Donner la vie en Haïti…

Haïti, 12 janvier 2010. Le pays tremble. Un violent séisme ravage le pays. Sarah Neusy, jeune gynécologue, part sur le terrain pour coordonner pendant plusieurs mois la remise sur pied de la maternité de Petit Goâve. Un an plus tard, de retour en Belgique, elle partage son expérience.

Sarah, quel était ton rôle en Haïti, en tant que gynécologue ?
J’étais là pour superviser l’équipe des infirmières et des gynécologues nationaux, aider à l’organisation du service, à l’amélioration des soins donnés. A aucun moment, je n’ai remplacé les Haïtiens qui sont des professionnels compétents. Evidemment, ils n’ont pas toujours le bon matériel opératoire ou la technique la plus appropriée. Mais ils font avec ce qu’ils ont. Ce sont eux les premiers acteurs. Mon objectif avec Médecins du Monde, c’était d’augmenter la qualité des soins pour les mamans et les bébés et d’assurer un service optimal 24h/24 et 7j/7, en renforçant les capacités de l’équipe nationale en place.

En Haïti, comment se passe la naissance d’un enfant ?
Au moins 80% des femmes accouchent à la maison dans des conditions très difficiles. La mortalité maternelle en Haïti est la plus élevée des Amériques. C’est un très gros problème de santé publique. L’accouchement à la maison se passe en général avec une accoucheuse traditionnelle (appelée « matrone »). Cela peut être une femme ou un homme, ce sont des personnes qui ne sont pas du tout formées médicalement. On devient matrone de père en fils, de mère en fille. Ce sont des gens importants dans la communauté.

Comment se passe la prise en charge des mamans et des bébés ?
Au niveau prénatal, il y a trois consultations prévues, comme chez nous. Mais ici, quand ça se fait une fois, on est déjà content. On pousse les futures mères à venir plus fréquemment et surtout à venir tôt dans la grossesse pour avoir une idée plus précise du terme et pour permettre un meilleur suivi. Concrètement, les femmes enceintes sont pesées, on les mesure, on prend leur tension artérielle, on écoute le cœur du bébé, on fait une prise de sang de base, etc.

Il n’y a pas d’échographie ?
Médecins du Monde a apporté un échographe, car il n’y en avait pas. J’ai ensuite formé les 3 gynécologues et les infirmières de la maternité à réaliser des échographies basiques : pouvoir dire si le bébé est en sommet, en siège, s’il y en a 1 ou 2, quel est le sexe, identifier les grosses malformations, etc. Les gynécologues ont eu une formation plus poussée permettant aussi le dépistage de pathologies gynécologiques (grossesse extra utérine, etc.).

Comment réagissent les patientes à l’échographie ?
Les haïtiennes n’ont jamais accès à l’échographie gratuitement, c’est toujours un service payant sauf quand il est proposé par une ONG ; c’est peu de dire qu’elles sont très demandeuses de faire l’examen. Comme toutes les mères, elles veulent savoir si leur bébé va bien et quel est son sexe. Une particularité qui les différencie de la majorité des mamans belges : elles n’ont pas besoin de voir l’image de leur bébé sur l’écran de l’échographe pour y croire. Les papas n’accompagnent en général pas ; c’est une histoire de femmes !

Et après la naissance, comment se passe la prise en charge de la maman et du bébé ?
Après la naissance, la maman reste 3 ou 4 jours à la maternité suite à un accouchement normal et 8 jours après une césarienne. Pour le bébé, aucun suivi postnatal immédiat n’était prévu avant l’arrivée de Médecins du Monde. On a donc mis l’accent sur cette prise en charge en formant le staff infirmier. On a aussi engagé une infirmière haïtienne qui a été formée au suivi des bébés, ainsi qu’à l’allaitement maternel. L’examen du nouveau-né est très simple mais permet de dépister de nombreux petits problèmes qui pris à temps peuvent être arrangés (température, déshydratation, non prise de poids…). Même si c’est basique, c’est un travail constant, une habitude à prendre.

Plus d’infos : www.medecinsdumonde.be
Photo: Sarah Neusy forme une infirmière à l’utilisation de l’échographe. © Benjamin Struelens

« Notre objectif est de maintenir cette base sur une durée de 6 mois »

sdc10038.JPGAnn Saunders a coordonné l’installation de la base de soutien logistique à Saint-Domingue. Témoignage :

« Toutes les infrastructures ayant été détruites par le séisme, il n’y a actuellement plus de connections aérienne directe vers Haïti et l’approvisionnement sur place est très difficile. La création  d’une base arrière était donc nécessaire pour assurer le transit des personnes et des marchandises vers Haïti et assurer l’approvisionnement en produits locaux pour les équipes de MDM sur place. Nous sommes donc partis, moi et deux autres personnes, installer cette base à Saint Domingue, pays dont l’aéroport est le plus proche d’Haïti. lire la suite

Haïti: “Nous avons effectué la césarienne et le premier bébé de la maternité est né !”

« Hier matin, je suis allé à l’Hôpital Général pour voir l’état de la structure. Le bâtiment de pédiatrie est totalement effondré, tout se passe dehors. Il y a une zone où les enfants sont opérés, mais c’est aussi l’endroit où se font les césariennes. Cela se passe entre les herbes et le sang séché, impossible de nettoyer le sol, il y a des mouches partout. Les équipes médicales font un travail extraordinaire. lire la suite

Sandra, photographe MDM, témoigne de la situation en Haïti

getattachment.jpg© Sandra Rude – Camp de Sans Fil. Evacuation improvisée d’un blessé sur son matelas.

