Un bien beau parti

N’importe quel scientifique un tantinet aguerri le confirmera: c’est dans la répétition d’un phénomène qu’on mesure son caractère non accidentel, significatif. À ce titre, les “soucis” répétés du Parti socialiste en Wallonie comportent donc leur lot d’enseignements. Ils ne peuvent relever de l’accident de parcours, même sur un parcours accidenté. Donfut chez Toit & Moi, Tassone chez Trace, le bras de fer autour de la désignation du futur administrateur général du Forem… Et on ne fera même pas l’insulte de parler ici de la politisation de l’administration régionale: elle appartiendrait, nous répondrait-on, à une ère ante éthique aujourd’hui révolue.
La répétition signale, donc. Mais quoi? Sans aucun doute, le regard qu’à ce parti, ou du moins ses dirigeants, sur la chose publique: l’État, ses structures, ses officines, ses ramifications… Le message subliminal des récentes affaires, c’est que ces postes dirigeants, dans des structures financées par les deniers de la collectivité, reviennent “de droit” à des socialistes, à des “fidèles” du parti, à des “proches” de ses dirigeants… Des candidats dont la qualité première, avant même la compétence, réside dans leur fidélité à la structure partisane et son sommet. On peut certes organiser une procédure de désignation à laquelle chacun peut participer. Mais celle-ci n’est jamais qu’un petit théâtre où se donne la représentation d’une pièce déjà écrite. Et dont l’issue ne suscite aucun doute.
Sauf que… Tout le monde n’appartient pas au PS et n’ambitionne pas nécessairement de se fondre dans sa doctrine militaire. Résultat: il arrive que des indociles jouent les grains de sable et enraient cette “belle” mécanique qui permet, pour peu qu’on dispose de la bonne carte de parti et du bon capital social(iste), de mener carrière dans les structures publiques et parapubliques de Wallonie.
Bon nombre d’éminents membres du PS voudraient nous convaincre que ce n’est pas le cas et que ces épisodes malheureux de la gouvernance wallonne cachent des changements de comportement largement partagés par les nombreux adhérents du parti à la rose. On voudrait les croire mais chaque nouveau scandale laisse alors le sentiment d’avoir été trompé. Et puis, il y a ce témoignage de Léonid, 18 ans, criant de sincérité, relaté par la Meuse dans son édition du 11 mars dernier: “Mais pourquoi a-t-il effectué la démarche maintenant? À cause de la crise? “Sans doute un peu… Les temps sont durs pour trouver un emploi et je ne tiens pas à me retrouver au chômage. Pour éviter ça, on m’a conseillé plusieurs fois de prendre ma carte au PS. Il paraît que ça ouvre des portes pour trouver un job. Je m’y suis pris un peu à l’avance:
: je terminerai en juin ma formation en carrosserie”.

Après cela, on ne peut s’empêcher de penser que le PS est perçu par une partie de la population comme un beau, un bien beau parti. De ceux dont rêve tout parent pour leur progéniture. Et que si cette idée s’ancre dans les esprits, elle le doit en partie au parti.
PASCAL LORENT

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