Adulé de par le monde pour ses jeux vidéo, le Japon peine pourtant à prendre le virage de la nouvelle génération, si bien que ses plus dignes représentants tirent désormais la sonnette d’alarme. Pour eux, aucun doute, « l’industrie vidéoludique japonaise est sur le déclin ».
En mars, le magazine Famitsu publiait son classement des 25 meilleurs jeux sortis en 2007. Surprise, seulement 10 sur les 25 sont japonais. Pire, seuls 3 titres made in Japan figurent dans le top ten. Etonnant ? Pas tant que ça : « Il y a un grand écart entre les studios japonais et les américains. Ces derniers sont très en avance, et ce à tous les niveaux de l’industrie. Ils disposent de technologies incroyables, d’un véritable savoir-faire. Je suis très impressionné. Quand je regarde ce qu’ils font, je me dis ‘wow… le Japon a un problème’ ». Akira Yamaoka sait de quoi il parle, il supervise actuellement Silent Hill 5 dans les locaux californiens de Konami. Un constat également partagé par Shigeru Miyamoto himself « Je pense que l’industrie américaine est tout simplement meilleure [...] Au Japon, la technologie aujourd’hui nécessaire pour réaliser de très bons jeux est seulement détenue par les gros groupes comme Sony, Capcom ou Square Enix. Les plus petits développeurs du pays sont alors confrontés à un mur ». Mais plus que la technologie, le président de Nintendo pointe surtout le conservatisme de ses compatriotes, d’avantage préoccupés par la rentabilité que par la qualité : « La tendance actuelle ici veut qu’on ne prenne aucun risque et que l’on focalise les moyens sur les seuls produits dont on est certain du succès commercial. Voilà qui n’engage pas à la créativité, qui était pourtant autrefois notre marque de fabrique ». Hideo Kojima, le célèbre auteur de Metal Gear Solid, renchérit la thèse d’une industrie en perte de vitesse « on a souvent dit que le Japon était le modèle de l’industrie mondiale du jeu vidéo, mais c’est en train de devenir de moins en moins vrai. C’est triste mais c’est la vérité ». D’où cette question que personne ne se serait posé il y a encore peu de temps : la scène vidéoludique nipponne serait-elle sur le déclin ?
Peu de relève
Outre le retard technologique évoqué ci-dessus, Akira Yamaoka pointe aussi du doigt l’omniprésence de l’anglais dans l’outil informatique : « Nous ne disposons pas de gens capables de comprendre l’anglais au-delà des rudiments, alors on perd du temps dans l’attende de la traduction ». Un sérieux handicap qui oblige souvent les développeurs unilingues – la grande majorité donc – à tenter de réinventer la roue tout seul dans leur coin plutôt que de chercher des tutoriaux disponibles sur internet. Mais tout aussi recevable qu’il soit, cet argument ne pèse pas lourd par rapport à la pénurie de créatifs dont semble souffrir le pays du Soleil Levant. « Je ne vois pas beaucoup de nouveaux créateurs émerger au Japon alors qu’en regardant à l’Ouest, je vois tous ces p’tits jeunes arriver si vite, c’est étonnant ». Un renouvellement de génération rendu difficile par les salaires « pas terribles » et la pression exercée sur les développeurs : « Nous devons toujours créer des jeux le plus vite possible au coût le plus bas possible ! ». Manque de temps, manque de moyens, les studios locaux ont peu à peu renoncé aux productions à gros budgets pour se concentrer sur des jeux moins spectaculaires, mais plus populaires. Et qui dit popularité dit immanquablement Nintendo. Entraîné par le succès colossal de la Wii et de la DS, les développeurs japonais se sont recentrés sur une offre « low-tech », laissant en partie le défi technologique à leurs homologues américains. Ainsi, le duo Wii / DS truste inlassablement les charts nippons avec des titres au faible coût de développement comme Wii Fit, Pokémon Ranger 2 ou DS Calligraphy Training. Le règne du casual gaming.
Une 4ème console ?
Certes, il y a toujours des exceptions à la règle et Final Fantasy, Gran Turismo ou Metal Gear Solid sont les contre-exemples parfaits d’un Japon toujours à la pointe de l’innovation. Problème : ces blockbusters tournent sur Xbox 360 et/ou PS3, des consoles aux succès inégaux selon les continents.
