Changement d’humeur

Il fallait être myope pour ne pas voir le coup venir. Lors de l’armistice institutionnel, la Belgique (et les huit partis signataires de l’accord) ont porté Elio Di Rupo aux nues, tous enflammés par le talent extraordinaire de Sa Sérénissime Intelligence.

Quatre semaines plus tard, la Belgique, on sait pas, mais du côté des partis négociateurs, l’humeur a tourné.

Sa Splendide Habileté ne s’est pas encore fait traiter de « gros nul ».

Mais c’est à un cheveu.

Pêle-mêle : on le trouve « lent », « peu inspiré », « passif » et, surtout, on estime que Sa Haute Clairvoyance n’a pas complètement oublié qu’il était de gauche.

L’offensive est libérale. Mais pas seulement. Même le CDH y est allé de sa vacherie en stigmatisant une « absence de leadership ». Le coup qui tue : « Le PS ne se comporte pas comme un parti qui doit fournir un Premier ministre », a jeté Bruno Tobback, le président du SP.A, le parti (faux) frère.

Si attentive à sa (belle) réputation, Sa Royale Lumière doit frire de bonheur (le plus bisquant étant que son titre de formateur lui interdit de répliquer publiquement.)

Il y a deux explications à ce revirement.

En politique, les couronnes de laurier sèchent vite. Et puis, le patron du PS était en train de s’élever un peu trop haut dans l’estime publique pour ne pas donner envie à ses adversaires de réagir.

Plus fondamentalement, si l’institutionnel est un anesthésiant idéologique, le terrain socio-économique offre aux sensibilités de gauche et de droite de s’exprimer. Et là, on sent bien que les partis, étouffés pendant plus d’un an, aiment à re-croiser le fer et re-défendre leurs prés carrés.

Comme d’habitude, il y a, dans les énervements du jour, une part de sincérité et une part de comédie-communication.

Résumons l’enjeu : la droite veut compresser les dépenses, la gauche veut gonfler les recettes. Du haut de son balcon, la N-VA a exigé la clé 70/30 (70 % de l’effort en dépenses, 30 % en recettes). Tenus à l’œil par BDW, qui fixe donc leur cap, le VLD et le CD&V sont logiquement à cran.

Et Son Impériale Luminescence s’égare en pensant qu’elle va pouvoir convaincre De Croo et Beke de mollir sur l’équilibre recettes/dépenses et de se suicider politiquement juste pour ses beaux yeux.

Il y a une part de comédie, aussi, bien sûr.

Aucun parti à la table n’ignore qu’il va devoir composer, qu’il va devoir s’amputer d’un bras et d’une jambe pour que la Belgique soit gouvernée.

Cela ne doit pas les empêcher d’exiger bien fort, de réclamer à cor et à cri – même l’impossible.

C’est élémentaire, dans ce pays où les gouvernements de coalition sont des broyeurs dont ne s’échappent que des compromis informes, sans caractère, où le chat ne retrouve plus ses jeunes.

En ce pays, ce qui importe, c’est le positionnement politique. Plus que le résultat.

BOUILLON,PIERRE

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