La maraude: À la rencontre des sans-abri (ÉPISODE 3/3)

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“ La suite de notre itinéraire nous mène à Alan, 40 ans.  Il vit à Uccle, sur le parking d’un concessionnaire de voitures de luxe. Depuis quelques temps, il y dort dans une tente offerte par des employés du quartier. Il est en attente d’un logement mais comprend que la priorité soit donnée aux familles avec enfants. Inscrit dans une mutuelle, il est déclaré invalide à plus de 66%. Suite à un accident de travail (il conduisait un Clark), il a en effet quatre vertèbres cassées. Si on l’opère, il se retrouvera dans une chaise roulante. En attendant, il souffre. Sa mère a une maison où il a déjà séjourné mais il ne veut plus la déranger car elle souffre d’une thrombose. Nous quittons Alan pour nous rendre vers notre prochain arrêt.

Nous sommes maintenant à Watermael-Boitsfort. Amid y vit dans un kiosque au milieu d’un petit parc. Pour l’instant il ne fait pas très froid. Si le temps venait à se rafraîchir, il ira dormir dans une banque des environs. Deux autres personnes ont l’habitude de passer la nuit avec lui mais ce soir, ils n’ont pas donné de nouvelles. C’est donc seul qu’Amid passera la nuit. Après qu’il a bu sont thé, nous reprenons la route vers notre dernière étape de la soirée.

Sous le pont d’Herman-Debroux, nous y retrouverons quatre sans-abris. L’un deux se plaint de démangeaisons. Christian l’examine et lui indique qu’il existe des endroits à Bruxelles où il pourrait prendre une douche et laver ses vêtements. La gale est une maladie courante dans la rue. Nous rendons brièvement visite aux autres personnes habitant sous ce pont. Il est alors près de minuit, l’heure pour nous de rentrer au SAMU Social. ”

La maraude: À la rencontre des sans-abri (ÉPISODE 2/3)

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“ Notre premier arrêt se situe non loin du centre-ville de Bruxelles. Sous le porche d’un immeuble d’habitation, Félix s’attend à trouver un couple qu’il connaît bien. Il m’explique que la femme a quitté son mari à la suite de violences conjugales. Son compagnon s’est lui retrouvé à la rue suite à une longue hospitalisation. Arrivée sur place, nous ne trouverons personne. Félix me signale alors qu’avec ces températures plus clémentes, les gens de la rue font la manche plus longtemps et ne vont dormir que plus tard. Nous partons donc vers notre deuxième étape.

Nous nous arrêtons dans une rue à deux pas de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Nous y trouvons Idris et Dany. Dany est endormi, apparemment ivre. Nous tentons un court instant de le réveiller mais il semble dormir profondément. Christian se penche alors vers lui et vérifie que tout va bien. Dany n’est pas inconnu des services du SAMU Social. Il y a environ deux mois, il s’y était fait soigné suite à une chute dans des escalators. La rue, il y vit depuis plus de 15 ans. Auparavant, il était batelier à l’armée. Nous donnons un sandwich à Idris et regagnons notre camionnette.

Nous nous rendons à présent dans la Chaussée de Vleurgat. Cela fait trois ou quatre mois qu’Olivier y passe ses nuits. Il survit grâce au Minimex de rue (725€/mois) auquel s’ajoutent les quelques euros que des personnes âgées lui donnent en échange du temps passé à porter leurs courses. Olivier ne se rend plus au SAMU Social. Selon lui, les personnes qui y séjournent sont délirantes. En plus, l’alcool y est interdit. Il se débrouille bien tout seul. Il fait de moins en moins froid, il va donc bientôt pouvoir aller dormir dans le Bois de la Cambre. Après qu’Olivier a fini sa soupe, Christian l’interroge sur son état de santé. Il a des problèmes de toux récurrente le matin et souffre de douleurs d’estomac. Christian l’examine alors et lui donne quelques médicaments. ”

A suivre…

La maraude: À la rencontre des sans-abri (ÉPISODE 1/3)

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Médecins du Monde accompagne l’équipe de nuit du Samu Social lors des maraudes dans les rues de la capitale. Aller à la rencontre des sans-abri permet d’évaluer les conditions médicales de ces personnes et leur dispenser, si besoin, des soins de santé primaires. Dans certains cas, ces derniers sont orientés vers le centre d’hébergement d’urgence du Samu Social ou vers tout autre organisme adapté à la problématique rencontrée (hôpital, maison d’accueil, centre d’hébergement pour mineurs, etc…).

Marc Njeim, un de nos bénévoles a accompagné la maraude du 23 mars 2010, il nous livre son témoignage.