« La Xbox 360 ne marche bien qu’aux USA tandis que le parc mondial de PS3 installées n’est pas encore assez grand » [NDLR : les ventes de PS3 ont fait un bon extraordinaire grâce à MGS4 : 75.311 unités en une semaine] regrette Atsushi Inaba, l’auteur d’Okami et de Viewtiful Joe. Quant à la Wii et à la DS, « elles explosent toutes les prévisions, mais Nintendo est véritablement le seul développeur à vendre des jeux ». Aucune ne trouvant vraiment grâce à ses yeux, le fondateur du studio Platinum Games souhaiterait presque l’émergence d’une « plateforme qui ne soit aucune de celles actuellement disponibles ». La PS2 reste elle une cible de choix, par défaut, par facilité. Et puis le marché du jeu sur mobile ne cesse de croître.
Mais le salut des nippons ne viendra que d’eux-mêmes et de leur capacité à proposer des produits susceptibles d’intéresser à nouveau le grand public occidental. Une universalité mise à mal ces dernières années, d’ailleurs « vous ne voyez plus beaucoup de jeux japonais avoir du succès à l’étranger » concède Inaba. L’auteur d’Okami parle lui aussi en connaissance de cause, les ventes de son chef-d’œuvre au loup blanc n’ont jamais décollé ici. Le temps où les productions japonisantes étaient admirées de par le monde est bel et bien « révolu », seuls Nintendo et Sony font encore deux tiers de leurs ventes à l’extérieur (à titre de comparaison, les ventes de jeux occidentaux dans l’archipel n’excèdent pas les 5% !). Symbole de ce passage de témoin : God Of War. Le beat’em all de Sony of America rendrait presque jaloux Atsushi Inaba car il « a ce petit goût de jeu japonais comme nous savions les faire autrefois ». Mais ces valeurs perdues, les nippons pourraient les retrouver affirme Ben Judd, seul producteur américain à officier dans les locaux de Capcom à Osaka : « Ils savent bien que les occidentaux cartonnent en ce moment. Et les japonais étudient ça de très près. Ils apprennent toujours ce qui marche ailleurs pour essayer de faire encore mieux. Je leur ai d’ailleurs montré Call Of Duty 4, Assassin’s Creed, Halo 3 sur Xbox 360 ». La 360 justement, ils ne s’y sont pas intéressés, considérant que la nouvelle génération de consoles commençait 18 mois plus tard avec la PS3. D’avantage que sur le déclin, les japonais sont peut-être tout simplement en retard.
Grégory Dall’Agnol
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Attention à ne pas juger la situation de l’industrie vidéoludique nippone seulement sur sa capacité à sortir des titres AAA (gros budget). S’il est vrai que de ce point de vue le retard est palpable, le marché des consoles portables se porte très bien…
Le développement de titres à gros budget présente de plus gros risques. Un titre qui ne rencontre pas le succès escompté est souvent synonyme de faillite pour son développeur. Il peut être tout simplement beaucoup plus rentable de ne sortir que des petits jeux sur DS, dont le coût de développement est moindre.
Le problème japonais est à mon sens un problème plus global. Seuls les gros studios disposent aujourd’hui des moyens nécessaires pour développer des titres AAA sur les consoles dites next-gen. Et ces mêmes studios ne peuvent courir trop de risques dans leur choix éditoriaux.
Sûrement qu’au japon cette situation a fait le plus de “victimes”, mais le nombre de studios ayant disparus ces dernières années en Europe et aux USA est tout aussi alarmant.
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En panne, les nippons? Quand on voit de petits bijoux d’invention comme “Patapon”, on peut se demander sur quels critères on se base? Je connais très peu de choses concernant le marché, donc je ne parlerai que de ce que je connais: les jeux pour consoles portables (DS et PSP) et des amis qui vivent en Asie: constant affligeant: à peine 1/3 des jeux sortis au Japon sont édités en Europe! On passe à côté de petits bijoux, et c’est vraiment dommage!
Je rejoins l’opinion de Andrea ci-dessus concernant les jeux gros budgets… Ce serait bien d’éduquer le consommateur, de lui proposer d’autres jeux que les “poids lourds”, et donner une chance à la créativité
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Comme ils disent, les petits bijoux type “Okami” (une merveille ce jeu…) font des flops chez nous, où la majorité préfère simulations sportives et FPS.Je rappelle que les créateurs d’Okami ont dû fermer suite aux mauvaises ventes de leur bébé… alors qu’une suite encore plus magique étaient prévue.
Les japonais excellaient dans les RPG – ce qu’ils font toujours – mais le développement coûte cher sur la next-gen, et le RPG est une création qui demande plus de temps et d’investissement. Pas trop le droit à l’erreur dans ce cas. Il suffirait que le PSN de Sony accepte de promouvoir encore plus des créations moindres en téléchargement, ou faire comme chez Nintendo : moins de claque visuelle, mais un plus grand plaisir ludique… regardez Little Big Planet…
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