Outrances

Snobé par la télé, le concours Miss Belgique était voué à faire trois lignes (avec une photo au-dessus, quand même). Et ce fut donc le buzz du début de semaine. Parce que la lauréate a balancé qu’elle était « plus ou moins » favorable au mariage homosexuel. Et parce que le compte Twitter de sa dauphine a fait valoir qu’il n’était plus possible pour une Belge pur coton de coiffer la couronne. Un double buzz, donc. Grâce à lui, ce concoureke a bénéficié d’une audience sans rapport avec son intérêt. Le monde, il tourne comme ça aujourd’hui. Une info, c’est une info. Un dérapage, une bourde, c’est le buzz.

Si l’on parle de ça, c’est parce cette semaine médiatique a été colonisée par les débats de haute volée. Outre les Miss, il a été question de la face b d’une présidente d’assemblée. Puis, du député Laurent Louis, lequel s’est aventuré dans une série d’accusations oiseuses visant la vie privée du Premier ministre (accusations reposant sur des rumeurs invalidées depuis longtemps).

Envoyé en 2010 à la Chambre par la grâce de l’apparentement, viré du Parti populaire, mais bien vissé à son siège, Louis a manifestement pris goût à ce métier qui lui est tombé du ciel. Il cherche par tous les moyens à le conserver, ce qui suppose de se faire connaître. Et l’animal, très actif sur les réseaux sociaux, a parfaitement saisi le fonctionnement de ce monde contemporain.

Si l’intérêt des bipèdes pour le scabreux n’a rien de neuf, il y a juste que, désormais, le web nous gave au-delà de toute mesure. Avec ce résultat : le flot croissant d’informations (disons plutôt : de sollicitations) condamne mécaniquement à la surenchère. Si ce n’est pas une règle absolue, c’est déjà une règle générale : il faut désormais déraper pour exister, provoquer pour percer ou, éventuellement… gaffer pour qu’un rai de lumière vous sorte de l’ombre. Que l’honorable (?) député Louis sache quand même que l’on ne se grandit pas en grimpant sur un tas de fumier.

Bien sûr, les cornichonneries évoquées plus haut ont profité d’une actualité assez fade. On attendait avec intérêt le lancement de la présidentielle Ecolo (c’était lundi). On déchante. Sur les six candidats, cinq étaient identifiés depuis longtemps. Ensuite, l’analyse de leurs propos & programmes (terriblement consensuels) annonce une compétition aussi palpitante qu’une course d’escargots.

Merci donc à Paul Magnette d’avoir sauvé la semaine en plantant ses sabots dans cette Commission européenne « ultralibérale et intrusive » qui nous condamne à une « récession de 15 ans ».

Ses gros sabots. Au fond, le ministre PS a bêtement tiré sur la ficelle évoquée plus haut. Pour se faire entendre, il faut cogner. Mais sur le fond, la démarche manque de consistance (une fois pour toutes : la Commission exécute les traités).

Politiquement, il y a à dire.

Résumons l’affaire comme on la sent : a. pour ménager son aile flamande, Di Rupo manœuvre au centre-droit ; b. son titre de Premier lui interdit formellement de s’en plaindre ; c. il y a le soldat Magnette, chargé de signaler à l’électorat de gauche que tout le monde n’est pas devenu fou au PS.

Ho ? Mais oui. Qui pense une seconde que le Carolo a parlé sans l’aval du Montois ? On nous dira : Magnette s’est fait crosser, jeudi, à la Chambre, par son Premier ministre. Crosser ? On a trouvé l’admonestation bien douce. C’était bel et bien un numéro de ventriloque. C’est Magnette qui donne de la voix. Mais c’est Elio qui parle.

BOUILLON,PIERRE

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