“Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.”

Il a été pratiquement impossible de recevoir des soins pendant ma grossesse. Les gens que je connaissais m’effrayaient “Si tu vas à l’hôpital, ils vont t’expulser !” Un jour je me sentais vraiment mal et je suis allée dans un dispensaire d’accès libre pour un contrôle. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider et que si ça empirait, je devrais aller aux urgences. J’ai ensuite essayé d’aller dans le cabinet d’un médecin généraliste – j’étais alors déjà enceinte de cinq mois – où on a refusé de m’enregistrer. Une femme a même laissé un mot indiquant que si je revenais, ils ne devraient pas me prendre en charge. Je suis allée directement à l’hôpital. Malheureusement, ce n’était pas mieux. La personne chargée du recouvrement des coûts auprès des étrangers m’a dit de payer 2 800 euros sinon je serais expulsée. Quand j’essayais d’expliquer que je n’avais pas autant d’argent, ils me répondaient juste “Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.” C’est pour cela que je n’ai eu aucun suivi de grossesse.

F. Ougandaise, au Royaume-Uni depuis deux ans
(venue pour voir sa soeur mourante)

Enceintes, pas ou peu de soins…

Dans son deuxième rapport, l’Observatoire Européen de Médecins du Monde s’est notamment penché sur la problématique de l’accès aux soins des femmes enceintes. Parmi l’ensemble des femmes enceintes interrogées, seule une petite moitié d’entre elles (48 %) sont suivies pour leur grossesse (l’enquête ne permettant pas de savoir depuis quand elles sont enceintes). Cette proportion est à peu près identique dans tous les pays sauf en Suède, où plus de 80 % des femmes enceintes ont un suivi (mais la faiblesse des effectifs empêche toute comparaison statistique rigoureuse).

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Accès aux soins des sans-papiers: un droit non respecté en Europe

foto_ginette_jobard_mdm_sipa_pour_blog.jpgCe 24 septembre 2009, Médecins du Monde présente le 2ème rapport de l’Observatoire européen de l’accès aux soins. Ce rapport est le fruit d’une enquête menée dans 11 pays d’Europe dont la Belgique. Que nous apprend ce rapport sur ces personnes dont la présence sur notre territoire est si controversée ? lire la suite

Où va-t-elle accoucher?

Anna est toute jeune, probablement 25 ans. Elle est arrivée en Belgique le 27 août avec ses enfants de 2 et 4 ans. Elle vient de Tchétchénie. Je n’ose pas imaginer son voyage. Je la rencontre dans un village un peu à l’écart de Bruxelles. C’est là que l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile l’a envoyée. Elle vit dans un hôtel à moitié vide et reçoit 6 € par jour pour manger. Je suis infirmière bénévole pour Médecins du Monde. Je vois qu’elle est enceinte, à un stade avancée de la grossesse. Elle parle le Tchétchène et le Russe, deux langues que je ne connais pas. Grâce aux interprètes par téléphone, j’apprends qu’en 8 mois de grossesse, elle n’a jamais rencontré un médecin ou une sage-femme. Où va-t-elle accoucher ? Comme préparer cet accouchement ? C’est ce que je prépare aujourd’hui.

 

L’inquiètude se lit sur le visage des enfants…

Nous avons visité une famille composée de 2 jeunes garçons et de leurs parents. La maman est asthmatique et attend son 3ème enfant. Ils sont arrivés la veille, ne connaissent qu’un peu d’allemand, la communication est donc plutôt difficile. Les parents sont très inquiets: ils ont perdu leur précédent enfant à 8 mois ½ de gestation. La maman est Rh-. Elle est dépendante de médicaments contre les allergies, mais n’ose rien prendre vu son état. La chambre est petite, couverte de tapis-plain et de couvertures! Personne ne dort bien car la maman a une grosse toux. L’inquiétude se lit sur le visage des enfants. Avec l’aide de Sophie, assistante sociale, nous prenons rapidement un rendez-vous avec un médecin. J’ai rarement vu un papa aussi reconnaissant, mais s’excusant de devoir prendre les gamins avec lui en consultation, car ils ne peuvent quand même pas rester seuls à l’hôtel…

Françoise
Infirmière bénévole