai donc été frappé par la jeunesse de la population que j’ai rencontrée durant les consultations MdM. La moyenne d’âge des patients est aux alentours de 30 ans.  De temps à autre, un patient amène sa grand-mère, mais la  plupart des patients sont des personnes jeunes.

Les patients qui venaient dans mon cabinet médical payaient leur consultation médicale. Il s’agissait d’un échange de services.  Aujourd’hui, dans le cadre des consultations  MdM, les patients sont reçus gratuitement : je retrouve donc chez eux une reconnaissance particulière. Chez MdM, l’écoute est très importante lors de la consultation. Les patients ont souvent besoin de parler de leurs histoires, ce qui n’est pas toujours facile, surtout quand il y a beaucoup de monde.

Quand j’ai décidé de m’engager en tant que bénévole auprès de Médecins du Monde, certaines de mes connaissances étaient un peu inquiètes : « Qu’est-ce que tu vas faire là ? Ces personnes sont sales et ne sentent pas bon», disaient-ils. Mais dès que j’ai commencé, j’ai constaté que ces remarques étaient infondées : les patients font l’effort de se laver avant chaque consultation et essaient, par respect pour eux-même et pour les soignants , d’avoir  la meilleure présentation possible.

Vous avez donné des consultations médicales dans le cadre du plan hiver 2011-2012, qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué?

Pendant les périodes hivernales, dans les centres d’accueil mis en place pour l’hiver nous avons eu un grand afflux de patients. Certains soirs, nous recevions 20 à 30 personnes. J’étais étonné de voir des familles avec des petits enfants à la rue.  Je me rappelle en particulier d’une famille kosovare avec 4 enfants. Le plus jeune avait 10 mois et l’aînée ne devait pas avoir plus de 6 ans. Ils avaient tous la varicelle.  Le centre d’accueil est uniquement un centre de nuit, ce qui implique que le matin vers  8h30 tout le monde doit sortir pour revenir en fin de journée.  Il était impensable que ces enfants se retrouvent en rue alors qu’ils étaient  très malades.  Nous, les bénévoles de MdM, avions fortement insisté auprès des responsables  du centre pour que les enfants puissent rester deux ou trois jours dans le centre, pendant la journée, ce qui fut le cas.

Quelles sont les maladies que vous rencontrez le plus ?

Les patients souffrent souvent de malnutrition et de maladies liées au refroidissement tel que des infections des voies respiratoires et  infections pulmonaires. Je suis également fréquemment confronté à des maladies de la peau et des hépatites.

Les patients doivent gérer des  séparations  au sein de leurs familles ainsi que d’autres conflits dans leur entourage.  Psychologiquement, ça peut être très difficile et beaucoup d’entre eux luttent contre la dépression. Je me rappelle d’une jeune dame marocaine de 21 ans qui était venue en Belgique suite à une offre d’emploi proposée par sa famille en Belgique. Mais quand elle est arrivée ici, elle a découvert qu’en réalité on l’avait fait venir pour la marier. Elle a refusé et s’est retrouvée à la rue. Des ruptures aussi brutales avec le milieu familial sont difficiles à encaisser.

Vos patients retournent-ils souvent vers un système classique de couverture sociale ?

Je l’observe surtout parmi les patients que je rencontre au CASO. Ces consultations sont plus stables et les patients encadrés, afin de faciliter leur réinsertion dans le système de santé habituel. Vu que les consultations organisées dans le cadre du Plan hiver s’apparentent à une action d’urgence, ce genre d’encadrement parallèle aux consultations médicales est difficile à fournir. Par conséquent, moins de patients se réinsèrent dans un système classique de couverture sociale.

On a besoin de vous !

Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas d’accès aux soins de santé pour tous en Belgique. Chers confrères, informez-vous sur le travail médical que nous effectuons chez Médecins du Monde. Devenez vous-même bénévole, ou faites un don sur le compte des Médecins du Monde :

IBAN : BE26 0000 0000 2929

BIC : BPOTBEB1

Un jour dans la vie de… Erwin Temmerman, Coordinateur en Syrie.

 

© SACHA PETRYSZYN© SACHA PETRYSZYN

Cher journal.

Je sais. Je t’ai complètement négligé. Me poser un instant et t’écrire mes impressions : ça n’arrive plus jamais. Mais comment serait-ce possible, avec cet enfer qui se déroule ici quotidiennement ? Il y a à peine un an, début octobre 2011, je débarquais ici tout seul. Avec 20 ans d’expérience dans l’humanitaire, je pressentais ce qui allait arriver. En effet : ce qui débuta, goutte à goutte, avec environ 3 réfugiés par jour traversant la frontière jordanienne, se transforma dès mars, en une cascade de 500 personnes par jour. Finalement, celle-ci devint un tsunami de milliers de réfugiés Syriens débarquant tous les jours. La mission de médecins du monde crû avec le flux de réfugiés et ce qui débuta comme une mission portée par une seule personne, s’est entre temps transformée en une équipe de plus de 50 personnes.

Depuis peu, quelque chose d’étrange se passe. Pour la première fois depuis des mois, le nombre d’arrivants diminue à vue d’œil. « Les militaires commencent à connaître les routes », me dit un réfugié. « Des syriens désespérés qui tentent de sauver leur vie et celle de leurs enfants en fuyant par des routes clandestines se font de plus en plus descendre par des militaires syriens. Ils sont comme des rats pris au piège », conclut-il.

