“Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.”

Il a été pratiquement impossible de recevoir des soins pendant ma grossesse. Les gens que je connaissais m’effrayaient “Si tu vas à l’hôpital, ils vont t’expulser !” Un jour je me sentais vraiment mal et je suis allée dans un dispensaire d’accès libre pour un contrôle. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider et que si ça empirait, je devrais aller aux urgences. J’ai ensuite essayé d’aller dans le cabinet d’un médecin généraliste – j’étais alors déjà enceinte de cinq mois – où on a refusé de m’enregistrer. Une femme a même laissé un mot indiquant que si je revenais, ils ne devraient pas me prendre en charge. Je suis allée directement à l’hôpital. Malheureusement, ce n’était pas mieux. La personne chargée du recouvrement des coûts auprès des étrangers m’a dit de payer 2 800 euros sinon je serais expulsée. Quand j’essayais d’expliquer que je n’avais pas autant d’argent, ils me répondaient juste “Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.” C’est pour cela que je n’ai eu aucun suivi de grossesse.

F. Ougandaise, au Royaume-Uni depuis deux ans
(venue pour voir sa soeur mourante)

Où va-t-elle accoucher?

Anna est toute jeune, probablement 25 ans. Elle est arrivée en Belgique le 27 août avec ses enfants de 2 et 4 ans. Elle vient de Tchétchénie. Je n’ose pas imaginer son voyage. Je la rencontre dans un village un peu à l’écart de Bruxelles. C’est là que l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile l’a envoyée. Elle vit dans un hôtel à moitié vide et reçoit 6 € par jour pour manger. Je suis infirmière bénévole pour Médecins du Monde. Je vois qu’elle est enceinte, à un stade avancée de la grossesse. Elle parle le Tchétchène et le Russe, deux langues que je ne connais pas. Grâce aux interprètes par téléphone, j’apprends qu’en 8 mois de grossesse, elle n’a jamais rencontré un médecin ou une sage-femme. Où va-t-elle accoucher ? Comme préparer cet accouchement ? C’est ce que je prépare aujourd’hui.