Buona fortuna, Elio

C’était émouvant comme les dix dernières minutes d’un vieux Disney. Un spectacle presque aussi fort que les petits bonds de Neil Armstrong sur la lune le 21 juillet 1969.

Suivie en direct par quelques millions de Belges, la prestation de serment des ministres au palais, mardi, restera l’un de ces instants qui forgent ce qu’on appelle une mémoire collective.

On exagère ? A peine.

Cette prestation de serment n’était pas une prestation de serment. C’était une sortie de tunnel. Une fin de coma. C’était la résurrection d’une idée qui s’en allait lentement vers le cimetière.

Belgique – nationalistes : 1- 0

Ce samedi, la Chambre votera la confiance en Di Rupo. Ce vote accordera au gouvernement ses pleins pouvoirs et mettra fin officiellement à la crise. Formellement, la crise (absence d’exécutif aux pleins pouvoirs à dater du scrutin) aura ainsi duré 545 jours.

Un compteur va s’arrêter. Un autre démarre : celui qui mesurera la longévité du gouvernement. D’après certains, celui-là fait tic-tac-tic-tac et EDR devrait gicler façon puzzle à la première occasion.

Certes, les dangers sont là.

1. L’accord institutionnel n’est qu’une intention qu’il faut encore flanquer sur papier (bonsoir…) et voter au parlement (bonsoir aussi…).

2. On sait déjà que le gouvernement nous imposera au printemps un nouvel effort de « quelques centaines de millions » (dixit Olivier Chastel) pour maintenir le budget 2012 sur ses rails (bonsoir encore…).

3. Pour réaliser tout ceci, et tout le reste, le gouvernement dispose de 2 ans 1/2 (on vote en juin 2014). Comptez que les partis arrêteront d’être courageux 6 mois avant le scrutin. Ôtez un très gros mois de campagne pour les communales de 2012, les fériés, les congés, les vacances, Noël, le Doudou, les imprévus, d’autres imprévus et encore d’autres imprévus : Di Rupo disposera d’une fenêtre d’une grosse année et demie, pour exécuter un cahier des charges difficile à en être ignoble.

Et bonsoir…

4. Quelle sera la capacité de son aile flamande à résister à la pression de la N-VA ? Jeudi, à la Chambre, le CD&V et le VLD (surtout) ont lancé un signal fort à ce sujet. Comme d’autres libéraux flamands avant lui, Patrick Dewael a accusé De Wever de rester au balcon, de refuser le compromis.

Telle est donc la ligne du VLD : faire valoir qu’il se mouille, lui.

Bien. Mais cette ligne, combien de temps tiendra-t-elle ?

On l’a encore vu à la Chambre : la N-VA tient un discours populiste et menteur. En gros, elle est en train de persuader l’opinion qu’elle aurait pu épargner 11,3 milliards sans toucher au « travailleur flamand ».

Ce n’est pas crédible. Mais c’est séduisant. Et la Flandre, les mains jointes à l’évocation de saint Bart De Wever, n’entend plus rien d’autre.

Quand le VLD réalisera que son discours « je suis responsable, je gère » ne passe pas, ou plus, gare. Parce que Biquet De Croo a un tempérament de dynamiteur (il l’a montré) et parce que le VLD est exsangue.

Or, tel est le cas de figure le plus dangereux qui soit : au stade électoral où il en est, ce parti n’a plus grand-chose à perdre.

Bonsoir.

BOUILLON,PIERRE

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