Le plus frustrant est que nous n’arrivons pas à pénétrer en Syrie. L’aide humanitaire y est interdite ainsi que plus généralement les « fouineurs internationaux ». Malgré cela je sais, via des médecins syriens, ce qui se passe derrière les écrans : les hôpitaux sont bombardés et utilisés comme site de torture. Les médecins sont torturés pour avoir simplement soigné des personnes. Un individu ayant des médicaments sur lui risque d’être arrêté et même tué. Une personne pourrait se décourager pour moins que ça, mais ce n’est pas notre cas. Au contraire. En construisant un réseau avec des médecins syriens qui se sont enfuis ici, nous faisons passer des médicaments et du matériel médical en Syrie via des routes clandestines. Un jeu dangereux, je le sais, mais qui est en accord avec nos valeurs. Médecins de Monde soigne depuis plus de 30 ans ceux qui n’ont pas accès aux soins de santé. C’est ce que nous faisons, où que ce soit, et même si cela implique l’usage de voies clandestines. Ici surplace nous travaillons comme des acharnés à soigner les malades dans les camps de réfugiés situés à la frontière mais également dans la clinique de Ramtha et dans deux centres de santé. En juillet et août, nous avons effectué 4268 consultations. En effet, nous travaillons sans relâche. Nous traitons à peu près tout : des maladies de la peau, des troubles aux voies respiratoires, des infections à l’estomac… Nous voyons beaucoup d’enfants dans nos espaces de consultations. J’espère que la guerre se terminera rapidement.

Ce qui est moins visible sont les blessures psychologiques qui ont été infligées. Les histoires que j’entends ici : parfois nous n’arrivons même pas à les écouter. Mais nous ne jetons pas l’éponge. Nous avons entre-temps mis en place un réseau avec un psychiatre, 5 psychologues et 20 assistantes sociales. D’une part il faut guérir les blessures, mais d’autre part, la guérison des esprits est toute aussi importante.

Soit. Dans une heure je suis attendu à une réunion concernant la manière dont nous allons financer nos projets durant les prochains mois.

Dès que j’ai le temps, je t’écrirai quelque chose, promis. Mais maintenant je dois te laisser.
Salutations, Erwin, Jordanie.

Discours de nouvel an 2012 de Pierre Verbeeren, directeur de MdM Belgique.

Chères amies, chers amis,

Cette année qui débute est l’occasion de vous remercier très sincèrement pour le travail réalisé en 2011, mais aussi de faire un premier bilan de l’année écoulée et préparer au mieux les mois à venir.

Le discours que je vais tenir est un discours essentiellement inspiré des vœux formulés par Olivier Bernard, Président de MDM-France. Mon objectif n’est pas de copier mais de parler d’une seule voix, de ne parler que de MDM et non des petits clochers belge, français, espagnol… Cela nous donne du souffle, de la fraternité, de la cohérence et, pourquoi pas, la fierté de n’être pas isolés.

Voici donc, d’une certaine manière, une lecture non pas belge mais MDM de l’année 2011 et des enjeux pour 2012.

L’année 2011 est une année incroyable : Gbagbo, Ben Ali, Moubarak, Ben Laden, Kim Jong Il, Kadhafi… tombent, et j’oublie Jacques Chirac. Bachar Al Assad, Sanné et d’autres vacillent, sans parler de Poutine. Quatre femmes prennent des couleurs : Aung San Suu Shi , Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, Leymah Gbowee miliante pour la sécurité des femmes au Libéria et la journaliste Yéménite Tawakkol Karman. Mais tout n’est pas rose.

2011 restera très certainement marquée par quatre phénomènes majeurs
1. Une dégradation certes attendue et redoutée, mais sans doute pas à ce niveau de l’économie mondiale en général et européenne en particulier. Cette crise touche de plein fouet une part grandissante de la population et affecte en premier lieu les personnes que nous recevons sur nos programmes ici en Belgique et là-bas, à l’étranger. En Grèce les équipes de Médecins du Monde ont su se mobiliser pour répondre aux besoins de santé fondamentaux, mais aussi témoigner fortement de l’impact des politiques d’austérité sur l’accès aux soins et l’état de santé des patients. Dans le monde, la baisse des financements publics et privés remet sévèrement en cause 10 années de politique d’accès aux antirétroviraux sous l’égide du Fonds mondial. En République Démocratique du Congo, la diminution, voire l’arrêt de certains financements se traduit déjà par des interruptions de traitement pour certains patients atteints du Sida. Médecins du Monde reste présent sur le Sida dans l’Est de la RDC via MDM-France. Pour poursuivre son programme de soin et témoigner de l’impact des arrêts de financement sur la santé des personnes vivant avec le VIH.

2. La poursuite de la lente érosion des droits des bénéficiaires de la solidarité. Depuis plusieurs années déjà, nos services sociaux, publics et associatifs, resserrent l’étau de la suspicion en amont de l’aide, et du contrôle en aval de l’aide, sur les publics qui en ont besoin : chasse aux chômeurs, contractualisation du revenu d’intégration, conditionnalité de l’aide médicale urgente… Au-delà de l’érosion et depuis 2010, nous voyons des droits qui disparaissent à cause de pratiques douteuses d’acteurs publics. Je pense au droit à l’Aide médicale urgente pour les familles en séjour illégal à Bruxelles, ou pour les personnes qui n’ont pas demandé de régularisation à Anvers. Les migrants sont les premiers visés, les Roms sont au mieux ignorés, au pire chassés. Médecins du Monde a largement contribué, l’an dernier, à dénoncer cette érosion et les pratiques douteuses, parfois au prix de représailles inqualifiables. Nous restons auprès d’eux, auprès des Roms de la Place Gaucheret à Bruxelles, auprès des demandeurs d’asile non-désignés avec la mobilisation d’un consortium inédit, réuni par MDM et composé d’ONG urgentistes et d’acteurs de l’accueil des migrants en Belgique.

