Le centre MASUI, un peu de réconfort pour les sans-abri

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Témoignages de Wilfried, infirmier bénévole pour le Plan Hiver au centre MASUI 

« On reconnaît facilement dans le tram les sans-abri qui se rendent au centre MASUI. Lorsqu’ils descendent du tram, ils se ruent devant la porte pour ne pas être les derniers de la file. Mais ils doivent attendre dans le froid jusqu’à 20h30, heure d’ouverture, pour pouvoir rentrer ».

« La précipitation avec laquelle ils terminent leur assiette atteste de la faim qui les tenaille. » 

« Pour la plupart, le centre est un des seuls endroits où ils ont l’occasion de rencontrer des personnes dans la même situation, de se changer les idées, de s’amuser. C’est un échange à la fois difficile et saisissant entre nationalités, langues et cultures différentes. »

« Les consultations médicales sont rapides. Pourtant, ils ont bien plus à confesser que leurs ennuis de santé. Malheureusement, nous n’avons que peu de temps à leur consacrer. En retrouvant le soir notre confort, c’est un sentiment déplaisant qui nous envahi en pensant qu’eux n’ont ni chambre ni maison. »  masui2.jpg 

©Viviane Joakim

Pourquoi mon travail en tant que bénévole auprès des SDF a du sens ?

« Les personnes dans la rue que nous soignons manquent de tout, pas uniquement des soins gratuits que nous leur offrons. Mais au moins, ces gens – souvent refoulés ailleurs – sont considérés comme des humains ici. Le simple fait de se dire bonjour, de donner un sourire, les confirme dans leur existence. Trop souvent, les personnes sans-abri doivent mener une existence invisible. Les patients ne viennent pas uniquement me voir pour faire soigner leurs engelures ou leurs infections respiratoires. Il y a un énorme besoin de parler, de renouer avec un autre être humain. »

Françoise, infirmière bénévole MDM au centre Masui du SAMU Social à Schaerbeek

Nouvelle soirée auprès des sans-abri

photo-125reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Dimanche soir dernier, j’étais à Laeken (Bruxelles), rue Masui, au centre d’hébergement de nuit ouvert par le Samu social. Cette nuit-là, 150 sans-abri étaient venus y chercher un peu de nourriture, de chaleur et un lit. Les infirmières bénévoles de Médecins du Monde y sont présentes pendant tout l’hiver pour apporter les premiers soins. Ce soir-là, c’était Dominique qui assurait la permanence. Notre infirmière a soigné 17 personnes dont une crise d’épilepsie, 4 mycoses profondes aux pieds, trois plaies profondes et infectées, 1 diabète non soigné,… Georges, 55 ans, me racontait dans le couloir en attendant son tour comment il est « tombé dans la misère ». Il travaillait et, célibataire, vivait avec ses parents. Son père est mort. Sa mère est devenue malade, longtemps. Pendant des années, il a pris soin d’elle. A sa mort, il a sombré dans une dépression profonde. Il a perdu son boulot, perdu confiance en lui, perdu ses amis et relations. Je vous passe les détails de ce qu’il m’a dit mais je reviens de sa conclusion : « avant, je ne comprenais pas la misère et je me demandais même si les pauvres n’étaient pas responsables de leur état. Aujourd’hui, je sais !

Pierre Verbeeren
Directeur Général de Médecins du Monde