L’apéro chez François Hollande, c’est normal !

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«Bonjour à tous, afin de fêter la fin de la campagne, vous êtes conviés à un apéritif au 59 avenue de Ségur ce lundi 14 mai à 12h00. Amitiés, Manuel VALLS» L’équipe de François Hollande invite les journalistes du « Hollande tour » à un apéro. Sans autre prétexte que de « fêter la fin de campagne » : ça sent le « merci à tous » à peine déguisé. Qu’un parti organise un apéro pour remercier ses équipes ou ses militants, très bien. Mais qu’il invite les journalistes, voilà une pratique douteuse, fort peu éthique. Voilà qui est étonnant de la part de François Hollande. Ce type d’invitation aurait plutôt été le fait de Nicolas Sarkozy…
Fallait-il accepter cette invitation ? A mon sens, non. Au risque de se couper d’une info? Toujours non, car rien d’important n’est dit en ce genre de circonstance. Mais je vous indique toutefois cet article en ligne sur « l’événement »* :

http://www.francetv.fr/2012/hollande-dit-au-revoir-au-hollandetour-137475

Mettons-nous un instant dans la peau d’un journaliste du « Hollande tour », « attaché au suivi du PS » (comme on dit ici), et désormais « attaché à l’Elysée ». Même retors à cette idée de participer à l’apéro, son rédacteur en chef l’obligera à y aller. C’est bien pour ça que ce sont les mêmes journalistes, dans chaque rédaction, qui suivent Hollande : pour connaître à fond le dossier, certes, mais surtout pour nouer des contacts, obtenir des confidences, des exclusivités, etc. Et cela se gagne, en France, au prix d’une proximité avec les équipes politiques. Cet apéro en est tout le symbole.
On est pourtant encore loin des yeux de biche qu’ont pu faire les médias à Nicolas Sarkozy, et de la manière dont il a joué de cette relation avec la presse. Tous deux s’en sont d’ailleurs mordu les doigts : pour illustrer ce rapport de cour, voici ce montage réalisé par Alexandre Lemière (aucun rire n’a été ajouté, et c’est bien là le drame…)

Mais le coup de l’apéro ne s’arrête pas là. Une fois les coupettes rangées, je reçois, comme tous les autres journalistes accrédités au Hollande tour, ce mail de Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du président élu :
« Merci les amis vous avez été d’une efficacité et d’un dévouement remarquables. A très bientôt j’espère. Najat vb »

Je m’étrangle. La porte-parole du désormais président est en train de remercier la presse pour son « dévouement » ? Je tweete ! Donc, forcément, je reçois une volée de bois vert : « Elle répondait en fait à ses équipes. » Une erreur ? En effet, elle a « répondu à tous » alors qu’elle ne voulait s’adresser qu’aux membres du service presse du PS. » La faute à ce mail, qui, lui, est bien adressé aux journalistes, et auquel a voulu répondre Najat Vallaud-Belkacem :
« A tous, l’ensemble de l’équipe du service de presse qui a suivi la campagne de François Hollande avec vous a été heureuse d’avoir partagé ces moments. Nous souhaitons à tous une excellente suite… “, Dominique Bouissou, Claude Torrecilla et le Service de presse de François Hollande, Président de la République.

L’histoire de ce mail est bien sûr un détail. Mais pas complètement insignifiant. Car d’abord, quel besoin de dire aux journalistes : l’équipe de Hollande « a été heureuse d’avoir partagé ces moments » avec vous ? On dirait un message de fin de croisière. Une fois de plus, un « merci » qui n’est pas toujours des plus heureux entre le pouvoir et la presse. Ensuite, si j’ai démarré au quart de tour en tweetant cette confusion des destinataires, c’est surtout que j’ai immédiatement perçu ce mail comme « crédible. » Très étonnant, mais oui, oui, « crédible » ! Tout simplement parce que je garde du Hollande tour ces images de complicité entre « NVB » et certains journalistes du Hollande tour. Ce qui, humainement, est logique, quand on passe trois mois à voyager ensemble à travers la France. Mais, au risque de me répéter, cet effet « colonies de vacances », voire « syndrome de Stockholm » ne me paraît pas servir la cause du journalisme.
A l’heure des réseaux sociaux, et particulièrement en France, le moindre grain de sable dans les rouages du monde politico-médiatique peut très vite devenir une montagne. Ici et à cette heure, je constate que mon travail doit prendre en considération cet attachement au détail.

*Seul effet positif de cet apéro pour les lecteurs, ce joli billet posté par le correspondant d’ « El Pais » à Paris, Miguel Mora : http://blogs.elpais.com/aqui-paris/2012/05/hollande-se-despide.html

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13 réponses à L’apéro chez François Hollande, c’est normal !

  1. Johan Rinchart dit :

    Putain, quelle pisse-vinaigre, celle-là…

  2. FM vdRest dit :

    Le fait d’organiser une cérémonie de départ pour mettre publiquement fin à la proximité qui existait durant la campagne, autorise peut-être les journalistes à quitter leur posture de courtisans. J’ai le sentiment que le nouveau président leur rend, ne fût-ce que symboliquement, la liberté de leur fonction, ce qui s’oppose aux habitudes prises lors du précédent quinquennat. C’est normal, donc, c’est anormal.
    Par contre, je suis assez d’accord avec votre inquiétude “vinaigrée” par rapport aux mails mal adressés et à l’auto-satisfaction : il y a de la collusion entre la porte-parole et ses clients. Et que la belge avec une jambe dans le plâtre vienne foutre le boxon dans des salons aveugles et complaisants est plutôt ravigotant.
    [et donc, bravo, hein, si en cas !]