3. Une aggravation de la situation sécuritaire dans de nombreux pays où nous intervenons. L’année 2011 avait débuté par les décès d’Antoine de Léocour et Vincent Delory survenus au cours des opérations militaires menées en réponse à leur enlèvement en plein cœur de Niamey au Niger. Cette même année se termine par l’assassinat de deux collègues de MSF à Mogadiscio. Aussi regrettable et condamnable qu’elle soit, cette évolution n’est pas sans conséquence sur la mise en œuvre de nos actions, sur le choix de nos zones d’interventions, de nos partenaires techniques et de nos bailleurs. Oui, nous devons nous adapter à cette évolution majeure de nos contextes d’intervention. Les choix que nous avons faits en 2011 au Sahel (limitation de certains déplacements, politique de ressources humaines adaptée avec désoccidentalisation des postes de cadre au Mali, cibles privilégiés des enlèvements) sont à l’image de cette nécessaire adaptation. En Somalie la perte de contrôle effective sur nos activités en lien avec l’impossibilité de se rendre dans le pays et nos légitimes inquiétudes sur la contribution de l’aide humanitaire à l’économie de guerre ont amené nos collègues français à prendre la difficile décision d’arrêter leur programme à Merka, un peu au sud de Mogadiscio. MDM a choisi d’agir dans des zones qui garantissent des conditions d’accès, de mise en œuvre et de suivi des programmes en accord avec nos pratiques. Je pense à l’ouverture d’un programme d’amélioration des soins de santé materno-infantile pour les déplacés et les populations urbaines les plus vulnérables dans le Puntland à Bossasso. Je pense également à l’ouverture d’une mission de référencement pour les populations locales et les réfugiés somaliens vers un hôpital digne de ce nom à Filtu, en Ethiopie à la frontière avec la Somalie (programme que nous montons avec nos amis de MDM-Espagne grâce aux financements belges et du 12 12)…

4. Mais l’année 2011 c’est aussi une mobilisation sans précédent de par le monde avec des demandes de plus de liberté et de justice sociale. Les révolutions arabes, les prémisses d’un changement en Birmanie, le mouvement des indignés en Espagne ou ailleurs sont là pour nous rappeler la légitime aspiration des peuples à participer aux décisions qui les concernent. En valorisant les approches communautaires et le partenariat MDM se démarque très clairement de nombreuses autres organisations de solidarité internationale Le partenariat ici et là-bas avec des représentants des patients, avec des ONG locales est l’une des pistes pour tendre vers un humanitaire plus équilibré. Nous nous devons d’être attentifs à ces mouvements citoyens. Nous devons renforcer aussi notre ancrage ici dans une société civile et militante. Cela constituera sans aucun doute une réelle spécificité à faire valoir et valoriser.

En 2012 des priorités à conforter, des combats à mener, des défis à relever.

« Là-bas » : sur les programmes internationaux de MDM

1. Crises et conflits : renforcer notre présence et nous adapter

L’histoire de Médecins du Monde est indissociable d’une présence sur les terrains de crises, les conflits et les catastrophes naturelles. L’année 2010 aura été marquée par le tremblement de terre en Haïti et les inondations au Pakistan. Durant l’année écoulée nous avons su nous mobiliser et répondre à des besoins urgents sur des crises dans la Corne de l’Afrique, au Yémen et en Côte d’Ivoire. Les équipes de MDM ont su se mobiliser lors du terrible tsunami qui a affecté les côtes du Japon, le programme de soutien psycho-social auprès des personnes affectées se poursuivra cette année. En Tunisie, à la frontière libyenne, notre travail conjoint avec des partenaires Africains pour accueillir des réfugiés fuyant la guerre en Libye a permis de valoriser une approche partenariale dans des contextes d’urgence. Pour MdM-Belgique plus spécifiquement, l’année 2011 a été marquée par un effort de nature urgentiste sans précédent : choléra en Haïti, nutrition au Mali, rougeole en RDC, transition démocratique en Tunisie et exode en Ethiopie. Nous avons été sur plusieurs grands fronts avec succès au niveau de la qualité et renforcement au niveau du savoir-faire et de notre crédibilité.

Pour autant, si ces acquis sont réels, la confusion entre humanitaire et militaire est plus que jamais d’actualité. La réforme humanitaire souhaitée par les Nations unies se poursuit. Cette volonté n’est pas nouvelle mais, après avoir pris corps aux Nations unies, elle inspire désormais l’Union européenne avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne qui voit la mise en place d’une politique étrangère commune, avec sa composante humanitaire intégrée. Le principe de neutralité inscrit dans « le consensus humanitaire européen » n’y résistera certainement pas. Car d’une certaine manière, l’UE officialise la subordination des acteurs humanitaires au pouvoir des États. Face à ces évolutions, nous devons nous adapter, l’indépendance financière de l’association est un élément clef pour résister à cette subordination. En 2012, nous consacrerons du temps à débattre collectivement de ces questions, car c’est un enjeu majeur pour l’avenir de l’association.

