Patron, un démi

C’était au début des années 90, quand l’école colonisait la rue pour forcer l’Etat à renflouer la Communauté française.

Les profs organisaient alors des manifestations à cinq chiffres. Pour utiliser un langage de conseiller politique, ils avaient réussi à établir un « rapport de force. » Dit plus platement, le politique avait les pépètes et l’exécutif de la Communauté dansait (un peu) comme sifflaient Régis Dohogne et Jean-Marie Ansciaux.

Ça n’a pas duré. En 1992, les ministres de l’Education Ylieff et Grafé ont été remplacés par le tandem Di Rupo / Lebrun. Comme on passe d’un Panzer VI à une Alfa. Du lourd, remplacé par deux perdreaux de l’année. Mais on a vite vu que le nouveau duo cachait une poigne de fer dans son gant de soie. C’était son premier ministère, à Elio Di Rupo. Il était jeune, alerte, inconnu hors Mons et déjà malin comme un singe. Il était (un peu) chargé de mater les syndicats enseignants. Et il y est parvenu.

On se souvient d’interviews, à son cabinet de la rue Belliard.

Souvent, il se disait… en colère. Il évoquait son travail « incroyâââble » et pestait contre les syndicats, ces revendicomanes professionnels qui ne mesuraient pas Son action à sa juste valeur et qui saluaient Ses réalisations par des préavis de grève mesquins. Implicitement, Il morigénait les journalistes (qu’Il aime beaucoup et dont Il se défie encore plus), coupables d’accorder trop de crédit à ceux qui ne Lui en accordaient pas assez.

C’étaient des colères de cinéma. Mais le comédien était assez bon.

Il l’est encore un peu.

Cette semaine, EDR s’est donc dit en colère : « Je suis fâché… » Et Il a convoqué la presse pour chapitrer les défaitistes alors que le pays ne va pas si mal (qu’Il dit). Il a dit, aussi : le gouvernement accomplit un travail « titanesque » et « démiurgique ».

Démiurgique : vient de démiurge, qui est le… dieu architecte de l’univers.

Notre avis : qu’un gouvernement travaille, et qu’il travaille même beaucoup, c’est purement normal. Il est payé pour ça. Il n’a pas à être félicité pour ça. Sur le fond de l’affaire, on notera que, mercredi, en télé, toujours occupé à être en colère (et à dire que le pays s’en sort bien), EDR a laissé échapper ceci : « Tout n’est pas parfait, loin s’en faut. » Et tout est dit dans ce loin s’en faut.

Provisoirement, on laissera le démi-dieu et les défaitistes à leurs querelles. Et on profitera de l’affaire pour revenir sur un élément qui nous chipote depuis un moment.

Le Premier ministre a pris congé de la présidence du PS et du maïorat de Mons, qu’il a abandonnés à des « faisant fonction ». En titre, il est toujours président du PS et maïeur de Mons. Et ne doutons pas qu’il est, dans les faits, toujours le président du PS et le maïeur de Mons.

C’est inédit, ce cumul entre le « 16 » et la présidence d’un parti (Martens, Dehaene, Verhofstadt et Leterme n’ont pas osé).

On passera sur le fait que cette double casquette est incompatible avec le devoir de neutralité qui s’impose à un « Premier ».

Et on passera sur le fait même du cumul, sur la charge que cela doit représenter.

Non, ce qui nous chipote, c’est que l’homme a gardé la présidence du PS comme l’on se ménage une porte de sortie. Et que, question signal, ce n’est pas fantastique.

Vous montez dans un avion.

Le pilote porte un parachute.

Cela vous rassure, vous ?

BOUILLON,PIERRE

Commentaires

répondre