Deux hommes pour un Etat

un choc, une menace, une opportunité

rédactrice en chef

La Flandre s’est choisi un nouveau roi. Un nouveau héros. Le succès, en voix, en sièges, est énorme. Bart de Wever pourrait être couronné comme un des hommes politiques les plus populaires de l’histoire flamande.

La Flandre a parlé. Fort. Tous les partis du Nord ont perdu des électeurs au profit de la N-VA. Vu de l’étranger, un seul message va passer : le plus important parti flamand est séparatiste. De Wever est le nouveau maître du jeu politique belge. En sera-t-il le fossoyeur ?

Ce triomphe électoral place Bart De Wever dans une position extrêmement puissante, à l’intérieur de la Flandre, mais aussi par rapport aux francophones. Certains parlaient hier de tremblement de terre, d’un moment sans équivalent dans l’histoire belge. C’est de fait historique.

Cette victoire incontestable a cependant ses limites, du fait même de son ampleur. Les Flamands qui ont voté pour Bart De Wever et ont permis son sacre ne l’ont pas chargé de couper le pays en deux – du moins pas tout de suite – ou de décréter l’indépendance flamande illico. Ils crient surtout haut et fort aux francophones et aux partis traditionnels flamands : réformez le pays, régionalisez davantage. Si le message n’est pas séparatiste, il exprime un ras-le-bol et est clairement nationaliste.

Le chaos pourrait être au bout de ces élections. Par essence, le vainqueur flamand d’aujourd’hui, même s’il est absolument démocratique, ne peut pas inspirer confiance aux francophones qu’il retrouvera à la table de négociations. Toute main tendue sera toujours vue comme suspecte et cachant un coup de Jarnac.

Il y a pourtant à l’issue du vote de ce dimanche une immense opportunité. Car deux vrais détenteurs du pouvoir dans chacune des deux communautés sont à la manœuvre. Le socialiste Elio Di Rupo, grand vainqueur des élections côté francophone face à De Wever : c’est le choc de deux puissances qui incarnent, jusqu’à la caricature, l’essence même de leur communauté et sont extrêmement légitimes au sortir des urnes. Des partis aux desseins et aux positions idéologiques absolument opposées, mais qui sont aussi en position politique pour construire un véritable pacte. Ils en ont le pouvoir, la force, et ils souhaitent tous deux être maîtres chez eux. En auront-ils le courage ? Car De Wever devra accepter une logique qui servira en bout de course à sauver la Belgique. Di Rupo celle qui consiste à commencer à la démanteler.

Les francophones ne peuvent ignorer le message donné hier par l’électorat flamand sous prétexte que c’est De Wever qui le porte : ce message traverse les leaders flamands (De Wever aujourd’hui, Leterme hier, le Belang demain ?). Les Flamands ne peuvent ignorer le message donné hier par l’électorat francophone, sous prétexte que c’est Di Rupo qui le porte (l’unité du pays et la solidarité sont des valeurs ancrées chez tous les francophones). Ces deux hommes-là ont le sort de la Belgique entre leurs mains. Faisons-leur ce crédit à ce moment périlleux de notre histoire (encore) commune : ils ont donné hier soir des signes qu’ils l’ont compris. Reste à concrétiser. D’urgence.

DELVAUX,BEATRICE

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