2. La Réduction des risques qui fait partie de l’identité MdM

L’Afghanistan, la Birmanie, la Géorgie, la Tanzanie et demain le Kenya. Autant de pays, autant de projets où les équipes de Médecins du Monde ont su ces dernières années développer et transférer un savoir-faire dans le champ de la réduction des risques pour les usagers de drogue notamment. En luttant efficacement contre les épidémies de VIH et d’hépatites B et C chez ces personnes, nous contribuons à l’amélioration de l’état de santé individuel et collectif. Mais au-delà, nous participons et contribuons à un plaidoyer à l’échelle locale et internationale, visant à témoigner de cette réalité et faire évoluer des politiques publiques qui privilégient bien souvent des approches répressives vis-à-vis de ces personnes, au détriment d’une attention portée à la santé publique.

3. Santé sexuelle et reproductive : un plaidoyer qui se structure

L’ouverture d’un programme à l’attention des femmes enceintes en Haïti, les réelles avancées en termes de plaidoyer en Uruguay, la poursuite des projets au Sahel, en RDC, au Liberia, au Guatemala, Mexique, ou au Népal sont autant de signes tangibles de l’implication forte et durable de l’association sur cette thématique. Au-delà des nécessaires actions de soins et de renforcement des systèmes de santé, Médecins du Monde affirme sa volonté de travailler en faveur de l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive et s’inscrit ainsi dans la lignée des textes internationaux et régionaux définissant le droit des êtres humains ; en particulier celui des femmes d’accéder à des services de qualité permettant une santé sexuelle et reproductive satisfaisante. Deux axes de plaidoyer transversaux sont prioritaires en 2012 :
• la levée des barrières financières à l’accès à des services de santé de qualité.
• le renforcement de l’accès à l’avortement sûr et légal.

4. Migration : témoigner de l’impact sur la santé des politiques migratoires

Les projets que nous menons aux portes de l’Europe : au Mali, en Algérie ou en Turquie, nous permettent d’être au plus proche des personnes migrantes bien souvent en situation de grande vulnérabilité. Au-delà des actions de soins médicaux et psychologiques que nous apportons, cette présence est aussi l’occasion de pouvoir témoigner de l’inhumanité d’un certain nombre de politiques Européennes qui stigmatisent et marginalisent tous les jours un peu plus ces personnes. En 2012, nous poursuivrons les échanges de pratiques entre ces programmes. Le projet européen que nous construisons avec l’ensemble des délégations de MdM est une étape importante dans la définition d’une stratégie de plaidoyer sur cette thématique.

« Ici » en Belgique et en Europe

Depuis plusieurs années nous le savons, nous sommes confrontés à un double enjeu :
- Dénoncer l’effritement progressif d’un système de santé qui n’est plus en capacité de protéger les plus fragiles et en réponse revendiquer un système de santé solidaire.
- Dénoncer l’utilisation de la médecine à des fins de contrôle migratoire et de manière générale réaffirmer le primat des politiques de santé publique sur des politiques répressives.

Le renforcement des projets belges, renforcement immense par la mobilisation de tous les salariés et l’appui croissant des bénévoles, et l’engagement citoyen de chacun, le renforcement des projets belges donc, qui continuera en 2012 encore, doit nous permettre de renforcer ces deux fronts d’un système de santé solidaire et du primat des politiques de santé publique sur les politiques répressives.

C’est ainsi l’occasion pour moi de vous redire tout l’attachement et l’engagement qui est le mien et celui du conseil d’administration à soutenir les différents projets menés par MDM dans 10 pays Européens. C’est un enjeu en termes de réponses à des besoins majeurs en Grèce, au Portugal en Espagne ou ailleurs, c’est un enjeu aussi en termes d’interpellation publique et politique. Je vous invite toutes et tous, ce 5 avril 2012, à une prise de parole commune des 10 délégations européennes à Bruxelles. Ensemble, avec les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Allemands, Hollandais, Anglais, Suisses et Suédois, sans oublier La France… nous dénoncerons dans une action coup de poing actuellement en préparation une situation préoccupante dans de nombreux pays européens.

Tenir nos engagements et faire grandir l’association

Hier, le Conseil d’Administration a approuvé le projet de budget prévisionnel de MDM et son plan d’action pour 2012. Tout cela va être discuté mercredi en 8 en Assemblée générale (le 1er février). La construction d’un budget dans une période de grave crise économique et d’incertitude à court et moyens termes sur les ressources disponibles pour mener nos actions a pu se réaliser grâce à la mobilisation de toutes et tous, de manière participative et en respectant les engagements pris depuis les Universités d’été de 2010 et renouvelés lors des Universités d’été de 2011. Il s’agit de doter MDM des moyens de participer au débat public sur la santé en Belgique et à l’International. L’arrivée d’Edith comme Directrice médicale, de Kathia et de Catherine pour renforcer ce pool médical, le renforcement du département RH, des staffs des projets belges, l’encadrement de plus en plus joyeux des bénévoles et leur participation à la gestion même des projets comme c’est le cas pour la mission spécialiste, le plan hiver, SOS accueil… constituent des gages d’une vie associative capable de dire ce qu’elle vit, de penser ce qu’elle fait et de réclamer ce qu’elle veut.
Ces vœux sont une nouvelle fois pour moi l’occasion de réaffirmer :
• Que Médecins du Monde est une association médicale qui avec plus de 200 bénévoles en Belgique et bientôt 100 membres continue à croire que au-delà des actions de soin et de témoignage, il y a une place pour un engagement militant dans notre propre société. Je voudrais ici aussi dire que l’association vit avec ses bénévoles. Nous avons eu à traverser le départ d’Anne Vandenplas. C’est aussi cela, la vie associative.
• Que l’implication citoyenne et associative est l’une des garanties majeures de l’indépendance de nos actions, de la qualité de leur mise en œuvre et de la portée de notre témoignage. Et Je voudrais ici remercier deux personnes qui, pourtant absentes pour des raisons personnelles, ont été, avec Anne et d’autres, les chevilles ouvrières de cette soirée : Carla Di Nicola et Françoise Huyberechts. Merci beaucoup à elles.

