Ne boudons pas notre plaisir. Les derniers chiffres en matière d’emploi (ou de chômage, selon le côté de la pièce qu’on regarde) nous l’annoncent: la Wallonie se porte mieux… que la Flandre et Bruxelles. Depuis la fin de la crise économique, on a créé plus d’emploi en Wallonie que dans les autres régions du pays, contribuant à un recul tout aussi sensible du nombre de demandeurs d’emploi. Tout va très bien, Mesdames et Messieurs. Allez, circulez, y a rien à voir…
Pas si vite, Aphrodite! La Wallonie filerait ainsi le parfait amour avec la performance économique et les emplois que cette dernière enfante. Sans nier le redoux au sein de ce couple au passé tumultueux, il convient de nuancer. D’abord parce que les statistiques sur lesquelles se fonde l’embellie, négligent souvent les catégories de demandeurs d’emploi les plus «problématiques»: jeunes en stage d’attente, prépensionnés, chômeurs âgés, exclus des allocations de chômage… Ceux-là, on les retrouve plus sûrement dans les données chiffrées sur la pauvreté que dans le tableau pointilliste du renouveau wallon.
L’autre chiffre qui appelle la prudence est celui des Wallons exerçant une activité complémentaire. Ainsi ce Sudiste longtemps présenté comme frileux à l’entrepreneuriat, goûterait désormais aux vertus de l’initiative privée. Faute d’avoir sondé l’ensemble de ces indépendants complémentaires, on ne peut totalement écarter l’explication. Mais pour avoir croisé la route de certains d’entre eux, on peut toutefois la compléter d’une autre hypothèse: ces nouvelles pousses de l’entrepreneuriat wallon émanent d’une catégorie bien connue des sociologues: les travailleurs pauvres. Un salaire par tête de pipe ne suffisant plus à équilibrer le budget du ménage, un second vient s’ajouter par nécessité (1). Et à moins que leur activité n’explose, ces indépendants du soir ou du week-end ne sont pas prêts de franchir le pas qui les éloignera du salariat.
Leur chiffre en croissance apparaît donc moins comme le signe de la vigueur retrouvée que comme celui de la précarité de plus en plus largement partagée. Le coq wallon a beau chanter, il reste pour l’heure juché sur un tas de fumier.
PASCAL LORENT
(1) Une dépêche Belga du 4 avril 2011 semble le confirmer à poseriori: “Nombre record de Belges ayant un second emploi (PRESS) BRUXELLES 04/04 (BELGA) = De plus en plus de Belges n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois avec un seul salaire. L’an dernier, 200.000 Belges ont dû prendre un second emploi. C’est ce qui ressort de chiffres de la Banque carrefour du Service public fédéral Economie, que publient Het Belang van Limburg et la Gazet van Antwerpen. Normalement, le nombre de Belges ayant un second emploi augmente de 8.000 unités par an, mais l’an dernier, il a soudainement augmenté de 25.000 unités. Selon le SPF Economie, les personnes concernées sont surtout des hommes célibataires ou séparés, entre 25 et 50 ans. Ces personnes se retrouvent dans le commerce de détail, le secteur des soins de santé ou dans l’enseignement et combinent souvent un emploi la semaine et un job le week-end.”
-
Articles récents
Liens
Commentaires récents
Archives
Catégories
Méta