  3. tiennot dit :

    Evidemment, une fois le candidat élu, les journalistes qui le suivent deviennent un peu malgré eux un organe du pouvoir, ça fait tout de suite moins rebel. J’ai été étonné que Hollande reçoive un tel appui de journaux se disant “indépendants”, comme Le Monde par exemple. Tout ça est assez triste tout compte fait. Heureusement qu’il reste internet, sinon l’auto-censure des journalistes suivant Hollande (maintenant l’Elysée) deviendrait assez pesant.

  4. observateurbxl dit :

    Nonobstant la personnalité des candidats à Présidence française, leur tempérament politique, leur programme, on voudrait nous faire croire que la presse “n’a pas de parti pris”, ou plutôt qu’elle adopte, selon tel ou tel média, un “certain parti pris” par simple idéologie ou “raison éclairée du journaliste”, qu’il n’y a jamais de “proximité douteuse avec le pouvoir” (parce qu’en désaccord avec la déontologie journalistique – “la distance”) comme le répète ici Charline. Allez, allez, Sarko a bien des défauts mais je laisse aux historiens en journalisme à présenter l’historique d’une couverture médiatique sur son quinquennat présidentiel la plus “calamiteuse” de l’histoire de la Vè République, à mon humble avis. “Qu’il l’ait bien mérité”, c’est une autre question…

  5. Paul le poulpe dit :

    Jamais content les journalistes… Avant ils se plaignaient de ne plus avoir la parole libre, maitenant il se plaigne d’en avoir trop… On reve. Decidemment entre lz maigre qualite des articles et de ceux qui les ecrivent, il serait bon de revoir la formation des journalistes, qui a perdue en qualite depuis plusieurs annes deja et de maniere flagrante

  6. Jean S dit :

    “Je tweete”
    “A l’heure des réseaux sociaux”
    etc.
    Il est plutôt là le problème – pas deux secondes de recul, toujours à vouloir “débusquer le scoop”, mais, en réalité, à rechercher le buzz…
    “Tourner 7 fois sa langue…”, on n’apprend pas ça, à l’école de journalisme ?

  7. boully dit :

    Pourquoi s’étonner que l’équipe de François Hollande remercie la Presse ? Quand on voit l’antisarkosisme dont a fait systématiquement preuve l’immense majorité des journalistes, c’est normal !

  8. Elise Martin dit :

    Yes, article pas très consistant. Pour avoir un vrai regard sur le pouvoir et la presse, aller voir le docu “Les Nouveaux chiens de garde” de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat…

    • LudoLG dit :

      Il ne faut pas non plus oublier une chose, c’est que ce documentaire, tourné lui aussi de façon très subjective, ne parle que d’une poignée de journalistes, parmi les plus connus. Il ne faut pas croire que le journalisme se limite à PPDA et autres Pujadas, on parle d’une soi-disant “élite”. D’ailleurs, Gilles Balbastre le dit lui-même lors des soirées projections-débats de ce film, il ne s’agit pas de blâmer TOUS les journalistes, seulement une (petite, voire minime) partie d’entre eux.

  9. HENRI dit :

    Les journalistes du Hollande tour manquent-ils de curiosité au point de ne pas être allés sur le site de l’INA pour comprendre la vision du travail du candidat, devenu Président ? C’est fort dommage car on aurait compris à temps comment l’on peut très bien vivre, sans se fatiguer, lorsqu’on est conseiller référendaire à la Cour des Comptes et/ou député. En 1989, le jeune François explique, sans langue de bois, comment il conçoit sa vie d’homme politique. A déguster :
    http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/I05262220/une-vision-singuliere-de-la-cour-des-comptes-le-privilege-d-y-travailler.fr.html

  10. Eustache Daly dit :

    Je pense que cette Charline Vanhoenacker n’a jamais vu la complicité et le lien d’interdépendance extrêmement étroit qui existe entre les journalistes (des organes de presse subsidiés par les pouvoirs politiques…) et les représentants des partis représentés dans les Parlements et autres assemblées locales.
    Ou alors, elle se moque de nous…

  11. infocarto dit :

    Je ne comprends pas bien sur quoi se fondent les reproches faits à ce billet dans les commentaires. Ce récit a au minimum l’intérêt de dévoiler le fonctionnement du système. Quant aux Nouveaux Chiens de Garde, le propos du film est justement phase avec ce qu’on lit ici. On aurait aussi pu citer DSK, Hollande, etc. de Pierre Carles.

    • AirOne dit :

      Pour comprendre la hargne de certains commentaires c’est assez simple : quand Charline parle de Sarkozy les militants UMP débarquent, et quand elle parle du nouveau président et de ses affidés, ce sont les hollandais qui prennent la relève.
      Il revient donc aux charlinistes (ou charlinois, au choix) dont je fais partie de défendre ses excellents billets en la priant de vite revenir sur @SI, sa présence nous manque !

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