“ Il est presque 21h lorsque j’arrive au SAMU Social. Comme souvent à cette heure là, un petit attroupement se presse devant les portes du centre d’accueil de nuit. J’entre dans le bâtiment. A l’intérieur, des gens installés dans des canapés discutent, d’autres, dans le réfectoire un peu plus loin, mangent un repas fourni par le SAMU Social.

Je rejoins alors l’équipe que je vais accompagner ce soir en maraude dans les rues de la capitale.  Viviane est photographe. Christian est médecin.  Tout deux sont bénévoles pour Médecins du Monde.  Ils sont  accompagnés de Félix le chauffeur et Aurélien l’aide soignant. Cela fait plusieurs années que Félix se rend presque chaque soir à la rencontre des sans-abris. Il les connaît d’ailleurs pour la plupart. Avant notre départ, il trace un itinéraire reliant des lieux où nous pourrons rencontrer les sans-abris. A ma grande surprise, l’itinéraire de ce soir nous mènera à Ixelles, Uccle et Watermael-Boitsfort.  Avant d’embarquer dans la camionnette, nous passons en vitesse par la cuisine où nous remplissons nos sacs de sandwichs, thermos de thé et de soupe. ”

A suivre…

Bilan du plan hiver 2010

medecins-du-monde-masui_0077-copie.jpg© Viviane Joakim

Les beaux jours étant de retour, le plan hiver a fermé ses portes ce dimanche 28 mars 2010. Premiers constats : les sans-abri sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes !

2.500 : c’est le nombre de consultations assurées par nos équipes cet hiver auprès des sans-abri ! Depuis novembre, 45 infimièr(e)s, 10 médecins ainsi que des coordinateurs bénévoles ont ainsi suivi intensivement 400 patients.

Cette année encore, nous constatons une forte augmentation du nombre des sans-abri. Nos équipes médicales bénévoles nous font part de pathologies rencontrées liées au froid ainsi qu’aux problèmes d’hygiène : infections respiratoires, affections dermatologiques, problèmes dentaires, etc.

Mais ce qui nous frappe le plus, c’est l’énorme souffrance psychique dans laquelle sont plongés les sans-abri : solitude, dépression, symptômes de stress, troubles du sommeil, ne sont que quelques exemples de symptômes liés à l’exclusion, à ce sentiment d’invisibilité. Au-delà des séquelles physiques, les plus démunis ont donc surtout besoin d’être écoutés. C’est pourquoi qu’au-delà de la simple consultation médicale, nos bénévoles ont aussi pris le temps d’être à l’écoute. Médecins du Monde a d’ailleurs décidé de renforcer son partenariat avec le SAMU Social pour prendre en charge les souffrances psychiques.

Un autre chiffre à retenir est l’âge moyen de nos patients : 30,5% du public n’a qu’entre 20 et 29 ans. Un public décidément de plus en plus jeune…

Merci aux bénévoles et donateurs qui ont rendu possible cette action. Nous comptions sur vous et, une fois de plus, vous avez répondu à notre appel. Mille mercis ! 

Un œil extérieur sur le centre MASUI

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Témoignage de Leonieke Karlas, Responsable Communication chez Fortis Insurance International

Fortis Insurance International étant une entreprise partenaire de Médecins du Monde, je me suis rendue au centre MASUI pour découvrir le travail effectué sur le terrain par l’association. Depuis 2007, le Centre d’action sociale urgente (CASU – qui chapeaute le dispositif hivernal en faveur des plus démunis) dispose du centre MASUI en tant que seconde antenne à Bruxelles pour y accueillir les sans-abri. L’encadrement proposé comprend, non seulement l’hébergement, un repas le soir et un petit déjeuner mais également des consultations sociales et paramédicales, assurées par les volontaires de Médecins du Monde. Le centre peut héberger jusqu’à 200 personnes par nuit.  Des repas chauds sont distribués à leur l’arrivée. Il y a quelques douches à disposition et une consigne pour leurs bagages.

Nous avons rendez-vous avec Adélaïde, une assistante sociale volontaire qui nous fait visiter les lieux. Elle a voulu s’engager auprès de Médecins du Monde, pour offrir son écoute aux personnes nécessiteuses. Elle nous explique en quoi consiste son accompagnement aux personnes accueillies au centre.Pour les personnes sans domicile fixe, l’hiver est le moment le plus pénible. Elles souffrent souvent de problèmes dermatologiques, respiratoires etc. Ici, au centre, elles trouvent une permanence assurée par Médecins du Monde. Les personnes qui vivent dans la rue sont rejetées des hôpitaux pour de nombreuses raisons. En effet, il leurs arrive de faire preuve d’agressivité, elles manquent d’hygiène corporelle et n’ont pas les moyens de payer les soins… Ce sont les soins dentaires qui font généralement le plus défaut. Au Centre MASUI, il y a des consultations 7 jours sur 7 de 20h à 22h. Un médecin de garde est également joignable. Afin de pouvoir assurer un suivi médical, il existe pour chaque personne qui se présente aux consultations un dossier dans lequel sont répertoriées les visites.

