Le moineau

C’était à l’été 2010. Les parents entrent en guerre contre la ministre de l’Education, auteur de ce fameux « décret inscriptions » empêchant les gens de librement choisir l’école secondaire de leurs trésors. Ils convoquent une manif devant le Palais de justice de Bruxelles. Le devoir nous porte jusque-là. Ambiance sur place : le climat est insurrectionnel et le pouvoir est très violemment interpellé – genre « proute (ma chère) à ces politiciens qui briment nos enfants, quoi. »

Ils avaient juré d’être en force.

Promesse tenue.

En comptant bien, et même un peu large (et sans oublier la marmaille embrigadée dans ce terrible bras de fer avec le pouvoir), ils sont bien… vingt-quatre

Allez : vingt-cinq. Cela n’empêche pas un gars de l’organisation de nous interpeller, l’index tendu, quasi menaçant : « Et dites bien dans votre article qu’on compte maintenir la pression. »

– …

L’on s’est souvenu de cet instant un peu étonnant, vendredi, en regardant ces régiments déferler sur Bruxelles. En songeant qu’ils peuvent être trente ou 100.000, le pouvoir, qu’on se le dise, aime assez peu céder à la rue.

Revoir le budget 2012 ? Personne ne s’en plaindrait. L’épure fait mal. Elle ne manque pas de crétineries (cfr. la suppression de la fiscalité verte, parmi d’autres). Et en rongeant notre pouvoir d’achat, directement ou insidieusement, elle risque même, si l’ose dire, d’accélérer le ralentissement. Mais que l’on soit pendu si le gouvernement y change le degré d’inclinaison du plus petit point-virgule.

Un budget est un accord politique. Et celui-ci est plus délicat que jamais. Le disent assez les deux mois nécessaires à sa rédaction et la folle tension qui a opposé, en finale, le VLD au PS.

Rappelez-vous : c’était la semaine dernière. On s’est ressaisi à temps (dans un sens : merci Standard & Poor’s). Mais pendant quelques jours, on a eu l’impression d’un moineau (nous…) en train de gambader entre les mâchoires d’un caïman (les marchés, les banques, S & P, l’Europe et qui vous voulez).

A l’analyse, cinoche ou non, cette semaine de crise, au plan politique, aurait rendu service à tous ses belligérants.

Côté VLD, et on commence à se fatiguer de l’écrire, il s’agissait juste de signifier à l’opinion flamande qu’il n’était pas le valet du PS wallon – une question de survie, là. Côté PS, on aura dû se féliciter de la charge violente des libéraux flamands. Laquelle offensive aura rappelé de façon implicite, à l’opinion en général, au monde des travailleurs en particulier, et à l’électorat socialiste en particulier du particulier, qu’il y a quand même des partis plus à droite que le PS. Et que, question de protester, les mécontents sont priés de s’adresser au VLD. Ou au MR. Eventuellement au CD&V. Et peut-être même au CDH si ça leur chante. Mais pas chez lui, merci.

BOUILLON,PIERRE

Commentaires

répondre