Ouf
posté le 23 décembre 2011 |
catégorie les chroniques
Ce n’est pas systématique. Mais entre un billet de Raoul Reyers et une chronique de Kroll ou Dubus, il arrive à l’émission « On n’est pas rentré » (la Première, chaque jour, 16 heures, merci pour la pub, de rien) de faire causette quatre minutes avec un politique par téléphone.
Cette semaine, l’animateur a appelé Jean-Michel Javaux. Motif ? Coprésident depuis 2003, le Liégeois a levé lundi le suspense (à demi éventé depuis juillet) : il ne sollicitera pas de troisième mandat à la tête des verts. Comme il l’a chanté sur tous les toits depuis le début de la semaine, il souhaite donner du temps à son « amoureuse » (bonjour, Madame) et à sa commune d’Amay (il est bourgmestre depuis 2006 et souhaite manifestement le rester après 2012).
« Vous quittez un parti électoralement en forme », lui a balancé l’animateur de l’émission.
Javaux est élégant. Il a laissé couler.
Le mérite du Liégeois est réel. En 2003, il reprend un parti électoralement effondré et enflammé par ses divisions internes – à l’époque, c’est encore la guerre entre les écologistes civilisés (les réalos-participationnistes) et les va-t-en-guerre de l’écologie sans compromis (et anti-participationnistes, pour la plupart).
Javaux va pacifier tout ça et réconcilier ses frères. C’est d’autant plus commode que le parti est groggy, qu’il vient de se faire éjecter du fédéral et qu’il ne participe plus à aucun gouvernement (ce qui vide spontanément 95 % du contentieux interne vu que la question de la participation se pose avec un peu moins d’acuité). Mais le mérite n’est pas mince quand même. La querelle historique entre les pragmatiques et les non-à-tout semble bel et bien éteinte.
Javaux prend deux autres décisions capitales. Il rompt officiellement les liens avec le PS (ses prédécesseurs avaient fourvoyé le parti dans une association avec le PS – le Pôle des gauches – exactement comme le moucheron tente de faire ami-ami avec une plante carnivore).
Javaux décrète aussi que les assemblées générales sont désormais interdites à la presse (le catch du dimanche est donc terminé et les querelles, quand il y en a encore, se règlent à huis clos).
Javaux a fait des tas d’autres choses très bien (c’est sûr).
Mais bon : what else ?
Pour l’essentiel (les scores électoraux), le parti vit très en dents de scie (succès en 1999, Berezina en 2003, re-Bérézina en 2004, sursaut en 2007, succès en 2009, Berezina en 2010). La vérité est celle-ci : le parti est en méforme. Entre les élections de 2009 et celles de 2010, il a perdu un électeur sur trois, passant de 454.000 à 313.000 voix. Et les sondages ne sont pas riants. La participation aux pouvoirs régionaux explique sans doute cela (en 2009, les verts sont montés à la Région wallonne, à la Région bruxelloise et à la Communauté française). Autant dire : a. que le parti s’abîme au pouvoir et se revalide dans l’opposition ; b. le contexte actuel lui ouvre un boulevard.
Associés au débat institutionnel, les verts (Ecolo et Groen) se sont fait éjecter de la négociation gouvernementale par le VLD et le CD&V, alors que le PS et le CDH tenaient à les impliquer au pouvoir.
Ben tiens.
Grâce à De Croo et Beke, le moucheron, cette fois, s’est barré à temps.
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