Starsky et Hutch sont à la retraite. Nous n’étions même pas au Quai des Orfèvres. Mais la sortie de Tristane Banon était digne d’une séquence de téléfilm policier, à la fin de sa confrontation avec Dominique Strauss-Kahn. Sortie en trombe d’une Renault Espace, toutes sirènes hurlantes, prenant la rue à contre sens. D’après un confrère photographe bien placé, la jeune journaliste était couchée sur la banquette arrière, malgré les vitres fumées qui protègent des preneurs d’images. Ne manquait qu’un crissement de pneus. Une demi-heure avant, DSK est sorti de la PJ sur le mode « regardez comment je suis détendu » : sourire crispé mais sourire quand même, le pas plutôt « regardez comment je suis pas du tout pressé. »
Trois heures d’attente pour ça. Un grand classique dans ce type de sujet. Mais quand on est une petite centaine de journalistes, c’est toujours assez étrange. Après avoir achevé sur le trottoir la lecture des journaux du matin, il nous reste les mots croisés, puis plus rien. J’ai opté pour les souvenirs de tournage du preneur de son de France 3 dépêché sur place : il a fait pas mal de « Thalassa », notamment en Inde ou au Salvador. J’ai pas perdu ma matinée, je suis incollable sur la prise de son en milieu hostile. Aux fenêtres de l’immeuble de la PJ, des têtes dépassent, mais discrètement. Parce que les fonctionnaires de police font comme madame Michu qui habite en face et contemple le spectacle. Elle a fini par descendre, moulée dans son caleçon imprimé léopard (véridique, je précise, tellement c’est cliché.) Elle lancera à une de ses voisines: «Mais c’est tout de même pas un délinquant, hein madame ! » Pourtant, il est traité comme tel : il a été confronté à son accusatrice devant les enquêteurs de la brigade de la répression contre la délinquance à la personne.
Bref, excepté madame Michu en caleçon léopard, j’ai de nouveau eu nettement l’impression d’avoir mis les pieds dans la série policière américaine de cet été. Excepté aussi le cordon de policiers les bras croisés dans le dos pour nous contenir sur le trottoir. Ca c’est la France : on copie les séries américaines, mais on adapte avec l’exception culturelle et c’est beaucoup moins amusant.
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Madame Michu, moulée dans son caleçon imprimé léopard, elle a pas eu peur de la réaction éventuelle de Domi le lapin ?
A la lecture de l’article, l’une des questions qui me vient est : “mais que diable faisiez-vous là ?!” Attendre quoi, pourquoi ? Votre métier est absurde quand il prend ce chemin-là. D’autant plus que vous saviez fort bien qu’il n’y avait rien à attendre à cette sortie (à part un improbable trébuchement de l’homme ou une apparition quasi mariale de la jeune femme), mais vous avez attendu. Cela s’appelle sans doute “couvrir l’événement”. Ce qui m’épate le plus, c’est que vous ne vous posez aucune question, et mieux vous trouvez cela normal au point de le raconter d’une manière que l’on pourrait qualifier de naïve.
D’abord, merci pour votre réaction. Je vous invite à lire un précédent article de la même rubrique, intitulé “Voir DSK à Paris et se sevrer des images”, il touche pleinement à votre commentaire. En tant que journaliste belge, je suis toujours assez étonnée de voir la dimension que peut prendre un sujet en France, vu le nombre considérable de médias dans ce pays (en particulier les médias télé.) Je trouve que cet aspect mérite le déplacement, j’en tire généralement des enseignements sur certaines évolutions du métier. Par ailleurs, ce que je ne précise pas dans mes articles, c’est que je travaille aussi et surtout en radio. Je me dois donc de ramener du son. Au mieux, Tristane Banon ou une personne de son entourage aurait pu s’exprimer. Au pire, du son d’ambiance agrémente les billets radios.
J’ai lu le texte que vous m’invitiez à lire. Je retire ce que j’ai dit. Non pas sur le sens de l’attente de l’apparition des “héros de notre fiction préférée” (du moment), mais sur votre conscience. Du coup, la question devient générale car j’imagine que nombre de journalistes attendant les “vedettes de l’actualité” devaient ressentir la vacuité de l’exercice. Il semble cependant que cela n’empêche pas de dormir, alors, vous pensez bien, moi non plus. Par ailleurs, je suppose que dans une attente qui doit être interminable, on se crée un réseau professionnel en parlant avec des collègues qui pourront être utiles plus tard… En tout cas, et en vous remerciant pour le ton de votre réponse, on peut croire que d’ici la fin de l’année, il y aura encore de nombreuses heures d’attente : bon courage !
100% d’accord; j’en ai marre de cette hypochrisie consistant à critiquer un phénomène auquel on participe et qu’on amplifie; en Belgique c’est devenu tendance dans le “service public” rtbf…
Oui mais bon. Si nous sommes tous d’accord pour penser et dire que “c’est du vent tout cela”, pourquoi encore s’attarder sur le sujet. Vous faites le choix d’observer, et on vous paie pour cela. Moi je fais le choix de l’ignorer. Un peu raté cette fois, je me suis laissé piégé par le titre « La sortie de Banon digne d’une séquence de téléfilm » qui faisait référence à du cinéma, ou du moins à du scénario. Merdalor c’était pas ça, me suis fait eu. Quant à l’évolution de la presse, vous dites “du métier”, on dirait bien qu’il s’oriente vers” de plus en plus de blogs”. Ce n’est plus de l’information, c’est de l’opinion. A chacun son petit éditorial. Et puis on finit comment? En philosophe ou en donneur de leçon? Je ne suis ni pour contre ni contre, bien au contraire?
Ben oui, moi aussi je me moque de mes semblables. Et y a de la matière (à scénario).
“Ce n’est plus de l’information, c’est de l’opinion”
L’information étant une “Mise en forme”, cela sous-entend qu’il y a déjà qu’il y a de l’opinion dans l’air. Et alors? Depuis quand les journalistes sont objectifs? Vous le savez bien, cette notion d’objectivité n’est qu’utopie.
Le métier de journaliste a changé, ils sont de plus en plus rares à aller eux-même vers l’information, faute de moyens oblige, alors saluons ceux qui continuent à aller au charbon, à décrocher de leurs écrans, au risque parfois de revenir avec du vide…
Aujourd’hui, je préfère un blog d’humeur, qui a le mérite d’analyser, qu’une pauvre dépêche copiée collé, reprise par de nombreux journalistes. A bon entendeur…
J’adore la conclusion. ^^