Au-delà de l’action, cette implication s’exprime au travers de l’adhésion pour certains. C’est une démarche volontaire et un engagement à soutenir et porter le projet de l’association.
Notre capacité à faire adhérer de nouvelles personnes au projet et à la militance de MDM et à accompagner certains vers des fonctions de cadres associatifs est certainement un défi collectif à relever.

L’année à venir doit être l’occasion d’encourager l’adhésion à MDM de toutes celles et tous ceux qui tant en Belgique qu’à l’International sont impliqués sur nos projets.
D’ores et déjà, rendez-vous est pris pour le 1er février et le 5 mai, dates de nos prochaines Assemblées générales, mais aussi pour le 5 avril, grande mobilisation MDM au niveau européen à Bruxelles, et du 13 au 15 septembre pour nos universités d’été.
Bonne année à toutes et tous et encore merci pour votre engagement et votre militance.

Pierre Verbeeren, Directeur général de MdM-Belgique

Le Plan Hiver, sous la neige.

Cela fait plusieurs semaines que la neige, la pluie et les basses températures rendent notre quotidien difficile. Un dimanche soir presque comme les autres, je mets une heure et demi à arriver à La Chasse, là ou se trouve le Plan Hiver de Médecins du Monde. Rien n’a pu m’empêcher d’arriver, ni la neige, ni le froid, ni le découragement devant tous ces transports en commun roulant au ralenti. Au fond de moi, quelque chose me poussait à arriver. Les personnes que j’allais aider ce soir-là vivent la plupart du temps dans la rue. Tout le temps. Le jour et la nuit. Avoir une place dans le centre d’hébergement d’urgence du Samu Social représente un léger soulagement, un sursis, pour tenir tout au long de ce rude hiver. Ils se douchent, mangent, dorment et reçoivent des soins. Je voulais voir comment cela se passait, remettre mes propres pendules à l’heure, relativiser.

Les consultations paramédicales filent à toute vitesse. Ce soir-là, grâce à Marie et Isabelle, nos deux infirmières bénévoles, nous soignerons 18 personnes. C’est beaucoup mais jamais assez. Les problèmes rencontrés sont divers, mais ce qui me choque le plus, c’est l’origine de ces problèmes. Des plaies ouvertes, des problèmes aux pieds, des bronchites qui trainent depuis des semaines, des irritations, des douleurs musculaires… Je me rends compte qu’avec le froid et les conditions de vie dans la rue, ces problèmes médicaux sont réellement handicapants, et notre Plan Hiver représente leur seule possibilité de se soigner. Souvent, c’est la vie dans la rue qui est la cause principale de leurs souffrances. Il fait froid et humide, les personnes que nous soignons dorment dans des endroits insalubres, ne se nourrissent pas en suffisance. De plus, la rue est aussi source de toute sorte de dépendances, rendant ces personnes faibles lorsqu’il faut lutter contre la maladie.

A 23h, je sors du bâtiment avec un sentiment étrange. Nous avons aidé, ce soir. Ils nous ont dit merci. Nous avons répondu que c’était avec plaisir. Mais non, nous voudrions ne pas avoir à faire ça. Nous voudrions qu’ils puissent bénéficier d’une visite chez le docteur chaque fois que c’est nécessaire.  Nous voudrions que le Plan Hiver n’existe pas, que personne n’en ai besoin.

Des bénévoles de Médecins du Monde soignerons jusqu’en mars les personnes hébergées par le Samu Social. Chaque soir.

Manon

Bénévole MdM

Une soirée au Plan Hiver de Médecins du Monde.

Jeudi 16 décembre à 20h, je me suis rendu rue des Champs, près de la Chasse, pour donner un coup de main en tant qu’accueillant au Plan Hiver de Médecins du Monde, ou PH pour les intimes. Qu’est-ce que le PH ? Pour être bref, il s’agit d’une permanence mise en place par Médecins du Monde dans les locaux du Samu Social, au 3ème étage : des infirmières et des accueillants, tous bénévoles, sont là chaque soir de 20h30 à 22h30 pour offrir des consultations paramédicales aux sans-abri qui le désirent. Et ils sont nombreux, comme vous pouvez vous en douter. Surtout avec la rudesse de l’hiver, qui n’a peut-être pas encore commencé sur le calendrier mais qui dans les faits est bel et bien là.

