Un engagement bénévole bouleversant

dscf0064reduite.jpg© Frédéric Pauwels (Luna)

Malgré ses dix ans de pratique, le Dr. Joos se sent encore bouleversé par son engagement avec Médecins du Monde : «En tout cas, celapermet de relativiser les choses, d’avoir encore plus d’attention et d’enthousiasme à pratiquer mon métier.»

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“Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.”

Il a été pratiquement impossible de recevoir des soins pendant ma grossesse. Les gens que je connaissais m’effrayaient “Si tu vas à l’hôpital, ils vont t’expulser !” Un jour je me sentais vraiment mal et je suis allée dans un dispensaire d’accès libre pour un contrôle. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas m’aider et que si ça empirait, je devrais aller aux urgences. J’ai ensuite essayé d’aller dans le cabinet d’un médecin généraliste – j’étais alors déjà enceinte de cinq mois – où on a refusé de m’enregistrer. Une femme a même laissé un mot indiquant que si je revenais, ils ne devraient pas me prendre en charge. Je suis allée directement à l’hôpital. Malheureusement, ce n’était pas mieux. La personne chargée du recouvrement des coûts auprès des étrangers m’a dit de payer 2 800 euros sinon je serais expulsée. Quand j’essayais d’expliquer que je n’avais pas autant d’argent, ils me répondaient juste “Eh bien, tu n’as plus qu’à accoucher chez toi.” C’est pour cela que je n’ai eu aucun suivi de grossesse.

F. Ougandaise, au Royaume-Uni depuis deux ans
(venue pour voir sa soeur mourante)

Nouvelle soirée auprès des sans-abri

photo-125reduite.jpg © Frédéric Pauwels (Luna)

Dimanche soir dernier, j’étais à Laeken (Bruxelles), rue Masui, au centre d’hébergement de nuit ouvert par le Samu social. Cette nuit-là, 150 sans-abri étaient venus y chercher un peu de nourriture, de chaleur et un lit. Les infirmières bénévoles de Médecins du Monde y sont présentes pendant tout l’hiver pour apporter les premiers soins. Ce soir-là, c’était Dominique qui assurait la permanence. Notre infirmière a soigné 17 personnes dont une crise d’épilepsie, 4 mycoses profondes aux pieds, trois plaies profondes et infectées, 1 diabète non soigné,… Georges, 55 ans, me racontait dans le couloir en attendant son tour comment il est « tombé dans la misère ». Il travaillait et, célibataire, vivait avec ses parents. Son père est mort. Sa mère est devenue malade, longtemps. Pendant des années, il a pris soin d’elle. A sa mort, il a sombré dans une dépression profonde. Il a perdu son boulot, perdu confiance en lui, perdu ses amis et relations. Je vous passe les détails de ce qu’il m’a dit mais je reviens de sa conclusion : « avant, je ne comprenais pas la misère et je me demandais même si les pauvres n’étaient pas responsables de leur état. Aujourd’hui, je sais !

Pierre Verbeeren
Directeur Général de Médecins du Monde