« Tu sais ce que tu feras toi, en juin ? » – « Aucune idée »… Je suis dans un bus presse, devinez lequel. Autre indice : « Moi, en juin, je serai correspondant au Vatican… » Voilà : j’ai embarqué sur le « Sarko tour ». Ca fait un moment. Mais je me rappelle avec nostalgie de cette époque où j’ouvrais grand les écoutilles sur le terrain. Car depuis, plus rien : dimanche 22 avril, à deux rues de la soirée électorale et une heure du direct, je me suis vautrée en scooter. J’ai dû sentir que Marine Le Pen devenait « le centre de gravité » de cette élection, et j’en ai perdu l’équilibre. Mais une fois à terre, « la campagne vue du sol », c’est finalement moi qui ai la meilleure vue, étant donné le niveau désastreux du débat.
Bref, je repense donc à l’un de mes derniers déplacements. A cette journaliste du Sarko tour qui m’a dit en riant : « Tu crois pas que j’te vois pas venir avec tes questions ? » Après avoir constaté un engouement souvent trop débordant chez certains de mes confrères du Hollande tour, je prenais la température du camp d’en face.
Quelques confrères étrangers m’avaient mise au parfum : « Dans le bus, tout le monde trouve la campagne de Sarkozy improvisée et chaotique, mais personne ne l’écrit ! » L’équipe du candidat s’attendait à ma venue : j’ai ouï dire « Elle va venir faire le parallèle avec le Hollande tour. » J’ai donc laissé passer ce qu’on appelle le « buzz », pour pouvoir faire mon travail normalement. En effet : le lendemain du « buzz », ma consoeur du « Soir » recevait un pass pour les deux pools de la visite d’entreprise de Sarkozy !
« Moi, je suis nouveau dans le suivi de Sarkozy, je suis là depuis août », me dit un confrère français. « Alors, je suis aux petits oignons, on me met en première classe dans l’avion. » Il me confie aussi que lorsque les journalistes parisiens sont embarqués en Guyane, ils passent leur temps libre « à twitter au bord de la piscine de l’hôtel. » La Guyane française avait récemment connu un épisode de fièvre, à cause de la vie chère. Il a suffi à mon confrère de pousser sa curiosité sur les marchés et les supermarchés de Cayenne pour ramener un reportage de plus. Et pas que le fameux « off » de Sarkozy, qui disait pour la première fois : « Si je perds, je quitte la politique. »
Puis ce fut le drame de Toulouse. Et le candidat est redevenu président, avec François Hollande sur ses talons. L’espoir soufflait à nouveau à droite. La bulle d’oxygène aura duré deux semaines. Et au moment où j’arrive sur le Sarko tour, mi-avril, ça sent à nouveau la défaite. Les journalistes accrédités à l’Elysée ont l’air blasés. On est loin de l’ambiance plus festive et rigolarde du Hollande tour. « Oui, cette campagne est dans un trou d’air, c’est pas l’enthousiasme », m’explique une journaliste. « Nous, on sera tondus à la libération ! », me lance une autre. « Moi je n’ai pas de plan de carrière, donc peu importe, je ne sais pas qui je suivrai après l’élection. Il y en a d’autres qui ont anticipé, qui écrivent un bouquin, par exemple. » Elle me désigne ce journaliste qui relit ses pages, l’ordinateur portable coincé sur ses genoux pendant les trajets en bus. Il y en a d’autres pour qui c’est une aventure au plus près du pouvoir qui s’arrête, si Nicolas Sarkozy ne passe pas. « Je vois un score ultra serré, genre il peut passer avec 50,3% des voix. »
Bien sûr, je n’étais pas inscrite dans le pool malgré ma demande en amont. Ni dans le A, ni dans le B. J’ai choisi un moment où le service de presse était un peu débordé pour réclamer le sésame, pour provoquer une réaction « Si je ne lui donne pas elle ne va pas me lâcher celle-là ! » Bingo : pool B. Mais peine perdue. Dans un déplacement avec Sarkozy, même faire partie du cercle ne vous apporte rien, le cercle est bien trop grand. Je suis rentrée avec une pêche bien maigre : un son d’ambiance capté par une perche Europe 1, où Sarkozy reçoit un t-shirt « Oh j’en ai toujours besoin, vous savez pourquoi ! » et un vêtement pour sa fille « Qu’est-ce que vous êtes gentille ! » Un son absolument sans intérêt pour mes confrères, mais pour moi, un moment d’ambiance indispensable pour compléter un long carnet de campagne. « Tu rigoles ? Ca t’intéresse vraiment ce son ? », me dit le perchiste. J’ai eu comme l’impression de faire les poubelles… Dépitée, pour ne pas rentrer bredouille, j’interroge alors David Douillet, ministre des sports. Qu’est-ce que vous avez appris auprès de Nicolas Sarkozy ? « La concentration » Euh… Mais vous n’étiez pas champion olympique par hasard ? « … »
Si je n’étais pas immobilisée par ma pirouette en scooter, je serais curieuse de palper l’ambiance aujourd’hui, sur le Sarko tour, maintenant que Nicolas Sarkozy se met à plat ventre devant l’extrême droite. J’imagine l’ambiance délétère.