Les locaux, qui peuvent accueillir pour la nuit plus de 300 sans-abri, sont en très bon état. Les portes ouvrent à 20h30, ceux qui le désirent peuvent aller se restaurer dans le réfectoire du 1er étage. Olivier, stagiaire aux ressources humaines, m’accompagne ce soir-là en tant qu’accueillant. La première demi-heure est plutôt calme, les gens ne se bousculent pas au portillon. La plupart sont en effet allé directement manger, et par la même occasion se réchauffer : il faut dire que les conditions climatiques sont plutôt dures depuis quelques temps à Bruxelles, les températures négatives se succèdent, et comme chaque hiver, certains n’ont pas survécu à cette première vague de froid. Nous l’avons tous entendu aux informations, cela ne semble plus choquer personne, c’est devenu presque banal. Il n’y a pas de fatalisme dans mes propos, juste un constat, terrible certes, mais réel.

Pour éviter cet écueil, des infirmières (ou infirmiers) se mobilisent chaque soir de l’hiver pour leur venir en aide. Ce soir-là, c’est Marie et Colette qui sont venues pour apporter leur expertise, leur gentillesse et leur bonne humeur. Car les consultations qui ont lieu permettent en premier lieu de tisser un lien social avec des personnes qui ont été rejetées et qui n’ont quasiment plus d’attaches véritables. Les infirmières présentes ce soir-là prodiguent des soins le cas échéant : pour l’un des patients, dont la blessure au pied est assez sérieuse, il faut soigner la plaie et refaire le bandage. Pour un autre, il faut désinfecter les blessures au visage, stigmates d’une rixe ayant eu lieu dans les jours précédents. Des soins, donc, mais aussi de l’écoute : certains sont là pour parler, vider leur sac, être écoutés. Des choses simples, qui peuvent nous paraître banales, mais qui ne le sont pas lorsqu’on vit dans la rue. Les infirmières jouent donc un rôle primordial ici, et il faut leur tirer un grand coup de chapeau.

A 21h30, les choses s’accélèrent : alors que c’était plutôt calme jusqu’alors, une visite impromptue vient perturber ce calme relatif : il s’agit de la ministre des Affaires Sociales et de la Santé Publique en personne, Laurette Onkelinx. Elle est accompagnée de plusieurs personnes, du Samu Social, de l’hôpital Saint-Pierre, etc… Il s’agit d’une visite de courtoisie, on nous demande comment cela se passe, et on nous demande également de lister toute une série de choses qui pourraient nous manquer : mobilier (tables, chaises ou armoires) et médicaments. C’est le CHU Saint Pierre qui se chargera de nous donner ce qui pourrait éventuellement nous manquer.

Il est 21h45 et déjà douze personnes sont sur la liste d’attente : c’est le moment le plus délicat. Il faut en effet dire aux gens qui arrivent qu’on ne pourra plus les accueillir ce soir, qu’il faut qu’ils reviennent demain, mais plus tôt, à 20h30 précises, car le couloir est quasiment vide entre 20h30 et 21h. Certains nous disent : « Bien sûr, je reviens demain soir, et ma maladie, elle revient demain aussi ? J’en fais quoi pendant la nuit ? J’en fais quoi pendant la journée de demain ? ». Il n’y a aucune agressivité, tout se passe bien, mais une certaine rancœur de ne pas pouvoir les accueillir ce soir-là. Sur la fin, juste après 22h30, deux ou trois personnes supplémentaires bénéficieront d’une consultation… ceux-ci ont persévéré, sont revenus plusieurs fois, ont insisté.

Au final, après le débriefing, après avoir rempli et classé toutes les fiches, nous rejoignons Laurent, du Samu Social, pour lui parler des deux ou trois cas les plus graves, qui nécessiteraient l’intervention d’un médecin spécialiste. Il va tout faire pour que cela se fasse, mais la plupart des structures qui peuvent accueillir et soigner les sans-abri sont débordées et ne peuvent gérer toutes les demandes. Il faut donc s’armer de patience, mais la question du temps pour un sans-abri est terriblement compliquée à gérer : le plus important, c’est l’instant présent, pas le lendemain. Malgré tout, le lendemain, de nouvelles infirmières, de nouveaux accueillants, seront là pour tenir la permanence de Médecins du Monde et aider ceux qui en ont besoin. Et pour avoir vu leur travail, croyez bien que ces bénévoles sont admirables. Merci à eux !

Pierre-Henri

Bénévole MdM.

L’accès aux soins des sans-papiers en Europe discuté au Parlement Européen : une première !

Ce mercredi 8 décembre se tenait au Parlement européen une audience publique concernant l’accès aux soins des personnes sans autorisation de séjour en Europe, et plus particulièrement des femmes enceintes et des enfants. Médecins du Monde, par le biais du réseau HUMA (Health for Undocumented Migrants and Asylum seekers), est à l’origine de cette rencontre entre de nombreux représentants de la société civile et de membres du Parlement. La question primordiale étant : comment garantir un accès effectif et équitable pour tous aux soins de santé, sans distinction de statut juridique ?

Il s’agissait d’une première, jamais cette thématique de l’accès aux soins des sans-papiers n’avait encore été abordée en séance publique au Parlement. De plus, les cinq grands groupes politiques européens étaient représentés : le PSE, le PPE, l’ADLE, les Verts et la GUE. Les intentions sont donc là, reste à savoir quels sont les objectifs concrètement réalisables, et quels sont les moyens mis en œuvre pour y parvenir.

