On s’est beaucoup ému, la semaine passée, du retour des vieilles manies en Wallonie. Deux partis, le PS et le CDH, ont tenté de la jouer « à l’ancienne » pour désigner le successeur de Jean-Pierre Méan au poste d’administrateur général du Forem. Autrement dit, de désigner pour ce poste-clé quelqu’un affichant la même couleur politique que la leur. Un courant d’air a fait voleter l’information jusqu’à la rédaction du Soir. Et arraché les « étiquettes » partisanes des candidats putatifs.
La main sur le cœur, le ministre-président wallon nous a assuré qu’il n’en était rien. Selon Rudy Demotte (PS), il s’agissait surtout de se mettre d’accord sur la procédure, impartiale, de désignation, une fois réglée la question des mandats à la tête des grandes administrations. Ici, un rappel pour ceux qui détournent parfois le regard de la vie passionnante du gouvernement wallon (paraît que ça existe) : le ministre Jean-Marc Nollet (Ecolo) a fait passer un décret sur le sujet. Que prévoit-il ? Qu’à l’avenir, les hauts fonctionnaires des administrations et OIP wallons seront désignés de manière impartiale, pour un mandat de cinq ans. A peu de chose près, celui-ci coïncidera avec la durée de la législature régionale. De sorte que chaque majorité nouvelle pourra désigner des dirigeants en phase avec son projet ou sa couleur politique.
Là, certains crient au danger : l’indépendance de l’administration serait mise en danger. Parfois, ceux-là même qui ont mené carrière avec le « bon dossard » dans le dos. Admettre le péril en la demeure du SPW (Service public de Wallonie), ce serait oublier la porosité qui existe depuis des lustres entre administrations et cabinets. Celles-ci y détachent du personnel qui revient, souvent à une fonction supérieure, après un temps passé sous le soleil du pouvoir. Et comme les fonctions dirigeantes étaient jusqu’ici officieusement politisées, il ne se trouvait pas grand monde pour s’émouvoir de la docilité de certaines administrations face aux directives de leur ministre.
Aujourd’hui, on jure bonne pratique et éthique, au sein du gouvernement wallon. On voudrait les croire. Mais pour changer le regard du politique sur l’armée des fonctionnaires, il faudra sans doute, dans le chef de certains élus, une véritable révolution culturelle. Pour voir désormais dans l’administration autre chose qu’une bonne gouvernante, prête à servir le parti dès qu’on la sonne.
Pascal Lorent
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