Le climat est aussi tendu avec les journalistes, puisqu’au moment où j’écris ces lignes, j’apprends que ma consoeur Marine Turchi (Mediapart) a été agressée par des militants UMP au Trocadéro. Il est vrai qu’à la sortie des meetings UMP, l’accueil des micros n’est pas toujours très chaleureux. La relation ambiguë entre Sarkozy et les journalistes se reflète désormais à la base. Il est temps que cette campagne se termine.
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Et la santé va mieux après la chute ? Le suivi sur Twitter est resté drôle. Chapeau bas pour l’humour malgré tout.
Bon rétablissement, et merci pour ce regard honnête sur le suivi de la campagne !
Oui Charline,il est temps que cette campagne se termine.Bon rétablissement et courage!
C’est vrai que vous restez active sur Twitter et que le moral semble tout de même au beau fixe.
Quant à l’agression au meeting UMP, si ça avait été à un meeting du Front de Gauche ça aurait fait les unes de tous les journaux du pays.
Ceci dit, et en dehors de ce cas particulier, une carte de presse ne donne pas non plus droit à faire tout et n’importe quoi !
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Bonjour Charline,
En scoot dimanche après midi?
De toute manière branchée sur lesoir.be le 6 à 18h
Bien à vous
pas fan de sarko mais il va gagne 50 .5 le ps a parler du vote des immigres avc 18 pourcent de vote pour le fn au niveau tactique electorale pas terrible
Je viens de lire votre article suite à votre passage à CSOJ (qui reste la meilleure émission d’actualité et de culture française actuelle, soit dit en passant). Je n’ai pas une grande expérience du milieu journalistique, mais j’ai été interessé par une remarque que vous avez formulée à propos du présent article. Vous le décriviez comme une conséquence basique de votre devoir d’observation et d’information, et trouviez étonnant (ou donniez l’impression de l’être?) que vos collègue s’en insurgent. En tout cas il est clair que décrypter les ressorts même du processus qui vous fournit de l’information est une gageure pour un journaliste. Alors que l’explication de la méthode devrait être aussi naturelle pour un journaliste que pour un chercheur – ou un homme politique, ou toute personne dont le métiers inclut de fournir de l’information fiable.
Cela m’a fait pensé à une illustration connue de la théorie des jeux, et plus particulièrement de ce qui constitue l’équilibre dans une situation stratégique (comme celle des biens nommés “pool”). le “Tout le monde se tiens” en novlangue “parlervrai”. Cette illustration se nomme “le dilemme du prisonnier”. Deux bandits sont arrêtés et complètement isolés l’un de l’autre. ils ont trois possibilités, et le savent: soit-ils l’un des deux dénonce son complice, il est alors libéré tandis que l’autre prends la peine maximale; si il y a aveux complet des deux, les deux écopent d’une peine moyenne. Enfin si aucun aveux n’est formulé, la peine sera minimale. Le dilemme proviens du danger entre tenter la relaxe (sachant que si l’autre joue le même jeu, les deux seront punis), ou la solidarité (sachant que si l’autre joue la relaxe, la peine pour soi sera maximum). Il montre à quel point, dans une situation stratégique, la coopération/confiance/complicité est une donnée fondamentale, mettant en echec l’idée d’un équilibre naturel dans les jeux concurrentiels.
En déplaçant l’analyse du candidat au processus de contrôle que son équipe tente d’exercer sur l’informant, vous êtes un peu dans la position du prisonnier qui préfère dénoncer son complice et être libéré (l’ informé étant juge?). Les autres ont misé sur une petite peine partagée (la simple méfiance du lecteur pour “les médias” en générale), et écopent de la “peine maximum”: le rejet du lecteur pour “une certaine presse”, réputée vendue, ou même certains journalistes. A concurrence des autres, ceux qui ne font pas parti du pool par exemple (le refus faisant parfois office de vertue!). Ajoutons que le Dilemme du Prisonnier envisage la situation de jeu répétée, et prévoit que celui qui a déjà subit un revert est plus enclin à rompre le “pacte” et dénoncer ses complices. Vous pouvez sans doute invoquer cette circonstance atténuante (le refus d’accès au pool constituant une ?) pour vous rabibocher avec vos collègues, en leur expliquant que vous êtes une victime de la théorie des jeux!
En fin de compte, vous avez commis l’erreur de vous en prendre au prisonnier plutôt qu’au dilemme. Cette stratégie inversée, qu’avait employée Laurence Haïm pour son documentaire No Access, lui a permis en dénonçant dans la campagne d’Obama la rigidité des communiquant plutôt que la faiblesse silencieuse (et donc complice et fainéante) de ses confrères, de rencontrer, à ce que j’en sais, un succès d’estime auprès des autres journalistes et réalisateurs de documentaires.
Bonsoir, Charline, vous êtes charmante et talentueuse. J’ai beaucoup apprécié votre tirade sur la diversité en France chez Taddeï. Vous avez tout compris sur l’avenir de l’Europe… Merci, Pascal, journaliste.