Comme le souligne Olivier Bernard, Président de Médecins du Monde France, la dénonciation de sans-papiers pour soins existe dans certains pays en Europe : la situation de stress dans laquelle vivent ces sans-papiers n’en est que renforcée, tout comme leur peur de se rendre chez un médecin pour consulter. Au final, 80% des sans-papiers rencontrés par MdM lors de son enquête dans 16 pays ne bénéficient pas de l’accès aux soins. « L’accès aux soins n’est pas garanti, ni dans la loi, ni dans la réalité », martèle Olivier Bernard. Et c’est bien face à cette réalité que les représentants des ONG veulent confronter les membres du Parlement. Car cette situation précaire le devient encore plus lorsqu’une femme est enceinte et si elle ne bénéficie pas d’un suivi régulier de sa grossesse. Or c’est malheureusement souvent le cas pour la plupart des femmes sans-papiers en Europe.

« Il faut travailler sur l’homogénéisation des politiques de santé dans l’Union Européenne »,  souligne le Dr Philippe Juvin, député PPE. En effet, les situations sont extrêmement disparates entre les différents Etats de l’Union Européenne. Le graphique présenté par Olivier Bernard, regoupant les pays de l’UE en trois grands groupes en fonction du niveau d’accès aux soins accordé aux sans-papiers, témoigne clairement de ces disparités. 9 des pays étudiés ne respectent pas la Convention internationale des droits de l’enfant. Et ce travail, ces efforts, doivent se concentrer « au niveau européen, certes, mais aussi et surtout au niveau local, dans les communes », poursuit Nadia Hirsch, ALDE.

On peut donc ressentir à travers tous ces discours de bonnes intentions, mais quid la pratique ? Comme conclut Hélène Flautre, députée Verts : « Il existe une très grande contradiction entre les politiques, les objectifs de l’Union européenne, et la réalité des choses telle que présentée par l’Observatoire européen de l’accès aux soins de Médecins du Monde». Les intentions sont là, certains textes existent mais ne sont pas appliqués concrètement. Espérons que la concertation entre les experts de la société civile et les parlementaires s’intensifiera dans l’avenir, pour ne pas laisser vains les espoirs entraperçus. Il s’agit donc essentiellement d’une question de volonté politique.

Car le droit à la santé est un droit fondamental, dont le respect est garanti par l’article 35 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union européenne : il doit s’appliquer indépendamment du statut juridique de la personne. Avec ou sans papiers.

Un dimanche en chanson dans les rues de Bruxelles

Le dimanche 28 novembre, la Coalition Climat avait décidé de réunir le plus de monde possible à Bruxelles pour manifester de manière originale et festive en faveur du climat, avec une thématique simple : « Chanter pour le climat ».

Après l’échec de Copenhague et à la veille du nouveau sommet international de Cancun, plus de 3000 personnes se sont donc rassemblées près de la gare du Nord pour défiler joyeusement dans les rues de Bruxelles, malgré le froid, avec pour point d’orgue le Mont des Arts et une reprise à l’unisson de la chanson spécialement créée pour l’occasion, «Hey you », sur l’air de « Hey Jude » des Beatles.

Le rendez-vous était donc pris à 13h30 ce dimanche avec l’équipe du CNCD- 11.11.11 (Centre National de Coopération au Développement), et plus particulièrement Caroline de Vrièse. Je rejoins Dorothée, du CASO, ainsi qu’une de ses amies. Branle-bas de combat sur des airs de djembé, il faut s’activer : chaussures de ski, lunettes, casque et planche de snowboard, l’attirail complet du parfait rider. Le CNCD-11.11.11 avait en effet eu l’idée originale de faire plancher Kroll sur plusieurs caricatures concernant cette thématique du climat et plus particulièrement du réchauffement climatique : « Il parait qu’avec le réchauffement les gens du Nord ne pourront plus faire de ski… Les pauvres ! » est la caricature qui a fait le plus d’effet : l’idée était alors toute trouvée et une joyeuse bande d’une trentaine de personnes s’est donc déguisée en skieurs ou snowboarders pour défiler dans les rues et faire entendre sa voix jusqu’à Cancun. (Voir caricature en bas de l’article)

14h15, le départ est donné, avec en tête de cortège les enfants de la Fanfar’Kids. De très nombreuses organisations et associations ainsi que des syndicats se sont donnés rendez-vous, l’ambiance est vraiment bon enfant. Les premiers slogans du CNCD-11.11.11 ne tardent pas à se faire entendre, avec une ironie que je vous laisse apprécier… « De l’essence pour mon 4×4 ! »,  « Du ski en Mauritanie ! »,  « Plus de fric pour mon téléphérique ! » et j’en passe…

Le trajet nous fait passer par le boulevard E. Jacqmain, De Brouckère, la Bourse, puis la remontée vers le mont des Arts par la rue de Lombard. Le soleil est au rendez-vous tout au long du défilé, ce qui le rend très agréable. Beaucoup de passants amusés s’arrêtent et nous regardent en se demandant ce que vient faire une bande de skieurs au milieu de cette manifestation. De nombreux parents sont venus défiler en famille avec leurs enfants et les couleurs vives des drapeaux de toutes les organisations donnent à ce cortège une véritable impression de chaleur, de quiétude. On se sent vraiment bien, malgré l’encombrante planche de snowboard qui commence réellement à endolorir mon bras droit… Au détour d’une rue, un journaliste et un cameraman me happent, me demandant si je pense qu’avec le dérèglement climatique, on pourra bientôt skier dans Bruxelles… La question me surprend, j’explique un peu décontenancé le concept (la caricature de Kroll…), puis reprend la marche en avant. On arrive déjà au Mont des Arts : quelques discours plus tard, les paroles de la chanson pour le climat commencent à défiler sur l’écran géant, tout le monde reprend alors en chœur : « Cancun, don’t make it bad, Take these measures, to save the climate, Remember that there’s only one earth, Then you can start, to make it better… ».

