Les médias français à la botte des pouvoirs

C’est très mal parti cette campagne présidentielle. Je vous passe le fait que Marine Le Pen et ses « longues jambes »* gambadent dans les sondages. Ce qui me fait aussi flipper à 100 jours du scrutin, c’est que depuis mardi, j’ai un point commun avec Jean-François Copé. La tribune de François Hollande étalée en Une de « Libé », je trouve que ça convertit le journal en « tract électoral. » Tout ça pour faire un effet de Une. C’est cher payé. Je l’ai lu dans le Thalys Bruxelles – Paris. Je quittais un pays où cette pratique si peu journalistique est inconcevable, pour arriver dans un pays qui trouve ça normal. C’est « une habitude », une « tradition » : « Mais oui, souvenez-vous, Mitterrand avait fait pareil. » Dans le landernau médiatique français, un peu trop de choses sont devenues « normales », à force de laisser faire sans jamais s’indigner un bon coup.

Comme le Président qui choisit les journalistes pour l’interviewer, par exemple. « Atteeeends, mais ça a toujours été comme ça ! » A force, le Président est allé jusqu’à choisir la société de production, et le réalisateur de ses meetings, le tout imposé au service public (voir l’article « Sarko à la Chavez » ou la vidéo ci-dessous.)

Bref, la semaine dernière, je peinais encore à me remettre de la tiédeur des réactions face à la Une de « Libé », quand « Le Parisien » nous fait le coup du « sale mec ». Hollande aurait « traité » Sarkozy. A Paris, les journalistes sont en train de tuer une pratique précieuse : le off. S’il n’y a plus de « off the record », parce que nous ne le respectons plus, il ne reste que la langue de bois. Déjà que le « Petit journal » de Canal+ a entamé le travail de sape avec ses perches kilométriques captant les a parte…. Si même la presse écrite s’y met, ça va devenir indigeste de couvrir la politique. Mais ma crise de foie parisiano-médiatique s’est réellement déclenchée quand France 2 a fait l’ouverture de son 20h avec l’affaire du « sale mec ». Et au rappel de « la principale information » en fin de journal, j’ai vraiment failli vomir.

Je pense que je pourrais écrire ici le plus long papier de mon blog. Mais je vous épargne mes états d’âme sur Etienne Mougeotte, le patron de la rédaction du « Figaro », qui interviewe le propriétaire du journal, Serge Dassault. Ou le même Serge Dassault qui se taille un édito dans son journal pour expliquer – sous couvert de bons voeux aux lecteurs – qu’il faut voter Sarkozy. Ou encore le chroniqueur de la radio RMC, Eric Brunet, qui a reçu – et accepté ! – la Légion d’Honneur. Alors, serait-ce bien la peine que je vous rappelle les efforts de TF1 pour enrôler sa rédaction derrière Sarko ? Ou la discrétion de France 3 dans son soutien au PS ? Tiens, je ne vous ai pas encore dit que Michel Sapin, qui rédige le programme de François Hollande, s’est marié avec une journaliste des « Echos » ? C’est la grande mode au PS en ce moment, se maquer avec une journaliste (française ! ).
En 2007, Alain Duhamel était « mis en congé » de France 2 pour avoir déclaré son soutien à François Bayrou. Pas dans un média. Mais dans une conférence devant des élèves de Sciences Po, dont la vidéo s’est retrouvée sur le net. C’était il y a 5 ans. L’équivalent d’un demi-siècle dans l’ère médiatique. Aujourd’hui, plus de complexes ! La France est devenue le pays des médias d’opinion.

* « J’ai le coeur plus pur et les jambes plus longues que Nicolas Sarkozy » (Marine Le Pen au 20 heures de France 2)

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11 réponses à Les médias français à la botte des pouvoirs

  1. Gilles dit :

    Juste une coquille,

    C’est Alain et non Patrice Duhamel (ce dernier est le directeur des programmes de France 2 si je n’abuse !)

    Sinon, l’article est quelque peu édifiant :s

  2. Bibi dit :

    Incroyable cette article, et pas dans le bon sens ! Et alors mettre la vidéo de Morandini, on a touche le fond ! Que la journaliste suisse prenne pour exemple Audray Pulvar comme journaliste objective est le fond du fond ! Qui l’eut crû, seul Bernard Montiel remet en place la petit journaliste moralisatrice provenant d’un pays qui a pour parti dominant un parti d’extrême-droite ! Pan, ramasses tes dents !

  3. seb dit :

    Très sympa de voir une journaliste de chez nous rappeler quelques principes de bon sens critique à nos voisins donneurs de leçons… bien joué :-)

  4. Josy dit :

    La Belgique n’est certainement pas un exemple à suivre… Si il y a beaucoup de choses à critiquer en France, la Belgique n’est sûrement pas mieux lotie. Plus aucun journal ou revue qui “rue” dans les brancards. Les journalistes les plus critiques sont tous passés à la trappe. En Belgique le “Pourquoi Pas” n’a pas été remplacé; en France il y a toujours l’hebdomadaire “Marianne”. Tous les journaux et leurs journalistes font partie du “consensus mou” propre à notre pays. Des choses au moins aussi graves se passent mais la presse n’en fait pas état. C’est pourquoi j’ai quitté ce pays où quelques groupes ont pris le pouvoir sans que la presse ne s’en offusque aucunement.

  5. ALUK dit :

    Quel article nullissime, à l’image de la presse politique belge en soi. Style vulgaire et parti pris basique.

    • Seb dit :

      Casser du belge vous dispense-t-il de vous interroger sur les relations incestueuses entre certains médias et politique en France ?

      • DIPAMA D. dit :

        Bien dit Seb.Casser du belge n’enlève rien à la réalité de ce qu’elle avance.
        Je suis du Burkina Faso et je vous assure que les médias burkinabè,en matière de collusion avec les hommes politiques,sont 10 fois meilleurs que les médias francais.
        Courage Charline,il faut être guerrière!

  6. Guillaume dit :

    En attendant, Bart De Wever a une chronique hebdomadaire dans un des journaux néerlandophones les plus connus.
    Qui s’en indigne dans la presse belge?

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