Comme vous le savez, la journée a commencé avec une grosse frayeur, avec la réplique d’amplitude de 6.1 qui nous a tous tirés du lit à 6 heures du matin heure locale. Pas de catastrophes, la maison a tenu, quelques bobos (notamment Olivier le log) dans la précipitation pour sortir de la maison de Didier. Nous étions nombreux à dormir à l’intérieur et notamment au premier étage. Grosse peur, mais pas de mal.

Je continue de suivre la mise en place des cliniques mobiles avec Philippe et Christine. Discuter avec des ONG locales et des Haïtiens est primordial pour recueillir des informations précises sur les besoins de la population. Certains quartiers n’ont en effet encore reçu aucune aide, ils sont souvent difficiles d’accès car très endommagés par le séisme. Et nous n’avons toujours pas de vision globale de ce qu’il se passe dans les quartiers, Port au Prince est très étendue et très escarpée. lire la suite

Nouvelles de la base arrière à Saint-Domingue

Samedi 23 janvier, nous recevons des nouvelles d’Ann, responsable RH au siège de Médecins du Monde et envoyée en renfort à Saint-Domingue pour ouvrir la base arrière de la mission d’urgence de Médecins du Monde en Haïti:

“Hello,

Nous (2 logs et 2 admins) sommes chargés d’ouvrir une base arrière logistique à Saint-Domingue pour l’équipe de Médecins du Monde en Haïti. Notre mission comporte 3 objectifs principaux:
- Approvisionnement de produits locaux (c’est le paradis du log ici, on trouve quasiment tout!).
- Assurer le transit vers Haïti des marchandises en provenance de l’étranger.
- Faciliter le transit du personnel international vers/en provenance d’Haïti.

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Soutenons le peuple haïtien

malades-attendant-devnat_41.jpgDidier, un expatrié français dont la maison a miraculeusement tenu dans un quartier où tout par ailleurs s’est effondré, accueille l’équipe de Médecins du Monde. Emu, il pense aux Haïtiens et à leur avenir. « Chaque fois qu’on parle des Haïtiens dans la presse, c’est pour en dire du mal, parler de violences, de pillages, d’insécurité. Mais c’est complètement caricatural. Si vous aviez vu la solidarité dont ils ont fait preuve après le tremblement de terre ! Chaque voisin, chaque passant aidait à chercher des survivants. C’est vrai qu’il y a des pillages, mais il n’y a rien à manger, que feriez-vous à leur place ? J’ai moi-même un entrepôt de conduites d’eau, c’est mon business. J’ai expliqué aux gens du quartier à quoi ça servait et pourquoi c’était important que ce ne soit pas dévalisé pour la reconstruction. Maintenant, ils veillent tous sur mon stock. »

Thélissa, 7 ans a dû être amputée d’un bras.

eboulement.jpgSuper courageuse, elle nous a raconté sa vie à l’école avant d’être endormie. A son réveil, elle était très heureuse de revoir toute l’équipe soignante et nous demandait « du shampoing pour avoir le cheveu soie », à savoir doux, « car les miens sont si sales et si laids ». Cette petite fille a perdu sa mère dans le séisme.

Jacques, chirurgien MdM

gerad-et-madeleine_32.jpg« J’ai fait pas mal de missions dans ma vie, j’étais notamment à Bam en Iran après le séisme, et à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande en novembre 1979. Mais rien n’est comparable à ce qu’on voit ici. Il y a tellement de gens à soigner et tellement de gens à amputer. On manque de tout, notamment d’eau courante et d’électricité. Sans soins, certaines personnes qu’on a opérées risquent des septicémies. Les gens manquent de nourriture, d’eau, d’hygiène de base. Ils n’ont plus de maison, ils dorment dans les rues, ils s‘entassent.»

Interview de Frédéric Penard, responsable du desk Urgence de Médecins du Monde

hopital-central-blessee-_35.jpg- Quelle est la situation sur place aujourd’hui ?

Deux équipes de Médecins du Monde sont arrivées aujourd’hui à Leogane, épicentre du séisme, et à Jacmel pour évaluer la situation sanitaire et commencer à intervenir.

A Port-au-Prince, nos équipes de chirurgiens continuent de soigner dans trois hôpitaux de la ville. Le nombre de blessés en attente de soins est considérable et le défi est d’opérer le plus grand nombre de blessés, le plus vite possible.

Parallèlement nos équipes médicales se rendent dans les camps de fortune où des milliers d’habitants de Port-au-Prince ont trouvé refuge. Depuis hier, en partenariat avec l’association haïtienne URAMEL [partenaire de MdM en Haïti depuis 15 ans] et grâce à la mobilisation de dizaines de volontaires médicaux, des consultations de premiers secours sont menées dans deux centres médicaux et dans plusieurs sites du quartier de « Champ de Mars ». Les équipes recherchent activement les blessés les plus graves pour les transférer vers les hôpitaux.

Enfin, une dernière équipe est à Petit-Goâve, en appui à l’hôpital de la ville. lire la suite

Madeleine a 4 ans.

petitefillepourblog.jpgElle vivait avec ses parents dans le quartier de Dalma, l’un des plus touchés par le séisme. Elle se trouvait au rez-de-chaussée quand les premières secousses ont fait s’écrouler les 3 étages de l’immeuble. Ses parents étaient absents, en train de travailler. C’est un voisin qui est venu la tirer des décombres. Elle a perdu la jambe et a de grosses coupures sur l’arcade sourcilière.