Personnellement, j’ai trouvé l’idée très originale et au final très réussie : il s’agissait de se faire entendre d’une manière différente, originale, ici à Bruxelles mais aussi jusqu’à Cancun où tous les plus grands décideurs de la planète se réunissent à partir du lundi 29 novembre pour discuter de l’avenir de notre planète. En tant que bénévole chez Médecins du Monde, je pensais que notre présence était nécessaire : MdM fait partie du CNCD-11.11.11, d’une part ; d’autre part, si aucune décision forte, concrète, n’est prise dans les mois ou les années à venir, le réchauffement climatique va engendrer à court et moyen terme de plus en plus de catastrophes climatiques, de plus en plus de réfugiés climatiques, et va donc accroître la pauvreté, la précarité et l’isolement des populations que MdM soigne au jour le jour aux quatre coins de la planète. De telles initiatives ne peuvent donc qu’être encouragées. En attendant des actes, des vrais, de l’autre côté de l’Atlantique…

Pierre-Henri

Bénévole MdM.

(c) Pierre KROLL /CNCD-11.11.11

(c) CNCD-11.11.11

A partir de ce jour, Alex pourra être suivi!

Alex a 19 ans. Il a été orienté par une connaissance, ancien patient du CASO. Alex est arrivé de Roumanie il y a un an avec son papa et ses frères et sœurs. La famille a obtenu des papiers en Belgique car le papa a commencé à travailler comme indépendant. Le travail est rude et le salaire très limité.

Alex est diabétique. Depuis qu’il est en Belgique, il continue à se soigner via l’aide de la famille ou de l’entourage qui lui achète ses médicaments quand c’est possible. Il n’est pas suivi par un médecin. Il explique que certains mois, c’est très difficile de trouver de quoi payer les médicaments.

Après discussion, je réalise qu’Alex a une carte mutuelle. Il ne l’a jamais utilisée et ne connaît pas le fonctionnement. Il n’avait pas de mutuelle en Roumanie. Je téléphone à la mutuelle qui me confirme qu’il est en règle. Alex se demande s’il devra malgré tout payer une partie de ses médicaments. Je téléphone à une pharmacie qui me confirme que les médicaments qu’il prend sont entièrement remboursés. Je lui explique qu’il peut se rendre chez n’importe quel médecin qui lui prescrira les médicaments. Je lui explique aussi qu’il est important d’être bien suivi, surtout pour ce type de maladie. Alex me dit que son papa n’a pas de moyens pour le moment et qu’il ne pourra pas payer de consultation chez un médecin.

Je contacte une maison médicale du quartier qui fonctionne au forfait (gratuité pour les patients en ordre de mutuelle). Je leur explique la situation. La maison médicale propose un rendez-vous le jour même à Alex. La première consultation n’est pas gratuite mais la maison médicale accepte d’en diminuer le prix via le système tiers-payant.

A partir de ce jour, Alex pourra être suivi dans cette maison médicale, il ne paiera pas ses consultations et obtiendra ses médicaments gratuitement à la pharmacie.

Sophie B.
Assistante Sociale

Une journée pour célébrer les humanitaires

A l’occasion de la journée mondiale de l’aide humanitaire, Virginie Le Borgne, journaliste au Soir, a interviewé Angelina Jane Lê, coordinatrice du projet “Enfants des rues” pour Médecins du Monde à Bamako (Mali).

angelinale-080.jpgPouvez–vous vous présenter brièvement?
J’ai 33 ans et une formation d’anthropologue. Je travaille dans le secteur de la protection de l’enfance depuis cinq ans et ai déjà travaillé au Pakistan, au Darfour, au Soudan. Je suis actuellement à Bamako depuis janvier dernier en tant que coordinatrice du projet « Enfants des rues ». D’habitude, j’ai affaire à des situations d’urgence, ce qui n’est pas le cas ici, même si la situation est préoccupante.

En quoi consiste votre mission ?
Ma mission est un projet de renforcement des capacités présentes sur place, qui appuie quatre ONG maliennes. C’est un projet d’accompagnement psycho-médico-social des enfants. Je fais partie d’une équipe mobile de sept personnes dont des psychologues et médecins. Nous prenons en charge les enfants qui ont des séquelles physiques et psychologiques. Nous nous occupons beaucoup des enfants qui travaillent ou encore des enfants qui étudient le Coran, qui sont obligés de mendier dans la rue. Nous avons un volet de formation des équipes maliennes des ONG sur place afin qu’il y ait un suivi.

Comment décririez-vous le résultat de vos actions sur le terrain ?
Je vois bien les résultats de nos actions car en quelques mois, l’attitude de l’enfant évolue. Il devient moins agressif, moins replié sur lui-même. Il a plus confiance en lui. Nous faisons également un travail de médiation où nous tentons de faire renouer l’enfant avec sa famille, le but n’étant pas que l’enfant reste dans le centre d’hébergement.

Quels sont vos projets et vos rêves ? Et que pensez–vous de cette Journée mondiale de l’humanitaire ?
Il serait très souhaitable qu’il y ait un changement politique. Tant qu’il n’y en a pas, je resterai là. Il faut un droit à la survie pour les enfants, une meilleure prise en charge sanitaire. On fait beaucoup de lobbying pour sensibiliser la population. Je suis consciente que cela prendra des années.