Le bonheur est dans le « pré »
posté le 10 juillet 2010 |
catégorie les chroniques
Le Roi a donc chargé Di Rupo de pré-former. L’information datant de 24 heures, tous les moqueurs en activité ont déjà fait leur miel du préfixe « pré ». On va pas en rajouter. L’affaire signale juste que les carottes sont encore bien fermes. Qu’on y passera l’été. Qu’accoupler PS et N-VA sera aussi coton que marier un renne à une iguane des Indes.
Cette mission entre deux confirme que la formule exacte de la future majorité est encore brumeuse. Par définition, un formateur est un soudeur. Là, on ne dispose pas encore de toutes les pièces. Il fallait ce préfixe.
Parfois capable de discrétion, Di Rupo va se mettre à son labeur, se taire dans nos trois langues et abandonner l’actualité politique à son estivale indolence. Pour s’occuper, on va devoir se rabattre sur le MR dont les tangages, pour divertissants qu’ils soient, posent toujours de grands soucis à qui veut les analyser de manière rationnelle. Parce que, précisément, le MR n’est pas un parti rationnel. C’est un nid de guêpes, bourdonnant d’individualistes forcenés (et de quelques forcenés tout court), formé de quelques clans aux lignes floues, traversé de clivages imprécis – et… mobiles : voyez, par exemple, ces pro-Reynders à l’hiver et qui, l’été venu, se sont mis à changer de chemise.
La crise de la semaine (la désignation des sénateurs de Communauté) a pour explication un lot de facteurs connus : a. le désamour absolu entre Reyndersiens et ce groupe Renaissance formé autour de Louis Michel & fils ; b. les tensions avec ce FDF dont la francophone raideur agace pas mal de gens (surtout côté Wallon). c. etc.
Ne négligeons pas ceci : comme convenu avec Renaissance, Reynders restera au volant du MR « jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement ». Et l’animal serait bien foutu d’aller négocier une place dans la future majorité. Ce n’est pas joué ? Ce n’est pas exclu. Et de la sorte, Reynders accrocherait à son chapeau une plume qui griffera vilainement l’orgueil de ses contradicteurs, outre que, ultime exercice de ses prérogatives de chef, Didier président pourra nommer Reynders ministre (terrible, ça).
Outre qu’une négociation réussie mettrait Didier Reynders à l’honneur, des MR doutent fondamentalement de l’intérêt à monter dans un gouvernement dont les passe-temps seront : 1. assainir le budget ; 2. démantibuler l’Etat.
Certains plaident donc pour aller « se refaire dans l’opposition. »
Se refaire ? On se méfierait. Le MR a été relégué dans l’opposition de 1987 à 1999. Cette époque fut marquée par une austérité de fer (dont le plan global) et deux importantes réformes de l’Etat. Deux énormes boulevards pour le PRL. Qui ne s’en priva pas. Pendant 12 ans, Jean Gol et Louis Michel ont mené une opposition-panzer. Zéro concession. Et ça a rapporté ?
Des… clous. Entre le scrutin de 1987 et celui de 1999 (et compte évidemment tenu de l’intégration du FDF dans la fédération libérale), le PRL a… reculé de 0,3 %.
L’humiliation.
Rester au balcon, ça ne coûte rien. Mais ça ne paie pas toujours.
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