Le vide, c’est quelque chose
posté le 20 avril 2012 |
catégorie les chroniques
C’était il y a longtemps, à l’école secondaire, à un cours de physique dont on n’a retenu, hélas, que des bribes et des poussières.
Sauf ceci : un jour, le professeur s’empara d’une cloche en verre ; à l’aide d’une pompe, il en chassa l’air et il offrit ainsi d’observer à l’assistance quelque chose de parfaitement insensé : le vide !
Les quinze jeunes ados qui étaient là examinaient la cloche de verre, aussi stupéfaits qu’incrédules. Et l’on se souvient d’un débat assez rigolo, genre philoso-physique, où il se disait en substance que nous étions en train de regarder le néant ; autant dire que nous regardions quelque chose ; et que, partant de là ; il y avait donc bien quelque chose dans cette cloche prétendument vide.
Se représenter le vide nous a toujours paru très complexe, même si la vie se charge à l’occasion de nous en livrer des exemples.
Un assez bel exemple de vide absolu : la politique belge.
Depuis quelques semaines, et comme beaucoup de francophones, nos antennes sont braquées plein sud, en direction de la présidentielle française. On suit l’affaire, assez consciencieusement et, à dire vrai, avec un certain plaisir.
Le fait est là : fussent-elles parfois arrogantes, détestables ou parfois même haïssables, les pointures d’en bas ont du souffle, du caractère, du tempérament, du verbe. Ce sont des tribuns – d’abord. Et les plus doués d’entre eux arrivent à susciter un état que nous n’avons jamais réellement vécu ici : l’envie.
On entend bien que les citoyens français jugent que leur campagne 2012 rase le sol. S’ils veulent se réconcilier avec la vie, qu’ils passent donc quelques jours en Belgique.
Décevante ou non, au moins la campagne française s’est-elle vissée sur la cuisante préoccupation du moment : la crise. On ne dit pas que les candidats la régleront. On ne jure pas qu’ils feront ce qu’ils disent. Mais, au moins, les débats ont roulé là-dessus – beaucoup. Et les idées ont fusé.
Ici…
Ici ?
Sur 545 jours de crise, les partis négociateurs en ont consacré environ 485 au dossier institutionnel. Et ils ont passé une quarantaine de jours, pas davantage, à ficeler un programme socio-économique qui se révèle à peu près aussi enthousiasmant qu’un ticket de bus.
Le vide.
Et la vie politique quotidienne est à l’avenant. Nos économies s’enraient. La finance devient folle. Le monde trébuche. L’Asie nous tond la laine sur le dos. Et nous causons de… l’indexation des salaires.
Ce n’est pas que le sujet soit dérisoire. Mais il est hors de propos (nos soucis du moment sont dus à qui, à la longue ? à la finance ? aux banques ? à la Chine ? ou au panier de la ménagère ?) Et puis, il y a que l’on parle de ça en rond, en boucle.
Depuis janvier, le débat politique en Belgique se résume à ceci :
« Il faut supprimer l’index. »
– Non.
« Il faut supprimer l’index. »
– Non.
« Il faut supprimer l’index. »
– Non.
Qui est assez aimable pour leur dire que la maison est en feu ?
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