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Le centre MASUI, un peu de réconfort pour les sans-abri

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Témoignages de Wilfried, infirmier bénévole pour le Plan Hiver au centre MASUI 

« On reconnaît facilement dans le tram les sans-abri qui se rendent au centre MASUI. Lorsqu’ils descendent du tram, ils se ruent devant la porte pour ne pas être les derniers de la file. Mais ils doivent attendre dans le froid jusqu’à 20h30, heure d’ouverture, pour pouvoir rentrer ».

« La précipitation avec laquelle ils terminent leur assiette atteste de la faim qui les tenaille. » 

« Pour la plupart, le centre est un des seuls endroits où ils ont l’occasion de rencontrer des personnes dans la même situation, de se changer les idées, de s’amuser. C’est un échange à la fois difficile et saisissant entre nationalités, langues et cultures différentes. »

« Les consultations médicales sont rapides. Pourtant, ils ont bien plus à confesser que leurs ennuis de santé. Malheureusement, nous n’avons que peu de temps à leur consacrer. En retrouvant le soir notre confort, c’est un sentiment déplaisant qui nous envahi en pensant qu’eux n’ont ni chambre ni maison. »  masui2.jpg 

©Viviane Joakim

Pourquoi mon travail en tant que bénévole auprès des SDF a du sens ?

« Les personnes dans la rue que nous soignons manquent de tout, pas uniquement des soins gratuits que nous leur offrons. Mais au moins, ces gens – souvent refoulés ailleurs – sont considérés comme des humains ici. Le simple fait de se dire bonjour, de donner un sourire, les confirme dans leur existence. Trop souvent, les personnes sans-abri doivent mener une existence invisible. Les patients ne viennent pas uniquement me voir pour faire soigner leurs engelures ou leurs infections respiratoires. Il y a un énorme besoin de parler, de renouer avec un autre être humain. »

Françoise, infirmière bénévole MDM au centre Masui du SAMU Social à Schaerbeek

La maraude: pour être au plus près…

dscf0019reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Certains soirs, le Dr. Goffinet participe à la maraude. Il s’agit d’une équipe du Samu Social qui part encamionnette à la rencontre des sans-abri qui dorment sur le trottoir. «C’est surtout maintenant, en hiver que l’on fait plus la maraude en raisondes conditions climatiques plus rudes. On essaye de faire venir les gens à notre local car certains ne veulent pas se déplacer, par méfiance ou par crainte d’avoir des problèmes.»

Les propos du Dr. Philippe Goffinet ont été recueillis par Thierry Goorden. Parution dans le Journal du Médecin du 20/11/2009 et dans Medisphere du 12 au 25/11/2009

Auprès des sans-abri depuis 10 ans.

photo-190reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Le Dr. Joos a effectué l’une des premières consultations de Médecins du Monde auprès des sans-abri, il y a 10 ans. Il témoigne de la montée de la précarité et de la pauvreté : “Il y a de plus en plus de familles entières, femmes et enfants, mises à la porte de leur logement, qui se retrouvent dans la rue, mais aussi des personnes plus jeunes qu’au début de la mission”.

Nouvelle soirée auprès des sans-abri

photo-125reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Dimanche soir dernier, j’étais à Laeken (Bruxelles), rue Masui, au centre d’hébergement de nuit ouvert par le Samu social. Cette nuit-là, 150 sans-abri étaient venus y chercher un peu de nourriture, de chaleur et un lit. Les infirmières bénévoles de Médecins du Monde y sont présentes pendant tout l’hiver pour apporter les premiers soins. Ce soir-là, c’était Dominique qui assurait la permanence. Notre infirmière a soigné 17 personnes dont une crise d’épilepsie, 4 mycoses profondes aux pieds, trois plaies profondes et infectées, 1 diabète non soigné,… Georges, 55 ans, me racontait dans le couloir en attendant son tour comment il est « tombé dans la misère ». Il travaillait et, célibataire, vivait avec ses parents. Son père est mort. Sa mère est devenue malade, longtemps. Pendant des années, il a pris soin d’elle. A sa mort, il a sombré dans une dépression profonde. Il a perdu son boulot, perdu confiance en lui, perdu ses amis et relations. Je vous passe les détails de ce qu’il m’a dit mais je reviens de sa conclusion : « avant, je ne comprenais pas la misère et je me demandais même si les pauvres n’étaient pas responsables de leur état. Aujourd’hui, je sais !

Pierre Verbeeren
Directeur Général de Médecins du Monde